THE NAKED DIRECTOR de Take Masaharu, Uchida Eiji et Kawai Hayato


THE NAKED DIRECTOR

Titre original : Zenra Kantoku – 全裸監督
2019 – Japon
Genre : Série
Réalisation : Take Masaharu, Uchida Eiji et Kawai Hayato
Musique : Iwasaki Taisei
Scénario : Yamada Yoshitatsu, Uchida Eiji, Nishi Kosuke et Yamada Kana

Avec Yamada Takayuki, Mitsushima Shinnosuke, Tamayama Tetsuji, Ishibashi Ryo, Lily Franky, Morita Misato, Kunimura Jun, Goto Takenori, Emoto Tokio et Ito Sairi

Synopsis : La série suit l’histoire de la vie inhabituelle et dramatique de Muranishi, qui a de grandes ambitions et des revers spectaculaires dans sa tentative de renverser l’industrie japonaise de la pornographie.

C’est extrêmement rare que je me lance dans des séries. Il faut en général un auteur avec un style bien distinctif à la barre pour que je m’y intéresse. Les deux cas récents que furent Twin Peaks The Return de David Lynch et Too Old to Die Young de Nicolas Winding Refn le prouvent. Quand je me décide à écouter l’avis du grand public, et bien je m’ennuie voir m’endors devant (Games of Throne, j’ai tenu une saison), ou la qualité n’est que rarement au rendez-vous sur toute la ligne (Dexter et ses trois dernières saisons allant du sympa au catastrophique). Mais quand mon ami Oli me conseille, parle sur son blog ou sur les forums de The Naked Director, série produite par Netflix de seulement 8 épisodes, en la qualifiant de série de l’année 2019 (voir série du moment finalement), fatalement, mon esprit a craqué et j’ai finis par me lancer dans l’aventure. Aventure courte, puisque 8 épisodes de 45 minutes environ, mais aventure passionnante que j’aurais dévoré en deux jours seulement. Passionnante car tout en nous parlant d’un sujet en parti autobiographique, The Naked Director parvient de manière adroite à mélanger faits réels, d’autres forcément plus romancés, tout en étant une bien belle reconstitution du Japon des années 80 (la série se déroule en gros de 1980 à 1989), en étant hyper informatif sur un sujet que l’on connaît finalement peu, à savoir le monde pornographique au Japon, forcément différent des autres pays (ah la censure, les mosaïques), et en parvenant avec une justesse assez folle à alterner des moments drôles, voir parfois à mourir de rire, avec des moments parfois plus dark, notamment sur les derniers épisodes, sans que l’un ne vienne rendre l’autre moins intéressant, ou moins percutant. Là déjà, c’est un exploit en soit.

Alors forcément, si l’on ajoute à un scénario qui a déjà d’excellentes cartes en main une équipe talentueuse, que cela soit devant ou derrière la caméra, et bien, bingo, c’est le jackpot. Imaginez un peu, devant la caméra, on trouve dans les premiers rôles l’énorme Yamada Takayuki (Crows Zero, 13 Assassins, Lesson of the Evil, The Devil’s Path) en réalisateur de films pornographiques, Mitsushima Shinnosuke (The Forest of Love, Blade of the Immortal) qui sera son acolyte, mais également d’autres grosses pointures pour les rôles importants, comme Ishibashi Ryo (Audition, Aniki mon Frère, The Grudge) dans le rôle d’un rival possédant la plus grosse boite de production du genre, Franky Lily (The Devil’s Path, Fires on the Plain) jouant un flic pas très net, Kitamura Jun (Audition, Outrage, Chaos, Ichi the Killer, Tomie Forbidden Fruit ou encore Kill Bill) en yakuza, forcément. Un casting clairement 4 étoiles auquel on peut ajouter la présence de quelques AV Idols (Adult Video), de jeunes acteurs et actrices qui débutent et se montrent plus que convaincants, ou même de Pierre Taki, que je ne m’attendais pas à revoir de sitôt à l’écran vu les polémiques de sa vie privée. Et chapeau à la toute jeune Morita Misato, jouant un rôle clé et franchement pas si simple. Mais oui, ça ne s’arrête pas là, puisque derrière la caméra, The Naked Director n’a pas à rougir non plus. Derrière la chaise de réalisateur, ils sont en réalité trois, et pas des manchots, avec le très productif dans le domaine des séries Kawai Hayato, Take Masaharu, réalisateur de l’intéressant 100 Yen Love, et pour finir Uchida Eiji (Kazoku Gokko, Lowlife Love, Greatful Dead). Du bon monde à tous les niveaux. Mais je parle de technique, de styles, d’acteurs, mais The Naked Director donc, de quoi ça parle, à part du milieu du X ? Simple.

