TWIN PEAKS SAISON 2 de David Lynch et Mark Frost (1991)

TWIN PEAKS SAISON 2

Titre original : Twin Peaks
1991 – Etats Unis
Genre : Série made in Lynch
Durée : 22 épisodes
Réalisation : David Lynch, Lesli Linka Glatter, Todd Holland, Graeme Clifford, Caleb Deschanel, Tim Hunter, Tina Rathborne, Duwayne Dunham, Uli Edel, Diane Keaton, James Foley, Jonathan Sanger et Stephen Gyllenhaal
Musique : Angelo Badalamenti
Scénario : David Lynch et Mark Frost
Avec Kyle MacLachlan, Michael Ontkean, Mädchen Amick, Dana Ashbrook, Richard Beymer, Lara Flynn Boyle, Sherilyn Fenn, Warren Frost, Peggy Lipton, James Marshall, Everett McGill, Jack Nance, Ray Wise et Kenneth Welsh

Synopsis : L’enquête pour trouver le meurtrier de Laura Palmer est toujours en cours, mais d’autres mystères viennent à Twin peaks, notamment avec l’arrivée de Window Earle, l’ancien coéquipier de Dale Cooper, évadé depuis peu de l’asile où il était…

Face au succès plus que surprise de Twin Peaks, Mark Frost et David Lynch reçurent très rapidement le feu vert de ABC pour une seconde saison, ce coup-ci plus longue. Après les 7 épisodes (7 plus le pilote en fait, donc 8) de la saison 1, Twin Peaks aura droit à 22 épisodes pour sa saison 2. Sur le papier, après avoir eu une liberté totale sur la première saison, cette nouvelle est la meilleure nouvelle du monde de la télévision du début des années 90 (voir de toutes les années 90). Sauf que, ABC ne laisse ce coup-ci plus la liberté totale à Frost et Lynch, et un énorme poids pèse sur leurs épaules. D’épisodes en épisodes, ABC fait pression, il faut révéler au public qui a tué Laura Palmer ! Lynch et Frost sont contre, mais s’exécutent, ne pouvant pas faire autrement, et révèlent l’identité du tueur lors de l’épisode 7 de cette saison, et termine même l’arc narratif sur Laura Palmer lors de l’épisode 9. La chaine était contente, le public avait enfin une réponse. Et au final, révéler cette information tua Twin Peaks. Doucement en terme de durée et de taux d’audience, mais très rapidement en terme de qualité. Car si la saison 1 nous montrait le quotidien des habitants de Twin Peaks, et que de nombreux personnages n’avaient au final même pas vraiment d’intérêt voir d’interactivité avec la trame principale, comme les intrigues entre Ed, Nadine et Norma par exemple, ou les histoires d’amour, nombreuses, entre Shelly et Bobby, ou encore l’attirance d’Audrey pour Cooper, tout cela fonctionnait car autour, il y avait bel et bien cet épais mystère sur le meurtre de Laura Palmer.

Ce mystère qui permettait à l’ensemble de la série de trouver un équilibre presque magique, incompréhensible, qui entre les mains de quelqu’un d’autre ne fonctionnerait même pas. Et sans ce mystère pour souder le tout, et bien c’est simple, Twin Peaks se casse littéralement la gueule dés l’épisode 10 de sa seconde saison 2. Lynch et Frost, créateurs, producteurs exécutifs, ne sont même plus là, déçus par les décisions de la chaine, partant chacun sur d’autres projets cinématographiques ce coup-ci (pour Lynch Sailor et Lula), et ne reviendront que pour le final, pour rattraper le coup comme on dit. Car entre la saison 1, et même le début de la saison 2, et les 10 épisodes suivant la fin de l’arc concernant Laura Palmer, Twin Peaks tourne totalement à vide, ne sait pas où aller, se fait timide, ressemble même parfois à une parodie d’elle-même. Lynch lui même aura avoué récemment dans une interview trouver la saison 2 nulle. Et si je serais plus clément que lui, notamment pour ses 9 premiers épisodes et ses 3 derniers, il faut bien avouer que pendant 10 épisodes, Twin Peaks s’est perdu, et faillit se perdre à tout jamais. Le fossé entre le début de la saison (et sa fin) et le reste est immense. Cela s’en ressent dans les intrigues, dans l’écriture, dans la mise en scène aussi, Lynch ne réalisant que les 2 premiers épisodes, le fameux épisode 7, et l’épisode final.

