L’IMPASSE (Carlito’s Way) de Brian De Palma (1993)

L’IMPASSE

Titre original : Carlito’s Way
1993 – Etats Unis
Genre : Policier
Durée : 2h24
Réalisation : Brian De Palma
Musique : Patrick Doyle
Scénario : David Koepp d’après le roman de Edwyn Torres
Avec Al Pacino, Sean Penn, Peneloppe Ann Miller, John Leguizamo, Ingrid Rogers, Luis Guzman, James Rebhorn et Viggo Mortensen

Synopsis : Dans le New York de la fin des années 1970, un truand venant de purger une peine de cinq ans de prison, Carlito Brigante, décide de se ranger et de se construire une nouvelle vie, mais ses anciens complices ne l’entendent pas ainsi.

L’Impasse, en voilà bien là un film passionnant. Autant par ses thématiques, autant parce qu’il est excellent et constitue sans doute le dernier chef d’œuvre de Brian De Palma, autant parce que, revu à l’intérieur même de la filmographie de son auteur, il y trouve du sens. Car nous sommes en 1993, et Brian De Palma vient d’essuyer deux échecs, autant public que critique, avec Le Bûcher des Vanités et L’Esprit de Caïn. Deux échecs, alors qu’il venait auparavant d’enchaîner deux grands films, avec Les Incorruptibles et Outrages. Du coup, le fait de le revoir avec un film produit par Martin Bregman, qui avait produit auparavant avec lui Scarface pile 10 années auparavant, avec en tête d’affiche Al Pacino justement, cela fait presque réfléchir. Cela aurait pu être l’assurance d’un projet facile, d’un film facile, d’un succès facile même. Dans les faits, oui. Sauf que L’Impasse raconte l’histoire de Carlito Brigante, et non pas de Tony Montana, et tout oppose les deux hommes. Le premier rêvait d’argent et de pouvoir en bossant dans le milieu sous le soleil de Miami, tandis que le second rêve d’une vie normale, avec un job banal et sans risques, sous un New York souvent pluvieux. Tony Montana était entouré de crapules du milieu, et même son meilleur ami le suivant dans toutes ces magouilles, dans la construction d’un empire. Carlito Brigante surprend tout le monde, de ses anciens collègues aux petites racailles qui rien qu’à son nom connaissent son passé, jusqu’à son meilleur ami Dave, son avocat, qui vient de le faire sortir de prison, espérant tous qu’il replonge afin de continuer à se sucrer avec une part du gâteau. Dans les faits, l’Impasse peut clairement être vu comme un anti Scarface. Mais même ça, ça aurait été sans doute trop facile pour De Palma. Il change pas mal de données, il change son personnage en lui donnant plus d’humanité, plus de romantisme également, plus d’honneur.

La quête de pouvoir se change en quête de rédemption, et dans les faits, il est vrai, le scénario de l’Impasse et sa narration sont simples et déjà vues. Même son ouverture, nous annonçant déjà un avenir fatal pour son personnage, est prévisible, et cette fatalité s’étend sur tout le métrage, et aurait été perceptible même sans lui. Et pourtant, malgré tout ça, l’Impasse fonctionne à 200%. Parce qu’il est bien huilé dans son scénario, parce que ses personnages sont attachants, parce que sa mise en scène est soignée au millimètre près, parce que De Palma ménage ses effets pour les rendre encore plus surprenants et parfois tendus, et parce que, malgré une issue prévisible et courue d’avance, De Palma parvient à rendre son dernier acte passionnant, maitrisé et à nous hypnotiser, les yeux rivés sur l’écran, le souffle coupé. La marque d’un grand film ? Assurément. Contrairement à Scarface, L’Impasse se fait plus court, plus romantique, plus posé au niveau de son rythme, pour tout mettre au service de son intrigue et de ses personnages. Carlito revient donc à la vie, après cinq années de prison, et son rêve, c’est de quitter la région, de partir pour les îles et d’y vendre des voitures en tout légalité. Mais pour ça, il lui faut de l’argent, et grâce à son bon ami Dave, son avocat qui vient de le faire sortir grâce à un recours de justice, le voilà pour un temps à la tête d’une boite de nuit de Miami, qui attire toutes sortes de crapules dés que la nuit tombe. Mais peu importe combien de fois on va lui demander, peu importe la manière dont on tenteras de faire pression sur lui, où les ennuis qui lui arriveront en pleine face, Carlito refuse de revenir à son ancienne vie. Il tente de fuir les bagarres, d’éviter les conflits, et même lorsqu’une situation tourne mal et que ses hommes s’attendent à le voir abattre froidement son ennemi, impuissant, Carlito le laisse partir. Rien ne pourra le faire dévier de son objectif, celui de récupérer assez d’argent pour fuir loin de tout ça, et si possible, de le faire avec la femme qu’il aime, bien qu’il lui ai au départ brisé le cœur avant de partir en prison.

