ALPHA de Julia Ducournau (2025)

ALPHA

Titre Original : Alpha
2025 – France
Genre : Drame
Durée : 2h08
Réalisation : Julia Ducournau
Musique : Jim Williams
Scénario : Julia Ducournau

Avec Tahar Rahim, Golshifteh Farahani, Mélissa Boros, Emma Mackey, Finnegan Oldfield, Louai El Amrousy, Ambrine Trigo Ouaked, Zohra Benbekta et Fadila Belkebla

Synopsis : Alpha, 13 ans, est une adolescente agitée qui vit seule avec sa mère. Leur monde s’écroule le jour où elle rentre de l’école avec un tatouage sur le bras.

Il y a quelque chose de fascinant lorsque l’on regarde la trajectoire de Julia Ducournau. Même s’il faudra un jour que j’essaye de trouver Mange, un téléfilm qu’elle coréalisa en 2012, et avec au casting déjà Garance Marillier. Mais sinon, au-delà de ça, Julia Ducournau, c’est seulement trois longs métrages (et quelques courts et épisodes de série), trois métrages présentés à chaque fois au festival de Cannes, et influencés, dans les faits, par le cinéma du grand David Cronenberg. Dans les faits, mais là où tout cela devient fascinant, c’est lorsque l’on regarde l’accueil réservés aux métrages et donc, ce que cela peut représenter pour la réalisatrice, en termes de visibilité évidemment, mais aussi de pression monstrueuse et de liberté créatrice. Mais aussi fascinant dans la manière dont la réalisatrice semble, à chaque nouveau film, rendre hommage ou du moins s’inspirer, volontairement ou non, d’une partie différente de la carrière de Cronenberg. En 2016, c’était Grave, le film que personne n’avait vu venir, succès public et critique, assez rentre-dedans par certains aspects, et donc, allant clairement lorgner vers la première partie de la filmographie de Cronenberg. Sa scène finale pouvait d’ailleurs ramener à Chromosome 3 (The Breed). Forcément, tout cela a placé des attentes chez le public, envers son second long métrage, qui débarqua en 2021, Titane, toujours présenté à Cannes et repartant, de manière surprenante, avec la Palme d’Or. Titane, j’avais déjà moins accroché malgré pas mal de belles choses. La Palme d’Or a sans doute encore plus placé d’espoir chez le public, qui a été divisé lui aussi. Et Titane commençait à devenir quelque peu plus abstrait, lorgnant plus, pour continuer de comparer avec David Cronenberg, vers Crash (les voitures, les corps). Et recevoir une Palme d’Or après seulement deux longs métrages, surtout un métrage de genre assez radical dans sa proposition, ça n’a pas dû être facile à gérer lorsqu’il fut temps de lancer le projet suivant. Ce projet, c’est donc Alpha, présenté encore à Cannes, mais ayant eu ce coup-ci un accueil glacial, voire terriblement mauvais, n’ayant absolument pas attiré le public dans les salles, et comparativement, se rapprochant plus de la dernière partie de la carrière de Cronenberg, où la chair est devenue plus intellectuelle.

Malheureusement, et malgré encore une fois de très bonnes choses, comme une poignée de scènes très marquantes, quelques excellents acteurs et une première partie prometteuse et intriguant, Alpha n’est pas une réussite. Pas non plus la purge annoncée par certaines critiques, puisque les points abordés juste au-dessus font déjà d’Alpha un métrage intéressant sur certains points, mais un métrage hautement décevant. Les pistes pourtant sont là, et sont passionnantes, on sent que le sujet principal du film tient d’ailleurs à Julia Ducournau, et donc, qu’Alpha est sans doute un film beaucoup plus personnel pour elle. On y parle, de manière peu subtile, du sida, de la gestion d’une maladie au niveau familial, médical et scolaire, mais aussi du deuil. Et les prémices du film, malgré quelques couacs, sont on ne peut plus excitants, à savoir qu’ici, dans ses années 80 fictives, le sida a été remplacé par une maladie, qui se transmet pareil (les aiguilles, la salive, le sexe), mais qui transforme petit à petit ses contaminés en pierre. Ce qui donnera quelques images marquantes, et quelques concepts intéressants, bien que pas toujours exploités à fond. Il y a quelque chose de fascinant par exemple à voir ces hommes qui se transforment en statue de pierre, qui toussent de la poussière et qui tombent donc en morceau. Les quelques scènes se déroulant dans des décors rougeâtres recouverts de poussière sont par exemple flatteurs pour la rétine, uniques. Et au milieu de ce concept donc, il y a Alpha, jeune fille de 13 ans, qui en début de film, apparaît à sa mère après une soirée avec un étrange tatouage sur le bras. Passage de tests, peur des autres, peur du corps, rejets des camarades de classe, environnement scolaire et administration totalement dépassés et apeurés… Il y a beaucoup de bonnes choses, et certaines scènes sont prenantes tant elles sonnent vraies. Oui, l’humain est con, je l’ai toujours dit, que voulez-vous ! Au-dessus du tout ça, on rajoute la mère d’Alpha, médecin, et son oncle, ancien drogué qui a ses propres démons. Un trio parfait donc pour explorer la maladie, les corps, la réaction de toute une société et de toute une époque. Seulement voilà, passé une première partie encourageante, et pleine de scènes marquantes, comme la scène de la piscine, les nombreuses scènes d’élèves apeurés et se transformant presque en harceleurs, avec en prime la sublime interprétation de Tahar Rahim en oncle, tout s’écroule.

