CHANTAL de Tony Marsiglia


CHANTAL

Titre original : Chantal
2007 – Etats Unis
Genre : Drame
Réalisation : Tony Marsiglia
Musique : John Abella
Scénario : Tony Marsiglia
Avec Misty Mundae, Julian Wells, Andrea Davis, Darian Caine, Julie Strain, Lizzy Strain, Shelly Jones, Casey Jones, Anthony Newhall et Chris D. Nebe

Synopsis : Chantal est une jeune femme innocente et naïve qui arrive à Los Angeles avec des rêves plein la tête. Elle veut devenir une actrice célèbre. Elle va tomber de haut, face à des producteurs manipulateurs, des casting louches, des humiliations…

Chez E.I. Independent Cinema, ou Seduction Cinema, au choix, peu de réalisateurs peuvent vraiment s’exprimer et sortir du lourd cahier de charge. Car oui, la spécialité de la boite, c’est souvent des films érotiques à tendance lesbiens qui sont tournés dans 5 jours pour une bouchée de pain. Et malgré la relative non qualité de pas mal de métrages torchés à la va-vite, ils bénéficiaient d’une certaine visibilité grâce à la présence de Misty Mundae au casting. Mais parmi les réalisateurs de cette boite, il y a Tony Marsiglia. Un réalisateur qui semble vouloir tenter des choses et surtout offrir des rôles aux actrices, des rôles leur permettant de s’exprimer plus que de se dénuder. Sinful par exemple était une excellente surprise, avec ses allures de drame, le tout tourné en 16mm au lieu de l’habituel et dégueulasse Mini-DV. Et bien Tony Marsiglia a remit ça avec Chantal, sortant en 2007, mais en réalité tourné en 2003, sur 5 jours comme c’est souvent le cas avec le catalogue de la société donc. C’est d’ailleurs amusant en se renseignant de voir que le métrage, sortant donc tardivement, est le dernier métrage de Misty Mundae sous ce nom avant de devenir Erin Brown, alors qu’il fut tourné bien plus tôt, et qu’il met en scène une jeune femme voulant percer dans le milieu du cinéma et qui va tomber de haut. La jeune actrice avouera dans l’un des commentaires audio du DVD d’ailleurs qu’elle se sentait proche du personnage. Mais Chantal, c’est également un remake, puisque Seduction Cinema avait fait l’acquisition de plusieurs métrages underground de Nick Millard, dont Chantal de 1969. Métrage disponible en bonus sur le second DVD de l’édition (fort jolie édition d’ailleurs, avec un livret très intéressant). Tony Marsiglia s’approprie donc le métrage, le met à jour, et nous offre une plongée dans les bas fonds de Los Angeles aux côtés de Chantal, Misty Mundae donc. Alors oui dans le fond, rien de neuf sous le soleil, le rêve Américain, le rêve de célébrité, Los Angeles, Hollywood, tout ça a déjà été égratigné par de nombreux réalisateurs au fur et à mesure des années.

Même dans les années 2000, on pourra citer l’excellent Mulholland Drive de David Lynch, et le beaucoup moins bon Map to the Stars de David Cronenberg. Et dans le fond, Chantal n’ajoute rien de bien neuf au sujet. Il fonce même souvent tête baissée dans les clichés. Les prostituées dans les ruelles, les hommes qui font des faux castings juste pour voir des jolies jeunes femmes se dénuder, les photographes qui abusent des modèles quitte à les faire pleurer et à leur faire perdre tout amour propre. Même dans les petits détails, Chantal semble foncer dans la facilité, avec ses hôtels hors de prix où l’on nous prend de haut d’un côté, et les hôtels cheap, bruyants, sales et tenus par des gens louches (joué par le réalisateur lui-même pour le gérant) de l’autre. Et même si c’est cliché, et bien, c’est malheureusement une triste réalité, les quelques mois que j’aurais passé sur place dans la capitale Américaine du cinéma m’en auront donné un plutôt bon aperçu, en si peu de temps. Un univers où l’on cherche souvent à abuser des autres, et à transformer de bonnes intentions pour quelque chose de plus commercial. En ce sens, Chantal, malgré quelques éléments un peu trop faciles, rentre dans le tas. Alors du coup, certaines situations s’enchainent parfois un peu vite, comme si un nouvel élément allait arriver à Chantal au coin de chaque rue (presque le cas parfois), sans doute car le réalisateur a beaucoup de choses à dire et seulement 1h36 pour tout caser. Et comme pour Sinful, la première bonne surprise du métrage en prévenance de Seduction Cinema vient de l’aspect sexuel de leur cinéma. Là où les parodies et autres comédies jouent sur le côté érotique pour attirer le public, Chantal lui fait l’opposé. Le sexe est peu présent, deux scènes érotiques à tout casser, mais il les délivre de manière inhabituelle. Dans Chantal, le sexe n’est pas beau, il n’est pas attirant. La caméra, plutôt que de s’attarder sur les corps dénudés, s’attarde sur les expressions des actrices, souvent en très gros plan, n’hésitant pas par ailleurs à les faire pleurer, à faire couler le maquillage.