Al Pacino est impeccable comme toujours dans son rôle, mais le reste du casting n’est pas en reste, que ce soit les rôles importants autour de lui, ou des seconds rôles qui aujourd’hui peuvent faire sourire. Oui, on y découvre un Viggo Mortensen encore inconnu du grand public par exemple, et oui, la coupe de cheveux de Sean Penn à de quoi surprendre. Et à côté, il y a Penelope Ann Miller, l’intérêt romantique de Carlito, John Leguizamo qui retrouve De Palma après Outrages et sans doute content d’être dans un bon film vu que la même année sort Super Mario Bros, ou encore Luis Guzman que l’on reverra propriétaire d’une boite de nuit quelques petites années plus tard dans Boogie Nights. Un grand casting donc. Que De Palma filme à la perfection, trouvant matière dans le scénario de David Koepp qui travaille pour la première fois avec le réalisateur (suivront Mission Impossible et Snake Eyes) à mettre en avant ses thématiques, et des sujets qui lui tiennent à cœur à ce moment là, puisqu’encore une fois, L’Impasse a clairement une place de choix dans la filmographie de De Palma. De par sa mise en scène, ses thématiques donc, et bien entendu, sa très longue scène finale, morceau de choix, pouvant rappeler par sa tension et même le lieu de son action, une gare, les moments de bravoures qu’étaient des scènes dans des lieux similaires dans Blow Out dés 1981 ou Les Incorruptibles en 1987. Mais De Palma, hyper inspiré, ne se contente pas de mettre ses envies et tics sur grand écran, mais filme ses enjeux fatalistes de main de maître, avec cette caméra embarquée en steadycam lors d’une poursuite haletante dans le métro, avant un plan séquence relevant du génie tant il prouve une maitrise minutieuse de l’espace et du timing. Et du coup, la tension elle explose dans une scène que je connais littéralement par cœur, comme pour les scènes des deux films précités, tant De Palma parvient à faire monter la tension mais aussi l’émotion par le pouvoir de l’image, et pendant une bonne dizaine de minutes, à raconter son scénario par l’image et non le dialogue. Un nouveau coup de maître, et De Palma en avait grand besoin.

Les plus

Casting aux petits oignons Rédemption, romantisme Ce final d’une tension inouïe Mise en scène incroyable Un côté fataliste présent dés le début

Les moins

En bref : L’Impasse, c’est du très grand Brian De Palma, maitrisé de bout en bout, avec ses moments de bravoure, son casting parfait, sa mise en scène esthétique parfaite. Avec un propos simple, De Palma fait ce qu’il fait de mieux, tout en surprenant en évitant ce que l’on pouvait attendre d’un tel film sur le milieu des truands.

17 réflexions sur « L’IMPASSE (Carlito’s Way) de Brian De Palma (1993) »

  1. J’ai lu ta chro, avis dithyrambique et donc je ne comprends pas un truc… Pourquoi ne pas mettre 20/20 ? ahaha Je te taquine je sais que tu n’aimes pas parler des notes. Pour moi c’est un chef d’œuvre. Dans mon Top 3 De Palma avec SCARFACE et THE INTOUCHABLES. Et comme tu dis, De Palma aime filmer les gares. Il faudrait les décompter mais il y a un paquet de scènes tendues dans des gares, dans sa filmo.

    1. Mais euh oui soit pas méchant, j’ai de plus en plus de mal à noter, et en plus, je crois que j’ai déjà mis deux 20/20 à De Palma, pour PHANTOM OF THE PARADISE et BLOW OUT.
      En vrai si je laissais toute objectivité au placard et ne parlait qu’avec mon coeur, je crois que quasi tous les De Palma de 1974 à 1995 auraient du 20/20 haha. Ou quasi tous en tout cas, il y a quand même quelques tout petits ratés.

      En plus, je crois que la gare dans THE UNTOUCHABLES et CARLITO’S WAY, si je ne dis pas de conneries, c’est la même gare 😀

  2. Tu déroules le tapis rouge pour l’impasse ! Quel titre superbe, aussi beau que le titre original d’ailleurs, un de ceux qu’on n’oublie pas dans une filmo. Je l’ai vu pour la première fois à sa sortie et ce fut une vraie claque. Étonnamment, je l’ai peu revu ensuite (je l’ai bien sûr dans ma collec) comme pour préserver ma première impression, peur d’être déçu. Peu de risque pourtant je crois car il figure dans ce qui apparaît comme le dernier grand moment De Palma qui coïncide avec sa collaboration avec Koep. C’est un peu le Unforgiven du film de gangster, il y traîne quelque chose d’une fin de règne, d’une page qui se tourne au bout des rails. Pacino est impérial et Sean Penn memorable. Ah, tu m’as donné envie !