Comme si Julia Ducournau voulait brasser trop de thématiques, trop de sujets, jouer des métaphores et de la symbolique, parler de corps, de maladie, de famille, d’adolescence, de deuil, si bien qu’au final, l’ensemble devient surtout brouillon, rien ne va jamais au bout de ses idées, et surtout, on reste à la porte d’un univers où l’émotion devrait être présente (après tout, ça chiale et ça gueule tout le temps), mais est aux abonnées absentes. C’est bien simple, Alpha devient alors une œuvre qui passe à côté de son sujet, peu importe la raison. Peut-être que la réalisatrice a eu trop de liberté après une palme d’or, trop de pressions sur ses épaules, ou a tout simplement voulu beaucoup trop en faire, mais ça ne fonctionne pas. Entre ses deux timelines différentes (et identifiables facilement en regardant les coupes de cheveux et l’étalonnage des couleurs), son récit qui s’éparpille, son scénario qui semble hésiter entre vouloir parler d’Alpha et de sa vision du monde et Amin et sa dépendance, avec en prime un martelage sonore constant, que ce soit musical (musique signée Jim Williams, qui avait fait du très bon boulot sur Grave, ou Possessor tiens, de Brandon Cronenberg) ou dans les interactions entre les personnages. Je le disais, mais ça parle fort, ça cri, ça se dispute, ça pleure, et avec une musique quasi constante en arrière-plan, ça ne respire en réalité jamais. Il est possible que cela soit une volonté de la part de Ducournau de ne justement jamais laisser respirer ses personnages et par extension le spectateur, de les noyer sous des symboles et des thématiques lourdes en soit, mais Alpha ne nous happe pas autant qu’elle le voudrait. Il n’y a aucune émotion, aucune vraie réponse à rien du tout, comme si cette courte tranche de vie suffirait, mais ce n’est pas le cas. On sort du métrage en sachant finalement toujours aussi peu de choses et sans trop savoir où il voudrait vraiment en venir, outre le fait de parler de la maladie et de deuil, et d’une société dépassée. Dommage vu sa première heure aux pistes multiples et le bon casting, et les quelques scènes qui marquent, car le pay-off ne viendra jamais vraiment. Déception oui, et cela me rend d’autant plus curieux pour le métrage suivant de la réalisatrice, voir comment elle va rebondir.

Les plus

Le concept de la maladie
Quelques images vraiment réussies
Le casting, en particulier Tahar Rahim

Les moins

Deux timelines brouillonnes et vite identifiables
Aucune émotion
Beaucoup de concepts, rien d’exploité à fond
Se veut intellectuel et symbolique, mais pour quoi au fond ?

En bref : Je n’ai pas envie de descendre Alpha comme certains, mais c’est bel et bien le métrage le plus faible de Julia Ducournau, trop brouillon, trop ambitieux sans doute, mais passant au final à côté de ses trop nombreux sujets, la faute à une symbolique lourde, un manque d’émotion, et sans doute un manque de facteur choc aussi pour appuyer son propos.

A FEW WORDS IN ENGLISH
THE GOOD THE BAD
♥ The concept of the disease
♥ A few shots are beautiful and inspired
♥ The cast, mainly Tahar Rahim
⊗ Two timelines, but it’s messy and too obvious
⊗ No emotion at all
⊗ Lots of concepts and ideas, but none are fully exploited
⊗ Tries to be intellectual and to use symbols, but what for?
I don’t want to bury Alpha like some reviews, but it’s clearly not the best work from Julia Ducournau, too messy, too ambitious also probably, with many subjects but none developed properly, because of too many symbols and a lack of emotion. And maybe the lack of shock factor.

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