ALIEN 3 de David Fincher (1992)

ALIEN 3

Titre Original : Alien 3
1992 – Etats Unis
Genre : Science Fiction
Durée : 1h54 (2h24 en Assembly Cut)
Réalisation : David Fincher
Musique : Elliot Goldenthal
Scénario : David Giller, Walter Hill et Larry Ferguson

Avec Sigourney Weaver, Charles S. Dutton, Charles Dance, Lance Henriksen, Brian Glover, Ralph Brown, Paul McGann et Danny Webb

Synopsis : Seule survivante d’un carnage sur une planète lointaine, Ripley s’échoue sur Fiorina 161, planète oubliée de l’univers, balayée par des vents puissants. Une communauté d’une vingtaine d’hommes y vit. Violeurs, assassins, infanticides, ce sont les plus dangereux détenus de droits communs de l’univers. L’arrivée de Ripley va les confronter à un danger qui sera plus fort qu’eux.

Doit-on revenir sur le bordel que fut la production d’Alien 3, allant jusqu’à ce que son réalisateur, David Fincher, alors débutant, soit viré plusieurs fois, ne revienne plusieurs fois, avant qu’il ne claque définitivement la porte en post production, refuse de reconnaître le film, et soit le seul réalisateur sur les quatre films originaux à ne pas participer à la création d’un Director’s Cut, fait à partir d’une version de travail plus ou moins proche de sa vision, et donc nommée Assembly Cut. Pourtant, tout aurait du bien se passer, Aliens le Retour était un gros succès en 1986, et la Fox voulait immédiatement une suite. Les producteurs ne voulaient pas refaire la même chose, et avaient l’idée d’un film en deux parties, avec Michael Bihen héros du troisième et Sigourney Weaver revenant pour le quatrième, et mettant en avant la Weyland-Yutani, la société voulant à tout prix mettre la fin sur l’Alien. La Fox voulait même faire revenir Ridley Scott derrière la caméra. Ce qui n’arriva pas avant 2012 et Prometheus, on le sait maintenant. Divers scénaristes se succèdent (William Gibson, Eric Red, David Twohy, Vincent Ward) avant qu’un scénario ne soit finalement plus ou moins finalisé par Walter Hill et David Giler eux-mêmes, producteurs. Les réalisateurs aussi se succèdent, la Fox voulait Scott qui décline, Cameron voulait au départ revenir mais la production s’éternise et il vogue vers de nouveaux horizons, Renny Harlin travaille à un moment sur le projet durant l’année 87 avant de finalement partir réaliser Die Hard 2. C’est lorsque tout prend forme que Fincher arrive à bord, et aura droit à un tournage loin d’être de tout repos, qui débute en Janvier 1991. Le budget prévu est énorme, mais continue de grimper, la faute à des sommes astronomiques dépensées depuis 1987 pour écrire des projets non utilisés, puis pour la construction de décors pour un scénario qui n’est finalement pas retenu. Avant même que Fincher n’arrive, plus de 7 millions avaient déjà été dépensés. Le budget monte, les producteurs sont souvent en désaccords avec Fincher, qui est lui-même aussi en désaccord avec la Fox, le tournage est interrompu, un premier montage fait, la Fox n’est pas contente, le tournage reprend pour six semaines additionnelles, mais la Fox n’est toujours pas contente, des bouts de films doivent être retournés, Fincher quitte le navire, Alien 3 sort, et ne plait pas au public, ni aux critiques.