    1. Je savais que ce petit article te ferait plaisir 😉 Mais quelle chance de l’avoir découvert à sa sortie roh ! J’avais découvert déjà De Palma, mais ce film là, vu un peu plus tard malheureusement. À l’époque du dvd, je le regardais d’ailleurs assez souvent, toujours avec ce même plaisir crispant pour son final. Et la dernière vision en Blu-Ray fut tout aussi magique. Et c’est vrai d’ailleurs qu’arrivé à ce film, il a collaboré quasi uniquement avec Koep durant les années 90.
      Et marrant que tu parles de UNFORGIVEN…. Je viens de me choper le remake…. Japonais, avec Watanabe Ken dedans. Bien curieux de voir ce qu’ils ont fait du métrage, voir si ça tient au moins la route !
      Pacino en fin de compte, il a une carrière qui tient encore la route, comparé à De Niro, il a beaucoup moins enchainé les DTV et films mineurs dans les années 2000, et ces quelques DTV ne sont au final pas si déshonorants que ça (je m’étais fais la remarque il y a peu).
      Allez zou, file revoir Carlito !

      1. Unforgiven version sabre ?
        Tu as raison pour Pacino, même si je peine à me souvenir de films récents avec lui qui ont retenu mon attention, le dernier Scorsese mis à part.

        1. Toujours version western, enfin je pense. Dés que j’ai une seconde je me le fais, peut-être en fin de semaine (car je prépare de très lourdes modifications sur le blog, d’ailleurs j’en profite pour prévenir : il est possible que le site ne soit plus accessible durant plusieurs jours, je suis en train de changer d’hébergeur, tout en gardant l’adresse, mais ça traîne, et après, je vais devoir remettre touuuuuuus les médias – pochettes et captures – manuellement, et je compte apporter de grands changements, dans les menus, dans les listes de chroniques, rajouter des infos pour chaque film – dates de sorties dans le pays d’origine et en france, bref j’ai du taf).

          Ah mais clairement, ces films récents ne sont pour la plupart pas de grands films marquants, ni de grands rôles, mais je trouve en tout cas qu’il essaye quand même de sélectionner un peu mieux ses métrages comparé à De Niro qui a eu pas mal de films douteux, et où tu as parfois l’impression que du coup, il accepte un peu tout ce qui arrive sur son bureau. Après ça se trouve, je me trompe et je suis tombé par malchance sur les pires de De Niro, où à l’opposé, j’ai eu de la chance et je suis passé à côté des mauvais Pacino hein 😉

          1. Gros gros boulot en effet !
            C’est un challenge au vu de la quantité d’articles qui composent ton Blog !
            Je me tiens prêt à noter la nouvelle adresse 😉

          2. 2300 articles environ….
            Pour ça que je vais, dés que je pourrais enfin y accéder, tout faire doucement, avec en priorité on dira les 50 derniers articles postés, puis tout refaire, lettre par lettre.
            L’adresse sera techniquement toujours la même, pour ça justement que ça traine un max, ça doit prendre tout son temps au niveau de l’ancien hébergeur (qui arrive à terme de toute façon dans 15 jours) pour la refiler au nouveau. Et ça m’emmerde… Alors je m’avance en attendant, je prend des notes sur les grosses modifs, vérifie les pages (le nombre de titres oubliés dans les pages alphabétiques, bien 3 ou 4 films à chaque lettre, du coup des articles mais que personne ne voit sauf si tu les cherches spécifiquement). Mais le pire est à venir haha.

          3. Si WordPress pouvait se bouger le cul que je rentre dans le vif du boulot plutôt que de faire du boulot préparatoire (car je suis dessus là, depuis ce matin, c’est long, ça me gave déjà).
            L’ironie, c’est que mon blog avait commencé chez Overblog et je ne parlais que de cinéma de genre (après la fermeture ou un gros bug sur un forum que je fréquentais à l’époque). Puis arrivé sur WordPress je me suis focalisé sur le cinéma Asiatique. Et maintenant je parle d’absolument tout. Un gros bordel ! 😀 (mais on est d’accord, un bon 70% du blog, ça reste soit du cinéma de genre, soit de l’asiatique).
            Sans oublier que j’ai aussi le blog secondaire jeux vidéo… Que je compte ramener dans une sous catégorie ici.
            Bon, tue moi, je crois que ça ira plus vite vu ce qui m’attend.

          4. Non parce qu’en plus de la refonte visuelle, des 2300 chroniques de films, tu peux ajouter les 240 chroniques en attente de publication, et les 200 chroniques de jeux…. donc joie des mises en page, des médias de deux bases de données différentes. Va falloir beaucoup de café !

          5. Oui ne t’inquiétes pas, j’ai un avis sur Jaws 4 qui attend 😂 (j’ai écris sur les 3 premiers, autant finir)

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