CENTURION de Neil Marshall (2010)

CENTURION

Titre Original : Centurion
2010 – Angleterre
Genre : Survival
Durée : 1h37
Réalisation : Neil Marshall
Musique : Ilan Eshkeri
Scénario : Neil Marshall

Avec Michael Fassbender, Olga Kurylenko, David Morrissey, Liam Cunningham, Dominic West, Imogen Poots, Ulrich Thomsen, JJ Field, Lee Ross, Noel Clarke, Dimitri Leonidas et Riz Ahmed

Synopsis : 117 après Jésus-Christ : l’Empire Romain règne sur tout l’Occident. Pourtant, aux confins glacés du nord de l’Angleterre, l’armée romaine se heurte à la tribu des Pictes, des barbares sanguinaires qui maîtrisent parfaitement l’environnement. Afin d’éradiquer la menace, le gouverneur local fait appel à la légendaire 9ème légion du Général Titus Virilus, le bataillon d’élite de l’Empire. Mais, contre toute attente, la cohorte se fait massacrer au cours d’une terrible embuscade et le Général est fait prisonnier. Seul le Centurion Marcus Dias et quelques survivants échappent miraculeusement au carnage. Au lieu de battre en retraite, ces guerriers solitaires décident de tenter l’impossible : s’enfoncer en territoire ennemi pour délivrer Virilus…

Quelle étrange carrière que celle de Neil Marshall. Une carrière que l’on pourrait couper en 4 grands axes. Le premier, ce sera la montée, avec le petit film fauché oh combien attachant Dog Soldiers en 2002, puis le film culte qui surprit tout le monde The Descent en 2005. Tous les espoirs étaient alors sur lui, Marshall pouvait faire un peu ce qu’il voulait. Il décida alors en 2008 de faire Doomsday, son hommage bien bis à New York 1997 et Mad Max 2, et le public ne fut pas réceptif. Deux ans plus tard, c’est ce Centurion, qui lui aussi fut plus ou moins un échec. Marshall changea alors son fusil d’épaule après ça, et se réfugia alors dans l’univers des séries TV, travaillant pendant des années sur des séries comme Game of Thrones, Constantine, Hannibal, ou encore Westworld. Son retour sur les écrans de cinéma, il le fera en 2019, avec le détesté Hellboy, qui fut du coup un autre tournant dans sa carrière, puisque passé ce désastre (pas si désastreux que ça), le réalisateur se tourna vers des œuvres plus petites, aux budgets moindres, souvent du gros bis qui tâche, toujours coécrit et interprété par sa femme, Charlotte Kirk. Alors, travailler en famille, ce n’est pas un problème, mais ce qui l’est plus, c’est que Charlotte semble avoir un jeu assez limité, qui diminue donc souvent la crédibilité des personnages. Et le public, lui, a décidé dès lors de descendre systématiquement chacun des nouveaux films de Marshall, que ce soit The Reckoning, sur la peste, The Lair et ses gros monstres, ou encore ses deux films de 2024 que je dois encore voir, Duchess et Compulsion. Tout ça donc pour revenir sur Centurion, que je n’avais pas vu à l’époque, car le péplum, ce n’est pas ma tasse de thé. Même la présence devant la caméra de Michael Fassbender, Olga Kurylenko, Imogen Poots, ou encore du fidèle Liam Cunningham ne m’avait jamais motivé. Mais avec le recul, et en connaissance de tout ce qui suivit pour Marshall, en plus de l’exploration de l’intéressante carrière de miss Kurylenko allant entre grosses productions, films indépendants et cinéma d’action ou horrifique, je me suis laissé tenter.

Ce que l’on peut facilement dire après vision, c’est que Centurion, avec son budget de seulement 12 millions de dollars (peu, pour un film d’époque et blindé d’action) et son box-office de seulement 7 millions environ, n’a pas attiré les foules, et n’a pas franchement convaincu. Il y a déjà le facteur Doomsday, deux ans plus tôt, qui avait calmé pas mal de monde, mais aussi le fait qu’avec Marshall aux commandes, Centurion n’allait pas être un péplum comme les autres. Et bingo, car Centurion, bien que basant les prémisses de son intrigue sur des éléments réels (la disparition d’une garnison entière, quasiment effacée de l’histoire), tient bien plus du survival que du péplum. Un autre film traitera de cette fameuse garnison avec The Eagle, en 2011, qui choisit lui une tout autre voie, plus classique dans le fond. Centurion, avec Marshall aux commandes, prend la voie de la violence, du gore à outrance, du survival méga rythmé, et donc forcément, du rythme au détriment du développement, de l’efficacité au détriment de l’histoire et de la véracité historique. Et avec Marshall derrière la caméra, évidemment, il ne fallait pas s’attendre à de la poésie pure, car son style, après déjà seulement trois films, on le connait, avec l’usage de steadycam, de montage assez cut mais souvent lisible (bon, sauf dans Doomsday où parfois il s’était bien trop lâché), et des coups d’épées qui tranchent, démembrent, décapitent, transpercent et humilient aussi parfois ce qui se trouve au bout de la lame. Est-ce la raison pour laquelle au final j’ai apprécié Centurion ? Possible que ce côté bis joue en sa faveur, tout comme finalement son appartenance bien plus proche au survival en forêt et en montagne, ce qui a dû rappeler des souvenirs à Michael Fassbender, qui avait été remarqué avec Eden Lake. Car Centurion n’est clairement pas un film de personnages, ni à intrigue. Quelques légionnaires survivants d’une attaque contre les pictes, qui vont chercher à fuir, tandis qu’ils sont pistés par plusieurs pictes, notamment Etain (Olga Kurylenko). Et c’est tout, de la survie pure et dure, un groupe qui rapidement va diminuer, et des morts violentes où le sang jaillit de manière XXL.

