CONTES DU HASARD ET AUTRES FANTAISIES (偶然と想像) de Hamaguchi Ryûsuke (2021)

CONTES DU HASARD ET AUTRES FANTAISIES

Titre Original : 偶然と想像 – Gūzen to Sōzō
2021 – Japon
Genre : Drame
Durée : 2h01
Réalisation : Hamaguchi Ryûsuke
Musique : –
Scénario : Hamaguchi Ryûsuke

Avec Furukawa Kotone, Hyunri, Nakajima Ayumu, Kai Shôma, Mori Katsuki, Shibukawa Kiyohiko, Kawai Aoka et Urabe Fusako

Synopsis : Trois histoires différentes, portées par le hasard et l’imagination.

Hamaguchi Ryûsuke est le genre de réalisateur qui est adoré par les festivals. Mais à la différence d’un Hou Hsiao-Hsien, dont les films m’endorment profondément (The Assassin fut un long calvaire), lorsque j’ai découvert le réalisateur avec Asako I&II, je fus séduit. Ce n’était pas parfait, mais le réalisateur savait manier les mots, et exprimer les sentiments humains devant sa caméra. Puis vint Drive my Car, film qui faisait peur de par sa durée de trois heures, film adoré en festival, et finalement, je fus de nouveau séduit par la proposition pour un film certes long, mais émotionnellement fort, porté par de grands acteurs et une poignée de scènes déchirantes et troublantes. Autant dire qu’après ces deux métrages, j’avais hâte de découvrir le dernier film du réalisateur, qui eu une production compliquée. Car en mettant en avant trois histoires d’environ 40 minutes chacune, le réalisateur avait en réalité déjà débuté son film bien avant la consécration internationale de Drive my Car. Les deux premiers segments étaient déjà tournés, et il profita d’une pause en 2021 pour tourner le troisième, et transformer tout ça en long métrage, ce fameux Contes du Hasard et Autres Fantaisies. Une heure de moins au compteur, une envie toujours d’exposer des sentiments complexes à l’écran, avec trois duos de personnages, je m’attendais à être séduis de nouveau, à me prendre une nouvelle claque, puisque si l’on en croit certaines critiques, Hamaguchi s’améliore de film en film. Oui, mais quel dommage finalement que le film n’a pas fonctionné pour moi. En faisant déjà le choix du film à sketchs, Hamaguchi se tire une balle dans le pied, puisque forcément, on le sait depuis le temps, son métrage aura une histoire moins bonne ou du moins, moins prenante ou nous parlant moins que les autres. Ça n’a pas loupé, et ça commence d’entrée de jeu, puisque la première histoire, nommée « Magie ? » fut clairement la moins intéressante du lot.

Non pas qu’elle soit mauvaise en soit, car s’il y a bien quelque chose qu’on ne pourra jamais reprocher au réalisateur, c’est sa maitrise des mots, et donc de l’écriture des dialogues, et par extension, car c’est mieux quand les deux vont ensemble, sa maitrise de la direction d’acteurs. Mais Magie donc, le premier segment, semble banal, semble trainer en longueur dés son introduction, avec cette très longue conversation en voiture entre une modèle photo et son amie, et la rencontre avec l’homme de ses rêves pour cette dernière. On aurait presque l’impression que Hamaguchi veut nous refaire le coup de Drive my Car, sauf qu’avant de faire parler ses personnages 10 minutes dans une voiture, Drive my Car nous permettait de les connaître, de nous y attacher. Surtout que rapidement passé cette scène, nous suivons Meiko, qui avait écouté toute cette histoire avec attention, rendre visite à son ex, qui se trouve justement être l’homme parfait dont lui parlait son amie. Et là, voilà que ça reparle pendant de longues minutes, dans des bureaux. C’est finement écrit, Hamaguchi privilégie encore les plans longs, soigne ses cadrages même si la lumière semble beaucoup moins élégante que dans son précédent métrage, mais la sauce a du mal à prendre face finalement à une histoire aussi banale, et donc bien loin des habitudes du réalisateur, celles de traiter avec justesse des émotions complexes. Douche froide pour moi. Heureusement, dés le second segment, intitulé « La Porte Ouverte », le métrage prend son envol avec ce qui constitue à mes yeux le haut du film. Prouvant encore une fois sa maitrise des dialogues et de la direction d’acteurs, Hamaguchi frappe fort avec une histoire fortement érotique, non pas dans ses images, mais dans la tension qui se dégage des mots. Cette simple histoire entre une femme mariée mais libre sexuellement, jouée par l’inconnue Mori Katsuki et son ancien professeur venant de recevoir un prix littéraire prenant le visage de Shibukawa Kiyohiko (Ichi the Killer, d’autres Miike et tout un paquet de films en réalité) m’aura littéralement happé par la simple force des dialogues, et par l’alchimie entre les deux acteurs.

Et ce même si à certains égards, on pourrait regretter la finalité légèrement ironique de cette histoire, qui aurait pu se terminer en réalité quelques minutes plus tôt. Mais qu’importe, ce fut pour moi le grand moment du métrage. Avant le troisième segment, « Encore une Fois », avec cette femme, Aya, allant à une réunion d’anciens élèves, et pensant retrouver un amour de jeunesse. Qui n’est peut-être pas la personne qu’elle pense être. Un segment un peu en dessous, mais fort intéressant, autant lorsque l’on connait son histoire (le tout se déroulant dans un monde où un virus informatique a paralysé le monde… tourné pendant la pause du tournage de Drive my Car en 2020… ironique) que pour ce qu’il propose, puisque ce segment va nous faire douter, plusieurs fois, autant par ses dialogues que par ses longs silences, ses échanges de regards troublants. Les deux actrices y sont excellentes, le propos pas inintéressant, mais pourtant, sans doute car il passe après le second segment, il semble manquer un petit quelque chose à cette intrigue. Peut-être pour le coup que ce segment aurait mérité plus de temps pour se développer, mais ses moments de doutes fonctionnent malgré tout. Seulement arrivé au bout des deux heures du métrage, avec ses hauts et ses bas, on ne peut s’empêcher d’être un peu déçu par la proposition du réalisateur. Pas mauvaise, mais bien trop inégale, surtout après ses deux précédents métrages.

Les plus

L’excellent second segment
De très bons acteurs
Des dialogues finement écrits
Un troisième segment intéressant

Les moins

Un premier segment très banal
Le troisième segment un peu court
Inégal dans sa globalité

En bref : Après Drive my Car, Hamaguchi m’aura déçu avec ce Contes du Hasard et Autres Fantaisies. En faisant le choix du film racontant trois histoires, il tombe dans le piège des films à sketchs, en étant inégal. Reste le second segment, dégageant un érotisme par les mots qui fonctionne à merveille.

A FEW WORDS IN ENGLISH
THE GOOD THE BAD
♥ The second story is excellent
♥ Some good actors, very good even
♥ The dialogues are once again well written
♥ Interesting last story
⊗ The first story is too ordinary
⊗ The third story is a bit too short
⊗ Uneven globally
After Drive my Car, Hamaguchi disappoints a bit with Wheel of Fortune and Fantaisies. With three stories, of course, he falls into the trap of those kind of films, it’s uneven. Still, the second story is excellent, with an erotism on screen only here thanks to the words, and it works well.

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