A TOMBEAU OUVERT (Bringing Out of the Dead) de Martin Scorsese (1999)

A TOMBEAU OUVERT

Titre original : Bringing Out of the Dead
1999 – Etats Unis
Genre : Drame
Durée : 2h01
Réalisation : Martin Scorsese
Musique : Elmer Bernstein
Scénario : Paul Schrader

Avec Nicolas Cage, Patricia Arquette, John Goodman, Ving Rhames, Tom Sizemore, Marc Anthony, Cliff Curtis, Nestor Serrano et Mary Beth Hurt

Synopsis : 48 heures dans la vie d’un ambulancier. Malgré ses efforts pour garder les gens en vie, Frank voit les fantômes de ceux qu’il n’a pas réussi à sauver. Il a tout essayé pour se faire renvoyer, mais ne parvient pas à quitter le travail de lui-même.

L’association de Martin Scorsese et de Paul Schrader a toujours donné de bien belles choses, même si beaucoup ne retiennent que Taxi Driver (1976) et Raging Bull (1980) de cette association. Sauf qu’en plus d’avoir également signé des scénario pour Sydney Pollack (Yakuza en 1975), Brian De Palma (Obsession en 1976), John Flynn (Rolling Thunder en 1977) ou Peter Weir (Mosquito Coast en 1986), Schrader aura également écrit deux autres métrages pour Scorsese. La Dernière Tentation du Christ en 1988, film polémique s’il en est, et le film du jour, à savoir Bringing Out of the Dead, À Tombeau Ouvert chez nous (Ressusciter les Morts au Québec) en 1999, avec notre grand Nicolas Cage. Un film injustement souvent oublié, à la fois de la filmographie de Schrader, de Scorsese ou de Cage. Un grand film ? Oui ! Mais pas un film qui se laisse approcher de manière simple. Car les deux auteurs explorent encore les bas fonds de New York, et par extension, de l’âme humaine. Après Travis Bickie et son taxi dans les rues nocturnes de New York, après Jake LaMotta et la difficulté du monde de la boxe, et de la vie privée, voici Frank Pierce, ambulancier au bord du gouffre, dépressif, légèrement alcoolique, souffrant d’insomnies, et voyant les fantômes de tous ces malheureux qu’il n’a pas pu sauver au cours de ses nombreuses nuits à arpenter les rues sombres de la ville. C’est sûr que ça ne respire pas la joie et la bonne humeur, A Tombeau Ouvert est une œuvre clairement sombre, dépressive. Enjouée par sa bande son, comme toujours avec Scorsese, alternant les morceaux rock d’une époque pourtant révolue, à base de Van Morrison dés l’ouverture, de The Who, R.E.M, The Clash ou encore UB40, mais terriblement dépressif et parfois même fataliste dans son propos, dans sa mise en image, et dans le jeu de Nicolas Cage, habité, le regard meurtri, parcourant les grandes rues et petites ruelles de la ville, soir après soir, avec l’espoir que cette fois-ci, les choses seront différentes.

Scorsese, la caméra vive, et Schrader, la plume affutée comme souvent, nous offre sur plusieurs nuits le parcours de Frank donc, un homme prêt à basculer, au volant de son ambulance soir après soir, changeant de coéquipier suivant les disponibilités de chacun et les besoins de l’hôpital, ce qui permet en plus de nous offrir une plongée dans l’inconscient de Frank, de dépeindre également le milieu et une galerie de personnages souvent hauts en couleur. Que ce soit John Goodman en ambulancier calme, Ving Rhames beaucoup plus excité et vif, ou tout simplement Tom Sizemore en excité du bocal à qui il manque probablement aussi une case, à une époque où sa carrière n’avait pas encore plongée dans les DTV mais où il pouvait tourner tour à tour pour Bigelow, Mann, Hyams, Kasdan ou encore Scott et Spielberg, le film nous montre comment chacun réagit au climat de violence et de dépression qui règne à New York. Et puis, dans ce milieu presque totalement masculin, Frank croise Mary, frêle Patricia Arquette dont le père est sous assistance respiratoire, et qui sera pour lui comme une bouffée d’air frais tous les soirs, durant la pause cigarette à l’hôpital avant de reprendre la route. Deux âmes, meurtries, égarées, chacune avec ses fantômes, ses blessures, et leur façon de régler le problème de manière futile et précaire, et surtout, au jour le jour. Pour Frank, rien de surprenant, c’est l’alcool, pour Mary, ce sera d’aller chez Cy Coates, dealer à ses heures perdues qui propose une drogue permettant de s’évader, de se relaxer quelques heures durant. Frank tentera de prendre le chemin de Mary, mais ça ne fonctionnera pas, ses fantômes ne vont pas disparaître pour si peu. Et si la rédemption, Frank la trouvera aux côtés de Mary, en prenant soin de son père, en écoutant cet homme mourant, ou en imaginant ce que cet homme mourant pourrait bien souhaiter.