Les personnages n’ont que peu de développement, bien que trois sortent du lot par leur présence. Il y a Quintus Dias (Michael Fassbender), héros du film, mais aussi donc Etain, Olga Kurylenko, qui parvient à captiver sans une ligne de dialogue, étant muette, et Liam Cunningham, toujours présent chez Neil Marshall malgré une espérance de vie en général assez faible. Les autres, à l’exception d’Imogen Poots débarquant assez tardivement dans le récit, n’ont que peu de développement, ni même d’éléments pour les différencier les uns des autres. Juste des guerriers, cherchant au choix à survivre, ou à tuer. Mais qu’importe, puisque le film joue sur son rythme, et son côté brut. Il bénéficie en plus de très beaux décors naturels, que le réalisateur essaye de mettre en valeur dès qu’il le peut avec des plans plus larges et élégants. Mais même si c’est un plus, on ne regarde pas Centurion pour la beauté de son environnement, mais plutôt pour la manière dont cet environnement va être peint en rouge. Et là Marshall n’y va pas avec le dos de la cuillère, car dès le début, il se montre sec et outrancier dans ces affrontements, dépeignant les pictes souvent comme des êtres sanguinaires, et du coup, les affrontements sont secs, rapides, et tous les coups sont donnés dans le but unique de tuer, ou d’handicaper l’adversaire ou coupant quelque chose. Il se dégage un côté très brut de cette violence, malgré, du moins pour la première scène, un sang qui semble assez étrange, comme numérique (ce qui paraît étonnant, venant de Marshall, qui aime le cinéma à l’ancienne). Surtout que cette impression n’est là que durant la première attaque, de nuit. Centurion en tout cas ne renouvelle pas le genre, ne marque pas les esprits non plus, n’a pas l’ambition de décrire une gigantesque fresque épique, mais d’être un survival rythmé dans un univers de péplum, et dans le fond, malgré son écriture simpliste, il le fait plutôt bien, assez pour passer un bon moment.

Les plus

Un survival rythmé
Des affrontements très violents
De beaux décors naturels
Des acteurs avec une vraie présence

Les moins

Un scénario hyper simpliste
Un style visuel qui ne plaira pas à tous
Des personnages assez vides au final

En bref : Oubliez la subtilité, l’histoire, le péplum, Centurion est un survival assez énervé, ultra violent et ultra rythmé, simpliste sur beaucoup de points, mais divertissant.

A FEW WORDS IN ENGLISH
THE GOOD THE BAD
♥ A good paced survival
♥ Violent fights
♥ Beautiful natural landscapes
♥ Actors we like on screen
⊗ A simplistic story
⊗ The visual’s style and editing, not for everyone
⊗ Empty characters most of the time
Forget subtlety, story, peplum, Centurion is a survival, violent and fast paced, simple on many aspects, but entertaining.

Une réflexion sur « CENTURION de Neil Marshall (2010) »

  1. Ah Centurion… celui-là, je l’avais vu un peu à l’écart moi aussi, sans en attendre grand-chose — et finalement j’en garde un souvenir plutôt solide.

    Tu résumes parfaitement ce qu’est le film : pas un péplum classique, mais un vrai survival brutal déguisé en fresque antique. Marshall ne cherche clairement pas la reconstitution académique, il cherche la tension, la traque, la boue et le sang. Et là-dessus, difficile de lui enlever son efficacité.

    Ce que j’avais apprécié, c’est justement ce rythme sec, presque primal. On n’est pas là pour disserter sur Rome, mais pour survivre dans un territoire hostile. Fassbender tient bien le film, mais c’est vrai qu’Olga Kurylenko marque les esprits sans prononcer un mot — présence physique, regard glacial, silhouette presque mythologique.

    Ce n’est pas un grand film historique, ni un film profond, mais il a une vraie identité. Un bis nerveux, sauvage, qui assume son côté frontal. Et avec le recul sur la carrière de Marshall, on y voit presque un moment charnière, avant la tempête.

    Bref, imparfait mais viscéral. Et parfois, ça suffit largement pour passer un bon moment.

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