Sortie : 22 Mars 2024
Genre : J’en aurais tranché des têtes
Studio : Team Ninja / Koei Tecmo
Éditeur : Koei Tecmo / Sony Interactive Entertainment
Joué et testé sur : Playstation 5
Existe sur : PlayStation 5, PC
Synopsis : Japon, 1863. Après trois siècles de règne, le shogunat Tokugawa touche à son terme lorsque l’arrivée soudaine des navires noirs occidentaux plonge le pays dans la confusion. Au cœur d’un pays en proie au chaos et à la division, un combattant anonyme s’apprête à forger sa propre voie et, par la même occasion, à influencer le destin du Japon.




Après avoir fait Ghost of Tsushima et Assassin’s Creed Shadows, faire Rise of the Ronin n’était pas du tout dans mes plans. Mais alors que j’avais décidé de me faire plaisir pour les fêtes de fin d’année, le choix entre un des jeux les plus discutés de l’année avec une réduction de 10 euros et ce Rise of the Ronin, vendu lui aussi 30 euros mais avec une réduction de 50 euros, ça a fait pencher la balance vers le pourcentage d’économie. Après tout, Rise of the Ronin, si je ne l’avais pas prévu, ni de le faire, ni à l’acheter, c’est un jeu développé par la Team Ninja, et si dans les faits certains du grand public connaissent le studio surtout pour la saga Dead or Alive (que j’aime pour son gameplay accessible sans avoir à mémoriser des coups par dizaines), ils sont aussi derrière les Ninja Gaiden ainsi que les Nioh. Autant dire qu’ils s’y connaissent en gameplay tranchant et en parades au poil de cul. Et Rise of the Ronin, c’était en prime leur tout premier essai vers un jeu en open world, le tout en exclusivité pour Playstation 5 (et PC). Donc pourquoi pas. Après 60 heures de jeu et un platine, je peux donner mon verdict, positif malgré évidemment de nombreux défauts, dont certains sont visibles dès que l’on pose un œil sur le jeu. Oui, graphiquement, ce n’est vraiment pas fou, et pour un jeu exclusif et sortant en prime sur les dernières générations, et donc édité par Sony, avec ce que cela comporte comme envie de tarif de folie (80 euros un jeu, qui serait fou pour payer ça ?), il y a de quoi être déçu, quand on voit ce que les autres exclusivités nous offrent. The Last of Us Part II était une exclusivité Sony bien plus flatteuse pour l’œil, sorti pourtant sur la génération précédente, et 4 ans avant. Mais le budget entre la production du gros studio Américain toujours en avant par Sony et la modeste production Japonaise de la Team Ninja venue du Japon n’a clairement pas dû être le même déjà.




Rise of the Ronin en tout cas, c’est donc un jeu en monde ouvert qui se déroule à une période charnière de l’histoire Japonaise, celle où le pays commence à s’ouvrir au commerce international, ce qui annonce de gros changements, avec l’arrivée des étrangers, l’entrée dans le pays des armes à feu (pistolets, fusils, armes lourdes), la fin programmée du Shogunat et tant d’autres choses. Une période de guerre, de complots, d’assassinats. Une période parfaite donc pour un jeu vidéo dense, période qui a déjà fait l’objet de jeux, dont le Yakuza Ishin, qui a eu droit récemment à son remake, Like a Dragon Ishin, mettant en avant le même contexte, et ayant quelques personnages en commun. Car peu importe l’’histoire que l’on raconte dans ce contexte à cette période, la vérité historique fera ressortir certains éléments. Le joueur pourra donc reconnaître certains personnages qu’il connait, comme Sakamoto Ryoma, véritable samouraï, que l’on incarnait dans Like a Dragon Ishin, et qui sera ici l’un de nos compagnons de route les plus intéressants. Rise of the Ronin se déroule donc sur plusieurs années, dans la peau d’un personnage de notre choix, puisque lorsque le jeu commence, après une cinématique d’introduction, nous devons créer notre avatar, ainsi que notre sœur. Un créateur de personnage assez complet d’ailleurs, permettant quelques folies. Pour ma part j’aurais créé une jolie jeune Japonaise, avant de valider bêtement avant de m’occuper de ma sœur, faisant qu’au départ, lors d’un moment décisif à l’issue de la première mission du jeu, j’ai bêtement eu du mal à faire un choix, lorsque les deux personnages, féminins donc, de dos, se ressemblaient et que le jeu me demanda de faire un choix crucial basé sur leurs noms, que je n’avais pas encore retenu. Passons. Nous jouons donc un ronin, car rapidement, après la mission d’ouverture, notre sœur est laissée pour morte, notre village est attaqué, et notre maître perd la vie.