Le spectateur lui, celui qui acceptera le côté froid du film, son côté dépressif, presque sans espoir, plongera avec Frank dans trois nuits folles, entre dureté du monde réel, évasion fantasmée, le tout en naviguant dans les rues de New York comme dans les artères d’un corps qui n’attend qu’une chose, qu’on vienne mettre fin à ses souffrances. Alors que Frank lui n’aspire qu’à sauver enfin quelqu’un, ou peut-être se sauver lui-même. Le scénario de Paul Schrader est certes profondément sombre et dépressif, mais son récit ainsi que ses personnages sont vertigineux. On peut dire la même chose de la mise en scène de Martin Scorsese, sans surprise. Il joue sur les effets de styles, les accélérés, plonge son film et donc les rues de New York sous des couleurs souvent grises et mornes, dont les seules couleurs quelque peu chatoyantes et donc amicales ne sont, ironiquement, que les couleurs bleues et rouges venant du gyrophare de l’ambulance. Un sans faute. Tout comme pour le casting énoncé plus haut, de haute volée, entre un Nicolas Cage totalement investis dans son rôle et qui semble au bout du rouleau, en passant par ses nombreux coéquipiers, Patricia Arquette également évidemment, sans oublier les quelques âmes égarées croisées au détour de quelques ruelles, comme Noel (Marc Anthony) ou Cy Coates (Cliff Curtis) bien entendu. Tout le monde s’accorde aux tonalités voulues par les auteurs derrière le film, en résulte une œuvre ténébreuse, désespérée, éblouissante par sa maitrise, mais forcément, difficile à « apprécier » tant les sentiments qu’il nous envoie au visage ne sont pas forcément heureux et positifs. Mais ça, on s’en doutait par avance !

Les plus

L’ambiance nocturne de New York
Un récit dépressif qui va au bout de ses idées
Le casting, génial
Scorsese maitrise totalement son métrage
Quelle bande son

Les moins

Pas pour tout le monde, vraiment un fiml dépressif

En bref : Paul Schrader et Martin Scorsese s’associent une dernière fois pour une nouvelle plongée dans les bas fonds de New York, en suivant un ambulancier dépressif hanté par ceux qu’il n’a pas pu sauver. Hypnotisant et hautement maitrisé, mais clairement pas pour tout le monde.

4 réflexions sur « A TOMBEAU OUVERT (Bringing Out of the Dead) de Martin Scorsese (1999) »

  1. Merci pour la review d’un film assez rare, finalement. Par ex il semble avoir disparu de toutes les plateformes de streaming en vogue… Bizarre. Je ne l’ai jamais revu depuis ma séance de ciné, j’aimerais bien reprendre le volant de cette folle ambulance dans un futur proche.

    1. Oui c’est dingue, je viens de regarder sur le net, apparemment il n’existe aucun Blu-Ray en France, ni en Amérique, Angleterre et tout. Je ne comprend pas pourquoi ce film est tellement délaissé, à la fois de la carrière de Cage que de Scorsese, ou de Schrader qu’on oublie souvent dans l’équation. Et si tu veux le revoir avec ta femme, je ne peux même pas te le passer, tu n’auras pas de sous titres Japonais…

  2. Très envie de le revoir après lecture de ton article. Je n’avais que moyennement aimé quand je l’ai vu la première fois (loué en dvd). Mais en ayant le taxi dans le rétro de l’ambulance, je suis sûr qu’il me plairait davantage aujourd’hui.

    1. J’en suis le premier surpris, normalement nous avons des goûts assez similaires sur ce genre de métrages. Mais oui, ça mérite clairement une réhabilitation d’urgence, si tu arrives à le trouver vu sa rareté dans un sens, et le fait qu’il n’y ai aucun Blu-Ray. Mais je suis certain que tu te plaira aux côtés d’un Nic dépressif 😉

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