Muranishi Toru est vendeur d’encyclopédie pour apprendre l’anglais. Une femme, deux enfants, une petite maison où tout ce bon monde vit avec la mère. Malgré tout ça, Muranishi est loin de vivre une vie épanouie, entre sa vie professionnelle peu intéressante (il est le moins bon vendeur), sa vie sexuelle inexistante et j’en passe. Alors quand après avoir trouvé enfin sa voie au travail, il perd dans la même journée son travail suite à un cambriolage, puis sa femme qu’il surprend au lit avec un autre, et qui part avec les enfants, on appelle ça une vie de merde. Ou un signe qu’il faut du changement. C’est là que le hasard intervient et qu’après une rencontre, Muranishi décide de mettre ses talents de vendeur au service d’un milieu lucratif qui commence à grandir, celui du X. Au départ, des bini-bon (des revues censurées vendues sous plastique), puis des ura-bon (des revues non censurées et donc illégales), avant de se lancer dans le monde de la vidéo. Un parcours à la fois comique et irrésistible, mais toujours totalement fou et qui n’aurait bien pu n’avoir lieu qu’au Japon. Huit épisodes durant, nous suivons les folles aventures de cet homme, qui perd tout, rebondit, se trouve une vocation et en devient même passionné. Car finalement, il a trouvé sa voie, et il a apprit à se connaître lui-même, sa propre nature. On aurait pu craindre avec un tel sujet que la série soit racoleuse au possible, et se contente mollement d’enchainer des scènes de sexe.

Il n’en est rien. Alors rassurez-vous, vu le sujet, le sexe est présent, et il est d’ailleurs déconseillé pour votre réputation auprès de vos voisins de regarder la série tardivement avec le son à fond sous peine d’être mal vu. Même si parfois courtes, les scènes de nudité et de sexe sont présentes, mais bon point, elles parviennent toujours à rebondir avec autre chose. Soit un aspect totalement loufoque et donc comique tellement cela est énorme (je parle de la situation hein bande de coquins), soit pour clairement faire avancer l’intrigue (la rencontre, le casting et le tournage, le tout dans la foulée, entre Muranishi et Kaoru). Mieux, par moment, The Naked Director rend les corps magnifiques. La très longue scène que je citais juste au-dessus entre muranishi et Kaoru en est le meilleur exemple. La tension est présente, sexuelle, d’abord retenue, puis montrant d’un cran, avant de partir étonnement dans la douceur, avant de partir dans le tournage pur et dur, mais sans jamais être racoleur. Les corps sont jolis, les corps sont mis en valeur. Là est une autre grande réussite pour la série. Et le tout est tellement rythmé, enchainant les situations, les changements de tons, de styles, et les petites sous intrigues, puisque l’ensemble, en plus d’être très informatif, va bien entendu inclure de l’argent sale, de la drogue, des flics ripoux, de la censure, de la concurrence déloyale, qu’il est incroyablement dur de décrocher si l’on accroche forcément à cette aventure folle, qui nous amènera même à Kauchiko (forcément) et à Hawaï le temps d’un épisode. Dommage d’ailleurs que sur cet épisode, les acteurs jouant en anglais ne sont pas du même niveau que les acteurs Japonais. Certains sont même presque mauvais. La difficulté de diriger des acteurs dans une autre langue, que les réalisateurs ne maitrisent peut-être pas ?