Alien 3 est donc un film né dans la douleur, un film malade, souffrant d’interférences constantes, de guerres de pouvoirs entre studios, producteurs et réalisateur, alors débutant on le rappelle. Et pourtant, notamment dans sa version longue de 2h24, Alien 3 a de sérieux gros atouts dans sa poche, et continue la saga Alien de manière logique, en évitant la répétition, mais surtout, en donnant un sens au personnage central de la saga, Ripley, tout en ayant un petit quelque chose d’unique qui ne vient que de son auteur. Car c’est là en un sens la qualité première de la saga Alien, celle que chaque opus soit réalisé par un metteur en scène avec un univers différent, une façon de faire différente, et ainsi en faire un film dramaticalement opposé au précédent. Alien de Ridley Scott était un huis clos claustrophique dans un vaisseau, montrant peu sa créature, jouant sur le suspense, l’ambiance, la lenteur, les plans larges, le tout dans un magnifique format 2.35. Aliens de James Cameron multipliait la menace, se faisait plus musclé, établissait clairement Ripley comme l’héroïne de la saga (ce qui n’était pas le cas du premier film), lui donne plus de substance, lui permet de se reconstruire, de se construire une famille même avec Newt et Hicks, et avec sa proposition plus musclée, oubliait le format d’image large pour se resserrer, en 1.85. Alien 3 détruit ce qui avait été établit, plonge Ripley dans un univers glauque, sombre, dépressif, anéantit un à un tous ses espoirs, tuant entre les deux films ce qu’elle avait forgée durant la second film (adieu Newt, adieu Hicks, même adieu l’androïde Bishop). Alien 3 est l’œuvre sombre de la saga, l’œuvre nihiliste qui ne recule devant rien, brise ses personnages, tout en retournant à une ambiance plus sombre de celle du premier film, avec des personnages peu habitués à une menace, pas habitués au combat, qui se retrouvent face à un Alien unique. Ripley apparaît comme affaiblie dés le départ, ayant perdue espoir, ayant perdue ce qu’elle cherchait à protéger désespérément, et se retrouvant sur une planète prison, entourée de criminels, de personnages douteux, incompétents même pour la plupart, alors qu’ironiquement, le film fait de Ripley la porteuse de la future reine Alien. Oui, le film a détruit sa famille trouvée et construite dans le précédent, seulement pour lui donner « une autre » famille, monstrueuse.

Les choix du scénario et de David Fincher sont osés. Alien 3 était quoi qu’il arrive un pari plus que risqué, autant en version cinéma qu’en version longue, puisque le film s’ouvre par l’impensable pour les fans du film précédent. Peu importe la qualité du film, Alien 3 aurait subit les foudres d’une majorité de son public cible. Et je vais l’avouer, j’ai toujours adoré Alien 3. Cela prend bien sûr tout son sens quand l’on sait que j’ai toujours préféré la science fiction minimaliste, souvent en huis clos. Alien 3 retournant à une ambiance plus simple et plus proche du premier film y joue très certainement. Et avec la version longue, Alien 3 y gagne. En cohérence, en substance, en logique. Bien que tout ne soit pas parfait, et que les failles d’un tournage chaotique peuvent toujours être visibles dans son déroulement, dans certains personnages. Mais le film y gagne clairement. Le seul élément qui coince, peu importe la version, et peu importe que l’on apprécie ou pas le film, ce sont ses effets spéciaux. Alien montrait peu la créature et la rendait effrayante. Aliens les multipliait, mais savait ménager ses effets et Cameron savait jouer avec la caméra et surtout son montage pour nous faire croire à une horde alors qu’il n’avait que trois mecs en costumes. Alien 3 veut un alien plus rapide, plus sauvage, plus canin dans ses déplacements (dans la version cinéma, il nait d’un chien), capable de courir sur tous les murs, rapidement. Si l’usage de la vue subjective légèrement déformée dans son dernier tiers fonctionne, les autres plans dévoilant un alien rapide et agile utilisent alors des CGI. Nous sommes en 1992. Vous pouvez imaginer le résultat. C’est moche, mal intégré au métrage, à sa photographie sombre, et on sait immédiatement que l’alien n’est pas présent dans le plan. Alors que la bête est toujours aussi majestueuse dans les plans rapprochés, lorsqu’il s’agît d’un mec en costume donc. Et ces effets ratés, à moins que la Fox, maintenant Disney, ne mette de l’argent pour refaire intégralement les effets et autres incrustations, on ne pourra jamais rien y faire. C’est dommage, car Alien 3 est un film passionnant, nihiliste, avec une approche thématique forte, tout aussi forte que les films précédents. Mais le résultat final est plus fragile, plus bancal. Objectivement, il est clairement moins bon à cause de ses défauts là. Subjectivement, c’est quand même un excellent film, parvenant à clore la trilogie, et à nous donner une nouvelle évolution finale du personnage de Ripley ! Attendez… Comment ça il y a eu une suite ? Non, je refuse d’y croire, Ripley est morte !