Une introduction assez dirigiste d’environ une heure, permettant de nous familiariser au gameplay, aux différentes armes, postures, et de se dire que si le gameplay reste exigeant et grisant, la fenêtre d’ouverture pour les coups et parades reste plus flexible que dans un Ninja Gaiden. Pour le reste, du classique, on court, on s’accroupit, on assassine lâchement dans le dos, puis par la suite, on aura un cheval, un planneur, et on évoluera dans un monde ouvert découpé en plusieurs zones, avec d’abord Yokohama et ses environs, puis Kyoto et ses environs. Et oui, ce qui frappe en arrivant enfin sur la carte, c’est à quel point le jeu, sans être moche non plus, n’est pas très beau. Le jeu serait sorti sur Playstation 4, en début de vie, que cela n’aurait pas du tout choqué. Cela vaut pour les graphismes, mais aussi pour les animations des personnages, en combats, ou bien les animations faciales. Cela vaut aussi au final pour la vie dans le monde que l’on parcourt, avec des PNJ dans les rues assez statiques et étant loin de faire leur petite vie. Mais pour un premier jeu dans le genre, la Team Ninja offre néanmoins un level design sympathique, et donc un monde agréable à parcourir, entre étendues verdoyantes, forêts, montagnes, petits villages et grandes villes. Ce qui est plus dommage et on le remarque assez vite, c’est le côté très classique de l’open world proposé, puisque les activités entre nos missions seront extrêmement classiques, avec quelques camps ennemis, des trésors à trouver, des feux à activer pour pouvoir se téléporter, et une liste de choses à faire par zone (tant de camps à éliminer, tant de trésors à trouver, et même des chats à trouver).




L’on pourrait facilement descendre le jeu pour ça, surtout après tant d’années à bouffer de l’open world sous cette forme, et pour avoir, pour ma part, fait déjà récemment le fastidieux Assassin’s Creed Shadows se déroulant déjà au Japon. Mais la pilule passe plus facilement dans Rise of the Ronin. Non pas car le jeu est développé par un studio Japonais, mais car la carte, enfin, les cartes ainsi que les activités ne sont pas étirées à l’extrême, mais surtout sont clairement facultatives. Là où chez Ubisoft, le découpage de la carte en zone avec un niveau prédéterminé force le joueur à accomplir le contenu annexe pour avoir le bon niveau pour continuer l’aventure, ce qui rend au final le contenu annexe non pas annexe mais obligatoire, Rise of the Ronin ne fait pas la même erreur, le contenu annexe reste annexe, et le joueur ne se retrouvera jamais bloqué face à une mission de trop haut niveau. De même, les activités proposées ne s’étirent pas en longueur, et peuvent parfois s’accomplir en quelques secondes (paf, on est au bon endroit, on prend une photo, on récupère un chat, on tue 4 ennemis et fin). Et le gameplay étant la plus grande force du titre, on ne soupirera pas devant un énième combat, là où les combats, ou l’infiltration, devenaient lassants dans Assassin’s Creed. Pas pour rien qu’au final, j’aurais terminé à 100% le jeu, en 60 heures, tandis que chez Ubisoft, je suis loin du 100%, et j’aurais passé bien plus d’heures sur le jeu. Moralité, il ne faut jamais tirer sur la corde, surtout quand le contenu est répétitif au possible. Mais donc, au-delà de son monde ouvert, ce Rise of the Ronin brille donc par ses combats.




Certes, comparé à un Nioh, il manque de fantaisie (normal, il est terre-à-terre), mais il reste assez flexible dans ses mécaniques, avec coups spéciaux, parades, pas mal d’armes différentes qui peuvent être équipées, dont deux en même temps et pouvant être switchées en cours de combat, en plus de deux armes à distance (pour moi, ce fut le fusil pour des tirs têtes de loin, et l’arc en cas de besoin d’être discret). C’est souvent assez grisant, et la difficulté reste la majeure partie du temps bien dosée. Majeure partie, car le jeu aura tout de même quelques challenges à offrir, dont deux qui m’auront arraché les cheveux. Le premier sera un combat important durant l’acte 1 de l’histoire, où je me suis retrouvé face à un ennemi adorant les attaques à distance et surtout les attaques sur une large superficie. Un combat qui m’aura bien demandé une heure de mon temps. Le second sera bien plus tardif, et ne sera pas vraiment à cause de la difficulté, mais plus car l’ennemi en question a décidé d’attaquer en ne me laissant jamais de fenêtre assez large pour donner le moindre coup. En dehors de ça, aucun souci, aucune morte injuste. Mais il faut parler des éléments du jeu qui peuvent décevoir, bien qu’ils ne soient pas mauvais en soit. Déjà, en premier lieu, l’intrigue. Si l’intrigue est intéressante, la période fascinante, et les personnages secondaires, dont beaucoup sont des personnalités réelles, sont sur le papier attachants et intéressants, c’était sans doute très ambitieux pour la Team Ninja, surtout avec une intrigue se déroulant sur plusieurs années, et dans plusieurs grandes zones du Japon. En résulte un côté souvent brouillon, des personnages secondaires beaucoup trop nombreux et donc certains que l’on oublie ou que l’on a du mal à cerner, et un côté parfois trop haché, comme s’il nous manquait des bouts d’histoire, pas de l’histoire du Japon, mais de l’histoire de notre personnage. Heureusement certaines batailles sont épiques, et quelques personnages secondaires, notamment Sakamoto Ryoma comme précisé en introduction, sont plus qu’attachants. L’on trouvera aussi certains choix étranges concernant notre personnage.