Impossible à dire, mais c’est une possibilité. Rien qui ne vienne entacher véritablement le plaisir, puisque il ne s’agît bien évidemment que d’un seul épisode, et que les acteurs concernés ne sont absolument pas les principaux, ni incroyablement mis en avant. Et puis, après tout, cet épisode reste un grand moment de rire et de folie. Beaucoup de bonnes choses donc durant ses 8 épisodes, et finalement, très peu de choses à jeter. La partie technique est au top, tout comme 98% des acteurs, l’ambiance années 80 est soignée, tout comme l’ambiance musicale géniale (oui, j’ai depuis plusieurs morceaux sur youtube qui tourne souvent chez moi, ça me donnerait presque envie de devenir producteur de X). Et puis malgré le milieu abordé, The Naked Director reste l’histoire d’un homme qui a apprit malgré tout à se relever face à tous les obstacles, qui a voulu réaliser ses rêves, même si ce rêve consister à faire exploser des bus en arrière plan après une scène de sexe, ou à filmer une scène de sexe dans un avion survolant Hawaï, et qui se montre passionné pour ce qu’il fait, et déborde d’idées pour s’en sortir. Un peu une success story dans laquelle le monde entier tente de lui mettre des bâtons dans les roues, de la compétition à la censure, ou parfois même, involontairement, ces collègues. Une success story oui, mais dans laquelle parfois, des vies sont détruites, à cause de la drogue, ou de la vente illégale de produits non censurés, et donc, au-delà de tout ça, une histoire qui fait changer les choses, et pas que dans le milieu du X, mais également dans la façon dont les gens s’acceptent, eux et leurs corps, de la façon dont la société voit et accepte les individus, peu importe leur professions, leurs opinions, leurs éthiques. Mais aussi l’hypocrisie derrière la censure, tout ça tout ça. Beaucoup de choses à dire, mais je m’arrêterais là pour ne pas trop en dévoiler, et vous laisser le plaisir de découvrir cette aventure hors norme dans un milieu hors norme qui a progressivement changé.

Les plus

8 épisodes hyper bien rythmés
Une histoire passionnante et instructive
Parfois très drôle
Parfois aussi très noir
Partie technique au top
Des acteurs pour la plupart exceptionnels

Les moins

Quelques acteurs en dessous dans un épisode ?

En bref : The Naked Director est clairement la série netflix a voir. Tour à tour drôle, sombre, informative, toujours passionnante, porté par de grands acteurs. Maintenant il n’y a plus qu’à attendre la saison 2 pour voir la fin de l’aventure du réalisateur passionné durant les années 90.

8 commentaires

    1. L’article triplé gagnant !! Et la série gagnante made in Netflix tiens. Au départ j’hésitais entre 16 et 17, puis en me rendant compte qu’en écrivant, j’étais en train de me refaire les trois premiers épisodes en entier avec le même plaisir jubilatoire, je me suis dis que ça méritais un bon 18 !

    1. Hardcore, un des Schrader dont j’ai le moins de souvenirs car pas vu depuis un bail. je m’étais refais il y a quelques années AMERICAN GIGOLO, j’ai CAT PEOPLE en Blu-Ray, mais celui-ci manque à ma collection.
      Mais oui, il faut voir cette série, il faut foncer 😀 Si tu es à fond comme nous, en deux jours c’est plié haha.

      1. Je n’ai pas revu Hardcore depuis des années non plus. Il doit me rester un copie sur une vieille VHS. Je ne sais même pas s’il existe en DVD. La récente edition de Blue Collar (jamais vu) me tente bien.

      2. Et ben voilà, plus qu’à te faire THE NAKED DIRECTOR, trouver et enchainer sur HARDCORE, et pourquoi pas ensuite BOOGIE NIGHTS et 8MM, pour rester dans le milieu plus ou moins légal de la profession? haha
        Jamais vu non plus tiens BLUE COLLAR.

      3. Tu vois, c’est un signe 😉 Toujours adoré ce film d’Anderson, je l’avais découvert je crois sur Canal à l’époque. Il faut que je le revois également tiens.

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