Fans de Twin Peaks, ruez-vous donc sur les 9 premiers épisodes, au scénario bien ficelé. Et même si les fameuses révélations et la fin de l’arc laissent un petit sentiment amer en bouche, sachant que cela amène à la destruction du cœur de la série, les créateurs n’ont cependant pas fait les choses à moitié, soignant l’enrobage, soignant le développement des personnages, reprenant tout ce que la saison 1 avait fait sans lui faire honte, loin de là. C’est bien écrit, on alterne les situations amusantes et les situations plus graves. Certains acteurs sont même au top, Ray Wise livrant par exemple dans ces épisodes là sa meilleure prestation (dans la série, et sans doute de sa carrière). Kyle MacLachlan est toujours parfait en Dale Cooper, les personnages secondaires sont toujours succulents. C’est en vérité presque parfait ! Pui le drame survient, et on se demande avant même l’épisode 10 comment les scénaristes vont pouvoir continuer sur 12 épisodes. Et le problème, c’est qu’ils se sont posés la même question, ils se sont cherchés, trop longtemps.

Nouvelles intrigues ridicules, nouveaux personnages secondaires et pas parmi les meilleurs (Billy Zane), changement brutal d’intérêt (Adieu la relation Audrey/Cooper). Twin Peaks cesse presque d’être Twin Peaks pour ressembler tout simplement à une série banale des années 90, comme il y en avait tant. On nous rajoute le personnage de Dick pour venir complexifier l’intrigue entre Lucy et Andy, rajouter encore plus d’humour, on fait revivre la guerre de Sécession à Ben Horne, Audrey se trouve un nouvel intérêt amoureux, Jean Renault revient pour se venger de Cooper, mais la sauce ne prend pas vraiment. Le comble est atteint avec l’arc narratif de Nadine, revenant à l’âge de ses 16 ans mentalement. Lourd, trop long, pas utile, peu subtil… On en viendrait presque à détester des personnages que l’on aimait jusque là. Sans oublier sans aucun doute le pire arc narratif de la série, à savoir James fuyant Twin Peaks. L’ennui total. Et pourtant, tout n’est pas à jeter, certains moments sont plus doux et bien trouvés, l’arrivée du personnage d’Annie nous fait entrevoir une facette de Dale Cooper que l’on ignorait, David Lynch revient lui-même en acteur dans deux épisodes pour jouer Gordon Cole, David Duchovny fait sa première apparition en agent du FBI des années avant X-Files… mais en agent travesti. Mais sans vrai fil narratif derrière pour soutenir les fondations, ce sont les mauvais côtés qui l’emportent. Et la vision de cette saison 2 s’avère même par moment pénible. Jusqu’à ce que le miracle s’accomplisse enfin, lorsque dans les trois derniers épisodes, Window Earle, ancien équipier de Cooper, ai enfin une place importante dans l’intrigue et à l’écran, alors qu’il était si timidement introduit 10 épisodes plus tôt.

