ÇA CHAPITRE 2 de Andy Muschietti


ÇA CHAPITRE 2

Titre original : It Chapter 2
2019 – Etats Unis
Genre : Horreur
Réalisation : Andy Muschietti
Musique : Benjamin Wallfisch
Scénario : Gary Dauberman d’après Stephen King
Avec Jessica Chastain, James McAvoy, Bill Hader, Isaiah Mustafa, Jay Ryan, James Ransome, Andy Bean et Bill Skarsgard

Synopsis : 27 ans après la victoire du Club des Ratés sur Grippe-Sou, le sinistre Clown est de retour pour semer la terreur dans les rues de Derry. Désormais adultes, les membres du Club ont tous quitté la petite ville pour faire leur vie. Cependant, lorsqu’on signale de nouvelles disparitions d’enfants, Mike, le seul du groupe à être demeuré sur place, demande aux autres de le rejoindre. Traumatisés par leur expérience du passé, ils doivent maîtriser leurs peurs les plus enfouies pour anéantir Grippe-Sou une bonne fois pour toutes. Mais il leur faudra d’abord affronter le Clown, devenu plus dangereux que jamais…

En 2017, Ça, ou It, avait surpris pas mal de monde. Le film avait fait beaucoup de bruit. Il a eu ses mérites. Celui de relancer l’œuvre de Stephen King sur grand écran avec sérieux. Car ces dernières années, c’était soit la case court métrage, soit la case DTV (le bien bancal Cell), soit la case remake d’anciennes gloires (Carrie). Et puis It, avec son classement R et son budget de 35 millions, c’est un succès énorme au box office, avec 700 millions récoltés dans le monde. La suite de l’histoire était donc inévitable, le succès permettait au réalisateur à la fois un plus gros budget et une plus grande liberté (pour le film, et niveau adaptation), et les adaptations de King sont maintenant de nouveau partout, sur grand écran (le remake de Simetierre, Doctor Sleep le mois prochain), sur petit écran (la série Creepshow a été tournée), et sur Netflix (Gerald’s Game en 2017, puis 1922, et maintenant Dans les Hautes Herbes). Oui, on va en bouffer du Stephen King. Avec un budget de 79 millions (énorme pour un film d’horreur), Ça Chapitre 2 devait donc boucler l’histoire, 27 ans après les événements du premier film, nous présenter le club des loosers adultes, et mettre un terme aux agissements du clown tueur. Alors, est-ce que le film allait faire mieux que le premier film, en qualité et au box office ? Et bien pour le box office, assurément non, le film n’ayant rapporté pour le moment que 424 millions dans le monde. Presque deux fois moins. Il faut dire que Muschietti, le réalisateur, a livré sa copie, et elle dure 2h50 tout de même. Oui, presque trois heures pour l’aventure des adultes, après les 2h15 allouées aux enfants. En terme de critiques, Ça Chapitre 2 n’aura pas eu le même effet sur les spectateurs que le premier film, peu importe le pays. Là où beaucoup voyaient un chef d’œuvre de l’horreur avec le premier opus, j’y avais vu une très belle œuvre plastique, qui savait faire monter la tension mais la désamorçait bien trop souvent avec des jumpscares bien trop bruyants pour que l’effet fonctionne et me marque à jamais. Ce chapitre 2 allait donc avoir du boulot. Alors, qu’en est-il, même en ayant peu d’attentes ? Oui, c’est bien décevant, et c’est trop long. Souvent bancal et maladroit aussi. Mais pas dénué d’intérêt. Parfois du moins, car le film, avec sa longue durée, fait le choix de se découper clairement en trois parties, et elles ne bénéficient pas toutes des mêmes qualités, ou des mêmes défauts.

Et pourtant, ça commence bien. Très bien même, et ça, ça surprend. La scène d’ouverture, que l’on pourra qualifier de classique pour l’univers de King, avec ses personnages venant ridiculiser et en abuser d’autres, ça fait même plutôt bien le lien avec le premier film. Puis les apparitions du clown, essayant au départ de rester sobre, sans avoir recours à des jumpscares, ça aussi ça fonctionne du tonnerre sur moi, ça laisse enfin Bill Skarsgard s’exprimer par la voix et la gestuelle sans pour autant le faire courir vers l’écran avec de gros effets sonores en arrière plan. Et quand l’on découvre la bande des loosers devenue adulte, on trouve là un casting tout à fait solide, Chastain, McAvoy et Hader en tête (les trois sont excellents). On se dit donc, tout naturellement, que le film a appris de ses erreurs, qu’il sera plus sombre, moins dans l’ère du temps visuellement, et que si les adultes ont droit à un traitement comme les enfants, l’on pourra s’attacher à eux et vivre là une aventure tout à fait solide. Je me serais même surpris à avoir un petit sourire avec le personnage de Bill (James McAvoy), devenu écrivain donc, et qui se prend un peu de la part de tout le monde la même critique. Oui, ces livres sont bons, mais ses fins sont mauvaises. Il ne sait pas conclure. Serait-ce là un aveu pour le film ? Une critique sur l’œuvre en général de Stephen King ? Je l’ignore, mais ça m’aura fait rire. La bande des loosers se réunie donc à Derry, pour un affrontement, car ÇA est revenu. Une belle mise en bouche, 45 minutes qui fonctionnent, et s’avèrent même parfois pertinentes. Puis il y a la suite. Alors avant de me faire fusiller, on ne va pas cracher sur tout. Muschietti a un certain sens esthétique réussi, les images sont belles, la photographie étudiée, les acteurs sont bons.