La scène de la séquence photo est le parfait exemple de ce choix, elle ne met pas à l’aise. Et de ce côté plus réaliste et du coup se focalisant plus sur le visage des actrices que sur la plastique en résulte la seconde grande qualité du métrage, à savoir les actrices. Tony Marsiglia, malgré les clichés, livre des personnages bien écrits qui permettent aux actrices de prouver qu’elles peuvent jouer et pas seulement être des « femmes objets ». Elles jouent, elles s’expriment, et elles le font bien. Surtout qu’après de nombreux films, les actrices se connaissent, et sont à l’aise entre elles, en plus d’être naturelles. Cela ressort beaucoup dans certaines scènes, comme la scène du restaurant dans la dernière partie, où la naïveté de Chantal lui est renvoyée direct dans la face. Ce qui est dommage par contre, c’est qu’en terme de mise en scène, Tony Marsiglia fait le choix de la caméra embarquée pour coller au plus près à ses actrices et à l’action. Choix pertinent mais il faut avouer que dans certaines scènes extérieures, la caméra tremble un peu trop par moment. L’urgence du tournage sans doute. Et comme tout récit de ce genre, Chantal doit alors faire un choix. Celui du happy ending, ou celui opposé de la vengeance après la descente aux enfers. Chantal version 2007 s’éloigne alors intégralement du film original de 1969, en faisant le choix opposé. Plutôt que d’avouer sa défaite et son rêve brisé, Chantal préfère s’obstiner et le film la fait chuter tout au fond du trou. Le film respecte ses choix jusqu’aux derniers moments, et se révèle donc être une descente aux enfers plutôt sombre, ce qui est inhabituel de la part du studio, mais qui s’inscrit dans la lignée du précédent métrage de Marsiglia. Une bonne surprise donc.

Les plus

Un film plus dark qui va au bout de ses idées
Misty Mundae convaincante
Quelques scènes qui mettent mal à l’aise
La scène finale, assez osée

Les moins

Une caméra à l’épaule parfois trop tremblante
Un propos juste, mais pas nouveau

 

En bref : Après le surprenant Sinful, Tony Marsiglia continue sur sa lancée avec Chantal. Si dans le fond, rien de neuf, avec cette jeune femme pleine de rêve qui se heurte à Hollywood et son monde pas très glamour, Chantal parvient néanmoins à intéresser, et à quelques scènes surprenantes et prenantes, en plus d’avoir un final ironique plutôt cynique.

12 commentaires

  1. Intéressant ce parallèle entre « Chantal » et « Misty/Erin » que tente le réalisateur qui tente de passer ainsi en contrebande du Z graveleux au drame érotique. La Cité des Anges (déchus) sert ainsi de cadre parfait à cette histoire visiblement, mais je pense que le réalisateur n’a vraiment l’occasion de prendre le pouls de la ville, comme auraient pu le faire effectivement, à leur manière Lynch ou Cronenberg (dans l’excellent Map to the Stars, je me permets de corriger la petite erreur commise dans le corps du texte 😉 )