C’était lui l’élément à mettre en avant dés l’épisode 10 pour apporter une intrigue de fond plus intéressante à même de supporter le poids des quelques (nombreux) égarements aux alentours. Mais non, il faudra se contenter de quelques timides scènes au fur et à mesure des trop nombreux épisodes, avant que l’ensemble ne reprenne du poil de la bête lors de l’épisode 20, augmente en intensité durant l’épisode 21, et finisse en apothéose durant l’épisode 22. Et c’est tout le paradoxe de cette saison 2. Un début en fanfare, une révélation, puis de l’ennui quasi total durant la moitié de la saison, avant un retour en forme et un final hallucinatoire totalement jouissif. Car oui, Lynch revient pour le dernier épisode, pour clore la saison 2, sachant par avance qu’aucune saison 3 ne verrait le jour avec ABC (il avait raison, il aura attendu 25 ans et Showtime pour ça), et se lâche totalement, donnant l’impression qu’il est redevenu le seul maître à bord (avec Frost), faisant ce qu’il veut, ce que ses idées lui dicte de mettre en image, quitte à livrer un épisode hallucinatoire et surtout cauchemardesque du plus bel effet, clôturant à la fois tout mais rien du tout. Un épisode pouvant aisément figurer parmi le meilleur de Lynch, et qui nous fait encore plus regretter ce que Twin Peaks était devenu auparavant. Cette saison 2 reste la plus bancale parmi les trois saisons, la moins bien pensée, celle qui a le plus souffert de mauvaises décisions à toutes les étapes de création.

Les plus

Les 9 premiers épisodes
Les 3 derniers épisodes
Toujours de très bons acteurs en général
L’aspect hallucinatoire du final

Les moins

Le gros ventre mou
Les épisodes 10 à 20
Les nouvelles intrigues
Les nouveaux personnages

En bref : Twin Peaks saison 2 déçoit clairement. Si les premiers épisodes sont clairement dans la continuité de la saison 1, la suite ne sait pas où aller, accumulant les intrigues secondaires peu passionnantes et ajoutant de nouveaux personnages. Ce qui aurait dû être le cœur de la saison 2 arrive timidement. Heureusement, le final rattrape en partie les errances.

4 réflexions sur « TWIN PEAKS SAISON 2 de David Lynch et Mark Frost (1991) »

  1. « There is a depression after an answer is given. It was almost fun not knowing. Yes, now we know. At least we know what we sought in the beginning. But there is still the question: why? »

    L’avisée Log Lady cristallise en une phrase la problématique de cette saison 2 qui, c’est vrai tourne sérieusement à vide pendant un long moment. Quand bien même Windom Earle devienne un nouvel antagoniste maléfique, il n’aura jamais vraiment les faveurs de Lynch qui l’évacue sans regret de sa suite.

    1. Ils ont clairement révélés le seul mystère qu’ils ne comptaient pas révéler au départ.
      En plus, Window Earle est cité bien tôt dans la série (même à la fin de la saison 1 si mes souvenirs sont bons, même s’il ne restait qu’un nom), donc Lynch et Frost devaient avoir un minimum d’idées pour lui.

  2. Premier tiers fabuleux puis comme tu dis, ça tourne à vide. Pas infamant pour autant, mais que c’est long… Et certains arcs sont mauvais, oui. Je serai même plus dur que toi concernant Windom Earl, que je trouve assez décevant comme antagoniste… peut-être est-ce parce qu’il passe après Bob ? Bob qui, d’ailleurs, écartera Windom d’un simple revers de la main ahahah.

    Bref saison 2 indispensable malgré tout, pour son premier tiers fabuleux, et son dernier épisode exceptionnel. Mais je pense que si je la revois un jour (dans 10 ou 20 ans), je passerai tout le ventre mou de l’intrigue en accéléré.

    1. Le mieux, si tu la revois un jour, c’est en effet de zapper bien 7 ou 8 épisodes en milieu de saison, et au pire, de trouver un rapide résumé de quelques minutes pour malgré tout les quelques infos importantes. Je ne sais par exemple plus exactement quand Annie arrive dans l’intrigue, si c’est en plein milieu de saison, ou sur les épisodes qui commencent à se réveiller et à mettre doucement en place le final.
      Mais bon, Windom Earl, disons qu’après plusieurs épisode avec James hors de TP, ou avec Audrey et sa gentille amourette (j’adore le personnage d’Audrey pourtant), ben ça fait du bien de revoir des enjeux et un personnage qui ajoutent à la mythologie générale 😉

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