Mais alors qu’on a l’impression que Muschietti a en effet eu de la liberté lors de la première partie (la scène d’ouverture le prouve), tout s’écroule. La seconde heure est souvent critiquée, à juste titre. Comme si le réalisateur cédait à la fois au cahier des charges de la production actuelle, et que le scénario voulait oublier toute cohérence en jouant sur le fan service. Les adultes se retrouvent, et au lieu d’être unis par un même but (éliminer Ça une bonne fois pour toute), le scénario décide qu’ils ont oublié, et qu’il faut « se séparer » pour retrouver ce qu’ils ont perdus. Et débute alors une longue heure où nos personnages errent, séparément, ayant chacun droit à leur scène de 5 minutes se soldant fatalement par un jumpscare, et parfois même pire avec des créatures en CGI bien ratées. Muschietti retrouve son souci habituel. Il sait faire monter la tension, mais l’ensemble fait plouf quand la tension ne révèle qu’un jumpscare comme finalité. Et puis on sent le fan service inutile dans cette seconde heure. Explication ! On nous remet un personnage clé du roman et du téléfilm dans cette seconde heure, mais le métrage ne sait pas quoi en faire. Moralité, il est là, mais il ne sert à rien, ne fait rien avancer, et n’est qu’un minuscule obstacle pour les loosers. Et de l’autre côté, on a le souci de nos personnages principaux. Bouquin, téléfilm, ou maintenant film, les adultes ont toujours été moins intéressants. Et du coup, pour ne pas aider dans le dit métrage, le scénariste fait le choix du fan service. Le public a adoré les enfants dans le premier film ? Pas de soucis, la seconde heure de ce second chapitre sera bourré de flashbacks les concernant. Flashbacks à jumpscares, mais là n’est pas le gros souci (quoi que, comment se sentir impliqué alors qu’il s’agît de flashback et que l’on sait forcément que le personnage va s’en sortir ?). Le souci, c’est que les adultes ont du mal à exister du coup, on a du mal à s’y attacher, ils ne sont pas développés. L’on pourra aussi parler de l’intrusion de l’humour, venant le plus souvent désamorcer des situations. Certains dialogues ou quelques éléments auront fait rire, il est vrai, mais quand c’est au détriment de l’émotion voulue dans la scène, que ce soit la peur, la surprise ou autre, c’est dommage.

Et là, il reste la troisième partie donc ! Après les longues errances de la seconde heure, Muschietti et son scénariste allaient avoir du taf pour nous remettre dans le bain, nous convaincre, savoir conclure, et essayer de minimiser les erreurs de ce qui précédait. Bon point, le final fait beaucoup moins kitch que dans le téléfilm. Mais n’est pas extraordinaire pour autant. Le film privilégie alors l’efficacité au reste, et le réalisateur parvient à livrer quelques jolies images marquantes. L’humour s’invite toujours quand il n’est pas nécessaire, mais le final permet de boucler la boucle. Et on se rend bien compte avec ce final, et le film dans sa globalité d’ailleurs, que le gros souci de Ça Chapitre 2, c’est sa fidélité. Je l’ai toujours dit, ce qui fonctionne dans un livre à l’écrit ne fonctionne pas toujours transposé dans un autre média. Il faut savoir quoi changer, quoi couper, tout en restant fidèle à l’ambiance. Et ce second film, avec ses presque 3h, essaye d’incorporer beaucoup trop d’éléments, dont certains ne trouvent aucun écho dans l’histoire, et aucune utilité outre le fait d’être là pour faire plaisir au fan. Au détriment donc de l’œuvre dans sa globalité, qui souffre de longueurs, d’un second acte bancal et peu crédible, et de quelques éléments ridicules par moment. Pourtant, le film prend bien quelques libertés ci et là, certaines bienvenues, d’autres discutables. Mais ce Chapitre 2 n’est pas un mauvais film non plus. Juste une déception, un petit divertissement sympathique, mais bien fragile.

Les plus

Excellent casting
La première partie fonctionne très bien
Quelques bonnes idées éparpillées
Quelques passages grotesques qui amusent

Les moins

Une seconde partie trop longue et bancale
L’idée de séparer les personnages
L’abus de jumpscares
Le film était supposé faire peur ?
Des éléments peu utiles à l’intrigue

 

En bref : La déception était inévitable, l’histoire des adultes étant de base moins intéressante. Mais le film fait en plus des choix discutables qui diminue leur temps à l’écran, et donc l’alchimie possible du groupe, en plus d’avoir une seconde partie trop longue. Reste un divertissement potable.

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