    1. Le parallèle est encore plus grand avec le commentaire audio enregistré bien après le tournage, alors que Misty avait reprit son nom d’Erin, elle porte du coup un regard vraiment presque autobiographique sur le rôle (mais moins dark que le film en lui-même). Elle et le réalisateur sont sans langue de bois, et ça fait plaisir à entendre.
      Pour ce qui est du réal d’ailleurs, c’était le seul de cette « écurie » là à tourner ces films en 16mm pour leur donner un aspect assez granuleux et sombre, alors que beaucoup d’autres films étaient torchés en Mini-DV, ce qui donne un côté brut et amateur. Après oui, avec un tournage éclair de 5 jours, très difficile d’avoir un rendu viscéral et totalement maitrisé sur la ville, mais l’intention est là, et mon séjour de 3 mois sur place avec quelques rencontres dans le milieu du cinéma confirme un peu tout ça (j’avais rencontré des gens adorables : l’agent de Sasha Grey avec qui j’avais bossé à distance, une musicienne qui a prit du grade depuis et pour qui j’avais fais un clip, et de l’autre côté un producteur qui m’avait fait réécrire un scénario plusieurs fois pour exigences commerciales… bref).
      J’ai vraiment eu du mal perso avec Map to the Stars… Pas mauvais, mais je sais pas, j’ai eu du mal, et les flammes numériques a un moment aaaaah. Par contre les acteurs étaient tous au top, rien à redire là dessus !

      1. Je t’accorde les flammes virtuelles. Il est évident que la carrière de Cronenberg appartient à une nouvelle ère, qui s’est éloignée des berges fantastiques de ses débuts, et de la courte période faste hollywoodienne. Il travaille néanmoins toujours les même plaies, plus mentales sans doute, avec des moyens réduits.
        Je vois que tu connais bien ce monde merveilleux de l’usine à rêves, une expérience qui te permet d’éclairer de manière très personnelle ce genre de proposition de cinéma indée et fauchée. Je serais d’ailleurs curieux de découvrir ce que ce réalisateur a pu proposer d’autre, avec ou sans Miss Mundae.
        D’ailleurs, qu’en est-il aujourd’hui de la carrière de mademoiselle Brown ? La vie est-elle vraiment faite de morceaux qui ne se joignent pas ? (je te laisse cogiter sur la référence 😉)

      2. J’ai tendance à être plus clément sur des CGI raté dans un film qui ne se prends pas totalement (ou pas du tout) au sérieux, mais là du coup mes petits yeux avaient étés choqués. Après j’avais beaucoup aimé A Dangerous Method et je suis un des seuls à défendre corps et âme Cosmopolis, que j’avais adoré à sa sortie, et encore plus lors de sa revision en Blu-Ray par la suite. De Cronenberg, il n’y a vraiment que Map to the Stars qui bloque quelque peu (j’avais d’ailleurs offert mon Blu-Ray à un ami, l’ayant raté au cinéma, je l’avais acheté day one). Ses changements dans sa carrière ont en tout cas prouvé qu’il était un réalisateur sachant se renouveler (à l’opposé d’un Argento, qui depuis son Dracula 3D ne fait plus rien d’ailleurs).
        Et oui, bon ça date déjà d’il y a quelques années, mais j’ai pu bien arpenter Los Angeles, et le milieu du cinéma là-bas, ses exigences ridicules, ses refus encore plus ridicules alors que les exigences sont respectées derrière. Bon j’aurais aussi profité pour faire du tourisme et arpenter Mulholland Drive comme il se doit, à pieds et avec une caméra (surtout que non loin de Mulholland Drive se situe un certain studio, qui fut le fameux lieu emblématique de Body Double).
        Du réalisateur en tout cas, j’avais beaucoup aimé (et je le trouve plus maitrisé visuellement, sans doute car tourné en lieux souvent clôt) Sinful avec Misty également, mais je serais curieux de voir s’il a fait d’autres choses à côté qui méritent le coup d’oeil.
        Miss Brown aujourd’hui continue de tourner dans un certain cinéma fauché, plus souvent à tendance horrifique. Il y a encore de bonnes surprises, et de moins bonnes. En attendant mon futur projet avec elle 😉 Ah, une référence musicale tout ça, un domaine que je connais peu, mais ça me parle un peu là ahah 😀

      3. Contrairement à toi, j’ai complètement raté le rendez-vous avec Cosmopolis. Mon tort aura peut-être été d’avoir lu le roman de DeLillo un peu avant, si bien que je n’y ai vu qu’un décalque maladroit et gonflant.
        Sur Dangerous Method, je te rejoins par contre totalement.
        La référence n’est que secondairement musicale. 😉
        Jean Bart, auteur de Modern Style, a piqué un extrait des « 2 anglaises et le continent » de François Truffaut. Ma référence est donc d’abord cinématographique.

