CLÉOPÂTRE de Joseph L. Mankiewicz


CleopatreCLÉOPÂTRE

Titre original : Cleopatra
1963 – Etats Unis
Genre : Drame historique
Réalisation : Joseph L. Mankiewicz (et Rouben Mamoulian)
Musique : Alex North
Scénario : Joseph L. Mankiewicz, Ranald MacDougall et Sidney Buchman

Avec Elizabeth Taylor, Richard Burton, Rex Harrison, Pamela Brown, George Cole, Hume Cronyn, Cesare Danova et Kenneth Haigh

Synopsis : 48 av. J.-C. Jules César tombe amoureux de Cléopâtre, lui fait un fils et la rétablit sur son trône d’Égypte. Quatre ans plus tard, après l’assassinat de Jules César, c’est au tour de Marc Antoine de tomber sous le charme de la belle. Grandeur et déclin d’un destin compté parmi les plus grandes tragédies.

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Cléopâtre, avant même d’être un grand film, c’est une grande histoire qui ne met pas toujours les historiens d’accord sur certains aspects de celle-ci. Mais c’est surtout une production chaotique de plusieurs années, débutée en 1960, soit trois ans avant sa sortie. La 20th Century Fox va mal, et décide alors de lancer pour la petite somme de 2 millions un remake du film Cléopâtre. Ils prévoient un tournage rapide, et engagent Rouben Marmoulian pour réaliser. L’homme engage Peter Finch pour jouer César et Stephen Boyd pour jouer Marc Antoine. Le producteur croit au projet, et vise Elizabeth Taylor pour le rôle, alors que son contrat chez la MGM va prendre fin. D’autres stars sont envisagées comme Audrey Hepburn. Elizabeth Taylor n’est pas emballée par le projet et lance une blague au téléphone « je le fais seulement pour un million ». Seulement le producteur la prend au pied de la lettre et lui fait signer un contrat pour un cachet d’un million… Le budget augmente, passe à 5 millions, et le tournage doit commencer en Angleterre afin d’obtenir des aides financières. Chose utile puisque le métrage, en plus de voir son budget gonfler, doit être tourné en 70mm, la pellicule étant alors plus couteuse. Malheureusement le temps est catastrophique, et Elizabeth Taylor tombe très rapidement malade. Le tournage s’éternise, la 20th Century Fox perd de l’argent, et en plusieurs mois, le réalisateur ne tourne que 10 minutes. Il jette l’éponge, remplacé rapidement par Joseph L. Mankiewicz.

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Mais une partie des décors est détruite, et le tournage délocalise alors près de Rome, où le temps est plus clément et où la production peut construire des décors gigantesques et majestueux. Peter Finch est remplacé alors par Rex Harrison et Stephen Boyd par Richard Burton. Elizabeth Taylor est soignée et frise la mort (des journalistes américains auront même annoncés son décès dans des journaux, faisant ainsi une grande frayeur au studio), et le tournage reprend. Un tournage qui va continuer de s’éterniser puisque Richard Burton et Elizabeth Taylor sont la cible des journalistes, commençant une liaison sur le tournage. Le budget lui continue d’augmenter dangereusement, et Joseph L. Mankiewicz est suivit médicalement pour mener le tournage à bout, commençant ses journées à 6h, et les finissant à 2h du matin, tournant le jour et écrivant les scènes du lendemain la nuit. Le tournage prend finalement fin, et le réalisateur vise alors deux métrages de trois heures. La première partie sur Cléopâtre et César, la seconde sur Cléopâtre et Marc Antoine. Malheureusement, le studio, avec un budget avoisinant maintenant les 44 millions (soit avec l’inflation, environ 300 millions aujourd’hui), au bord de la faillite, décide de jouer sur l’actualité : la relation entre les deux acteurs. Pas besoin de prendre le risque de sortir le film en deux parties, surtout si la relation entre les acteurs prend fin avant la sortie de la seconde. Le métrage fera donc 4 heures !