En effet, au début, on peut dans l’éditeur sélectionner une voix pour notre personnage, et il arrivera qu’il s’exprime, lors de certaines cinématiques importantes, mais 80% du temps, notre personnage sera muet, et cela rend l’immersion parfois assez étrange, comme si au lieu de faire un choix ou un autre, la Team Ninja avait choisi l’entre-deux. Rise of the Ronin inclut évidemment un système de choix également, et si au départ, cela semble ne pas avoir beaucoup d’incidence, entre qui l’on aide ou pas, entre si l’on prend le parti du Shogunat ou des anti-Shogunat, on se rend finalement compte que pas du tout. Epargner ou tuer un bandit changera évidemment son destin (logique), pourra nous fermer les portes de certaines quêtes, faire réapparaître le personnage plus tard ou pas. Et puis, jouer dans les deux camps, c’est bien pour tout voir, parler à tout le monde, sauf que parfois, certains choix, ou certaines missions même, en fonction du camp choisit pour ladite mission, amèneront tout simplement des morts. Et perdre un allié à cause de nos choix, ce n’est jamais amusant. Heureusement le jeu reste flexible, même si l’on pourrait appeler cela de la triche, et permet, une fois dans notre base, de refaire des missions pour en changer l’issue, et ainsi sauver de possibles camarades d’un funeste destin. Camarades qui ont pour la plupart environ trois missions annexes permettant de mieux les connaître, à qui l’on peut offrir des cadeaux, ainsi que parler dans notre base, et qui peuvent venir avec nous pendant les missions principales (jusqu’à deux alliés).




Voilà donc ce qui vous attend. Aucunement un grand jeu, la faute à quelques lacunes techniques, une écriture bancale et un open world beaucoup trop classique, mais heureusement assez condensé. Pas le meilleur jeu de la Team Ninja, mais dans ce domaine, sans doute leur plus accessible, ce qui ne veut pas dire facile pour autant. Une aventure que j’aurais néanmoins parcouru avec plaisir, allant jusqu’à le platiner, et donc oui, récupérer les 100 chats disséminés sur la carte. Mais bon, que ne ferait-on pas pour ces petites boules de poils ? Fait étonnant par contre, c’est bien qu’Assassin’s Creed Shadows, sorti un an après, a beaucoup d’activités et d’éléments en commun avec Rise of the Ronin. Le fait de caresser et récupérer les chats, déjà, mais aussi l’utilisation du grapin pour monter sur les toits, pour ne citer que ses exemples. Dommage en tout cas pour Ubisoft, alors que les fans demandaient un opus au Japon depuis bien 10 ans, ils arrivent bien trop tard, et à part graphiquement où leur jeu gagne la palme, pour le reste, leur jeu est en retard si on le compare à Rise of the Ronin niveau combats, à Ghost of Tsushima niveau monde ouvert, ou même Like a Dragon Ishin, pourtant remake d’un vieux jeu, au niveau de l’intrigue. Un bon petit jeu en tout cas, si ses défauts ne vous rebutent pas trop.

Les plus
Un bon gameplay, vif et exigeant
Malgré tout accessible à tous
Des boss sympas
Un monde ouvert pas si grand, ouf
La réalité historique
Les moins
Graphiquement bien en retard
Quelques moments rageants
Un monde ouvert basique, répétitif
Beaucoup trop de personnages, on s’y perd
En bref : La Team Ninja s’essaye au monde ouvert et livre Rise of the Ronin, en conservant leur gameplay habituel, bien qu’assoupli et donc plus accessible. Ça a des défauts, beaucoup, mais on prend plaisir à explorer et à avancer dans l’histoire, et les combats restent gratifiants.