Les plus

Des thématiques sombres, sans espoir
L’univers du film, intéressant
Une suite qui évite encore la redite
Des choix osés mais parfaitement voulus
La version longue

Les moins

On ressent encore la production chaotique
Les CGI, pas bons du tout

En bref : Film mal aimé à sa sortie, un peu réévalué depuis grâce à sa version longue, Alien 3 souffre dans tous les cas de sa production, de ses choix, de ses incessantes réécritures. Et surtout d’un Alien en CGI dans certains plans littéralement catastrophique. Mais malgré tout, à côté, Alien 3 est une œuvre osée, sombre, désespérée, qui tente des choses, et y va sans jamais reculer, clôturant la trilogie de manière radicale et « définitive ».

6 réflexions sur « ALIEN 3 de David Fincher (1992) »

  1. Je suis d’accord avec tout. Et c’est effectivement bien dommage que les effets numériques soient si ratés car on était là devant un film largement au niveau des deux autres.

    1. Je le place perso juste un poil, mais vraiment un poil en dessous des deux premiers, juste à cause de cet élément. Ça ne m’empêche pas d’adorer le film dans son ensemble, et à chaque fois que je me refais le premier, j’enchaîne forcément sur les deux suites. Un jour, je serais courageux, et je continuerais avec la Resurrection, puis Prometheus et Covenant… Un jour…

  2. J’ai toujours aimé ce film, même lorsque je l’ai vu au ciné – et même si son scenario de départ est détestable (faire table rase des personnages de l’épisode précédent en les tuant, c’est affreux). Par contre, pas revu depuis un moment. Pourquoi tu dis « l’Alien vient descend du chien dans la version ciné » ? Ce n’est pas le cas dans la version DVD ?

    1. Mais toi tu es un homme de goût, tu aimes le film et mêmes les jeux Alien 3 (enfin, le jeu SNES si ma mémoire est bonne, moi j’avais aussi testé gamin la version GameBoy haha).
      En effet, l’alien ne nait pas du même « être » suivant si tu regardes le film en version cinéma ou en version longue. Chien au cinéma, et un espèce de boeuf (que l’on voit furtivement tirer le vaisseau je crois dans la version ciné) pour la version longue. Une différence qui semble peu importante, mais qui montre bien que même sur un choix semblant si insignifiant, c’était bien la guerre entre les producteurs, Fincher et la Fox !

      1. oooh ! Si ça se trouve, je n’ai jamais vu la version longue alors ? Elle n’était pas dans les coffrets « quadrilogy » / tétralogie de l’époque ?

        Ça fait plusieurs mois que j’essaie de convaincre ma femme de nous refaire les 4 films, mais elle ne veut pas. Si ça continue je vais les lancer et les regarder seul !

        PS : oui j’aime beaucoup le jeu SUper FAmicom même s’il n’est pas très fidèle au film ahahah

        1. Hmmmm je me souviens que mon édition DVD avait déjà la version longue, qui a été faite je crois début 2000, vers 2003, mais possible qu’il y a eu une édition avant de la trilogie (ouais ou avec le 4…) sans ces versions longues.

          Tente de lui proposer avec les 3 films, voir si c’est à cause du 4 qu’elle bloque, sait-on jamais 😉 haha. Les Alien, je me rend compte que même sans franchement le vouloir, je me resors mon coffret Blu-Ray (en métal) quasi tous les ans et revois les 3 premiers films toujours avec le même plaisir, même si je les connais par coeur depuis l’ère de la VHS en ce qui concerne les deux premiers.

          Pas très fidèle…. Oui oui, une planète « sans armes » c’est ça ? 😀 De ce que je me souviens de l’époque, j’avais bien aimé aussi le jeu hein. Y a juste la version GameBoy que je n’avais pas aimé, et qui était totalement différente si je ne dis pas de bétises, comme souvent à l’époque quand un jeu sortait sur plusieurs supports, ce n’était en réalité pas du tout les mêmes jeux. Là c’était vue de dessus, et je n’ai jamais terminé le jeu à l’époque. Parfois je me dis même « tiens, si je trouvais d’ocaz une Gameboy, et ces jeux d’enfance qui m’ont traumatisés comme Alien 3, Terminator 2 ou Waterworld » haha.

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