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Le studio vire même le réalisateur durant le montage, mais l’embauche de nouveau dés le jour suivant, puisqu’écrit au jour le jour, seul le réalisateur peut relier le tout. Le film sort finalement en 1963, dans sa version de 4h pour la première à New York, avant que le studio ne coupe une heure du métrage pour son exploitation. Le studio lui ne coula pas (mais presque), et Cléopâtre est aujourd’hui cette œuvre monstre adulée de presque tous. Presque, puisque le réalisateur lui est déçu de voir son métrage réduit à 4h (l’édition Blu-Ray restaure le montage de la première à New York). Aujourd’hui, les heures manquantes semblent disparues à tout jamais. Que reste-t-il de Cléopâtre le film, que l’on connaisse ou non sa production plus que chaotique ? Et bien on peut le dire, c’est un grand film, un très grand film, et en sachant tout ça, on pourrait même dire qu’il s’agît d’un miracle qui à l’écran parait totalement organisé. Ni plus ni moins ! Un métrage sublime, qui en met plein la vue, où la grandeur de la production se remarque chaque instant à l’écran, et où Elizabeth Taylor est éclatante. Un film en deux parties, avec un entracte au milieu, qui nous montre deux visages bien différents de la reine d’Egypte. La première partie se focalise donc sur les années où Cléopâtre a une relation avec Jules César. Une première partie totalement magique, éclatante, où le réalisateur n’hésite pas à glisser un humour discret et fort réussit dans les dialogues émanant de la relation de pouvoir entre les deux.

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Rex Harrison est tout simplement exceptionnel dans le rôle de César, en cet homme en quête de plus de pouvoirs, ce qui le mènera à sa perte. Sa relation avec Cléopâtre est dés le départ une relation pleine de sous entendus. Attiré par la beauté de la jeune femme (entre nous, qui ne le serait pas ?), il deviendra son amant, allant jusqu’à lui faire un enfant, mais également lui laisser prendre des décisions politiques importantes, tentant de rapprocher l’Égypte de Rome. Si les sentiments de Cléopâtre pour César sont clairs et bien visibles, on ne peut pourtant s’empêcher d’y voir également un brin de manipulation afin que les décisions aillent dans le sens qui arrangent la dame. Romance, intrigues politiques, complots, la première partie de Cléopâtre nous montre une femme ambitieuse, sûre d’elle, sachant se mettre en avant même lorsqu’elle sort d’un vulgaire tapis. Aucun doute, le budget est présent, les figurants sont parfois des milliers à l’écran, les costumes (65 costumes rien que pour Cléopâtre) sont resplendissants, les décors somptueux. Comment ne pas parler d’ailleurs de l’arrivée majestueuse de Cléopâtre à Rome ? Une des scènes les plus sublimes de la première partie, témoignant à la fois de la grandeur d’une époque et de la grandeur du tournage qui semblait sans limites pour assouvir la vision du réalisateur. Revoir cela aujourd’hui fait de plus un bien fou, à l’heure où une telle production aurait eu recours au numérique pour finaliser les décors, mais également pour augmenter le nombre de figurants.

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Passé le final inévitable de cette première partie, l’entracte prend fin et Cléopâtre reprend trois années plus tard, pour se focaliser sur la relation entre Cléopâtre et Marc Antoine (Richard Burton donc). Une relation bien différente, car si la lutte de pouvoir à Rome est toujours présente, la relation se fait plus mélancolique, plus à fleur de peau. Elizabeth Taylor devient une reine plus fragile, se laissant parfois aller à ses sentiments en oubliant à quelques occasions le reste, même si au départ elle en fait voir de toutes les couleurs à Marc Antoine. Une seconde partie beaucoup plus triste également, notamment son magnifique final, mais qui m’aura demandé un minimum de temps d’adaptation, le personnage de Marc Antoine m’ayant au départ moins interpelé que celui de Jules César. Mais une fois la machine en marche, le métrage retrouve sa magie. On pourra toujours chipoter sur les quelques scènes de batailles, qui maintenant ne sont plus vraiment impressionnantes (les coups d’épées sont un peu mous), mais elles sont peu nombreuses et là n’est clairement pas l’intérêt de Cléopâtre le film. C’est toujours lorsque le réalisateur colle au plus près de ses personnages que cette seconde partie touche la grâce, notamment lorsque Marc Antoine, dévasté, ouvre son âme et son ressenti à Cléopâtre, toute aussi fragile que lui. Oui, Cléopâtre, c’est un grand moment de cinéma, une fresque épique autant à l’écran que dans sa production !

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Les plus:

Elizabeth Taylor

Deux visages différents pour le personnage

Rex Harrison excellent en César

Une production visuellement somptueuse

Des scènes monstrueuses

Les moins:

Un trou de 3 ans entre les deux parties

 

En bref: Cléopâtre est une œuvre monstre, dense, épique. Le portrait triste, romantique et parfois manipulateur d’une reine sublimée à l’écran par Elizabeth Taylor.

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