      4. Je l’avais lu et découvert un peu avant également le roman. Et oui, dans le fond pour le coup, on pourrait lui reprocher sa trop grande fidélité dans les dialogues, qui ne sont bel et bien que de la recopie sans modification. Mais j’ai malgré tout totalement adhéré à son univers, aux acteurs, à la proposition de quasi huis clos dans une limousine. Et puis cette OST juste sublime d’Howard Shore en collaboration avec le groupe Metric, que j’ai toujours aimé.

        Ah, il va donc falloir que j’augmente une nouvelle fois un peu ma culture française ! Damn 😛 (d’ailleurs, désolé pour le coup je suis plus lent que d’habitude à répondre, mais depuis ce matin, j’ai rattrapé mes deux retards cinématographiques de 2018 que j’essaye de digérer : le « remake » de Suspiria et The House That Jack Built de Lars Von Trier.

    1. Mais non ahahaha! Le projet est déjà écrit et validé, on espère pour cet été (quelques coups durs financiers de mon côté ont retardés le tournage). Mais si tu es curieux, je peux te révéler que c’est une histoire d’amour entre une tueuse en série et un journaliste, et que j’y vais fort dans le sous-texte social, la critique sociale (et d’internet et ses travers), l’horreur graphique et le sexe 😉

      1. Voilà une bonne nouvelle ! 2019 s’annonce donc sous de bons auspices. Je ne sais pas où tu prévois de tourner le film, mais je serai heureux d’aller y jeter un œil curieux si je suis dans les parages.

        Gros morceaux de cinéma à rattraper et à digérer ! Attention au syndrome de la Grande Bouffe, l’issue n’est pas très joyeuse. Je suis curieux d’ailleurs de voir comment tu vas régurgiter tout cela dans tes chroniques.

      2. 2019 s’annonce bien après un début plus que chaotique (oui déjà). Pour le moment, je fixe aux alentours d’Août, en région Parisienne (pour des soucis de logistique, de transports, et de matériel), pour une petite semaine intensive. Je te confirmerais ça. Avec une moitié d’équipe qui ne parlera pas français ^^

        Ah ça, entre le Lars Von Trier, le Suspiria, l’adaptation de Ketchum, Solaris, je commence l’année 2019 de manière assez hard ! Il serait temps de se trouver quelques vrais petits films plus légers mais pouvant être tout aussi intéressants. J’ai écris mon texte sur Suspiria en fin d’après midi, je vais laisser tout ça reposer quelques jours, quitte à revenir dessus avec du recul avant de poster ça.

  2. J’ai d’abord cru à un biopic sur Chantal Goya mais en voyant Misty, je me suis dit que ce devrait être tout autre chose… Plus sérieusement, tu m’as donné envie de le découvrir celui-là (et en plus, y a aussi Julie Strain dedans !). Petite anecdote : dans le récent bouquin « Génération VHS : les pires parodies X sont souvent les meilleures », on peut trouver en bonus le dvd de « Play-Mate of the Apes » ! Et je souhaite également que ton projet avec Erin Brown se concrétise, pour un admirateur de la belle comme toi, ça doit être grisant de pouvoir tourner avec elle (c’est un peu comme si je pouvais voyager dans le temps et tourner un giallo 70’s avec mon actrice préférée, Edwige Fenech…).

    1. Ah oui non forcément, pas pareil 😀 Juste un petit film underground, lui-même un remake (tiens comme ça deux films de suite où je reste dans les « remakes ») d’un vieux film underground.
      Oh, il va me le falloir, je ne l’ai pas en DVD celui-là, il manque à ma collection. Même si me connaissant, 9 chances sur 10 que je me plaigne de la qualité du film après, à moins d’un aspect parodie bien poussé comme pour Lord of the G-Strings qui m’avait fait rire !
      Il y a beaucoup de courant alternatifs auxquels j’aimerais rendre hommage, et de personnes avec qui j’aimerais pouvoir travailler. Le giallo, c’est déjà fait avec mon dernier projet où j’ai rendu hommage à tous les codes visuels du genre, même si j’avais inversé les rôles entre l’agresseur et la proie.
      Mais oui, mon projet rêvé étant un peu en pause car trop coûteux (il faudrait louer un hôtel entier pour tourner, donc ça fait monter le budget d’un coup), surtout qu’il était très expérimental, je me rabat sur le projet d’exploitation avec Erin.

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