CHIZUKO’S YOUNGER SISTER (ふたり) de Ôbayashi Nobuhiko (1991)

CHIZUKO’S YOUNGER SISTER

Titre Original : ふたり
1991 – Japon
Genre : Drame
Durée : 2h30
Réalisation : Ôbayashi Nobuhiko
Musique : Hisaishi Joe
Scénario : Katsura Chiho d’après le roman de Akagawa Jirô

Avec Ishida Hikari, Nakajima Tomoko, Omi Toshinori, Kishibe Ittoku, Shibayama Tomoka, Shimazaki Wakako, Nishiyama Noriko, Nakae Yuri, Yoshiyuki Kazuko et Irie Wakaba

Synopsis : Mika est une jeune fille timide, un peu désordonnée et réservée, qui a toujours vécu dans l’ombre de sa grande sœur adorée Chizuko, aux multiples talents et aimée de tous. Mais un jour Chizuko meurt sous les yeux de Mika dans un terrible accident, percutée par un camion transportant des rondins de bois dont les freins ont lâché. Mika peine à faire sa place dans la cellule familiale aux côtés d’un père amené à s’absenter régulièrement pour son travail et d’une mère fragile qui ne se remet pas de la mort de sa fille ainée. Quand un pervers s’en prend à Mika un soir, elle a la surprise de voir apparaitre le fantôme de Chizuko qui lui désigne la pierre qui va lui permettre d’assommer son assaillant. Le fantôme de Chizuko sera désormais présent pour soutenir et aider Mika à prendre confiance en elle et à montrer aux autres ses capacités.

Ôbayashi Nobuhiko est un réalisateur qui, un peu à l’image de Fukasaku, aura su se diversifier en traversant les décennies, et en imposant un style facilement définissable. De lui, bien évidemment, on retiendra dans les années 70 son énorme House (Hausu), sur lequel il est également scénariste, producteur, monteur, et même réalisateur des effets spéciaux. Dans les années 80, il dirige la jeune star du studio Kadokawa dans School in the Crosshairs, et signera en 1983 une adaptation de The Girl Who Leapt Through Time, que le public Français connait surtout pour son adaptation en film d’animation au début des années 2000, La Traversée du Temps. Mais il signera également The Drifting Classroom en 1987, adaptation d’un manga du génial Umezu Kazuo. Les années 90, ainsi que la suite de sa carrière dans un sens, furent un peu plus discrètes, et moins mises en avant. Quelle erreur donc, car le réalisateur qui nous a à présent quitté en 2020 réalisait dés 1991 un métrage que l’on pourrait presque qualifier d’un de ses plus grands films, Chizuko’s Younger Sister, Futari au Japon, un métrage de 2h30 à la frontière des genres, où Ôbayashi va encore une fois se laisser aller visuellement à quelques expérimentations, et où, malgré son titre international mettant en avant Chizuko, va avant tout nous parler de Mika, la jeune sœur de Chizuko, qui elle, lorsque le film débute, est en réalité déjà morte. Oui, Futari va nous parler du deuil, et de la manière dont la cellule familiale restante va gérer, d’une manière ou d’une autre, le bouleversement de celle-ci suite au décès par accident de la talentueuse Chizuko, fille à qui tout réussissait, sur qui tous les regards étaient tournés.

Il y aura le père, interprété par Kishibe Ittoku, toujours actif de nos jours d’ailleurs, souvent en voyage pour son travail, et qui ne va pas changer ses habitudes avec la mort de sa fille, limite il sera encore moins présent, comme pour fuir la réalité. Mais à côté, il y aura la mère, vivant beaucoup moins bien la situation, fragile, brisée. Et il y a donc Mika, la jeune sœur sur qui le film va se focaliser, magnifique Ishida Hikari, réservée, renfermée voir sur elle-même. Mais un soir, alors qu’un stalker en a après elle et que le tout tourne mal pour elle, sa sœur, Chizuko donc, lui apparaît, la guidant et lui permettant ainsi de s’en sortir. Mika va donc pouvoir communiquer avec le fantôme de sa sœur, qui va l’aider à aller de l’avant, à prendre ses décisions, et surtout, à grandir, à comprendre son potentiel. Chizuko’s Younger Sister, malgré ses airs de film mélancolique sur le deuil, est un film optimiste malgré tout, parsemé de très jolis morceaux de cinéma, sur lequel Ôbayashi maîtrise son sujet, en plus de continuer à utiliser quelques effets de styles qui auront fait sa réputation avec les années, mais en les encrant, malgré l’aspect légèrement fantastique de son concept, dans un film doux et amer, réaliste avant tout. C’est bel et bien les vivants qui intéressent le réalisateur en adaptant ce roman, et la présence de Chizuko pourrait au final très bien n’être qu’une invention de Mika, seule à pouvoir la voir, et témoin de l’accident qui aura coûté la vie à sa sœur comme le film nous le montrera. Qu’importe en tout cas, c’est la famille encore en vie qui est en avant. L’amitié de Mika, ses soucis avec ses camarades de classe, son envie de se surpasser dans quelques activités extrascolaires comme le piano (domaine que maitrisait parfaitement sa sœur) ou la course à pied. Et puis la fuite du père loin de la demeure familiale pour le travail, la santé toujours plus fragile de la mère qui la forceront à passer parfois du temps à l’hôpital pour se rétablir, obligeant également Mika à grandir, à s’occuper de la maison et d’elle-même.

Chizuko’s Younger Sister est clairement un film doux, et qui malgré les éléments durs et dramatiques qui parsèment le récit, n’essaye pas d’enfoncer ses personnages mais justement de les faire réagir, de les faire grandir et accepter que la vie continue malgré les coups durs. Le casting, impeccable, est pour beaucoup dans la réussite du métrage, mais pas que. On citera une nouvelle fois la qualité de la mise en scène, les magnifiques paysages de l’île Mukaishima, à Hiroshima, où le film a été tourné, souvent très bien mise en valeur par les différents cadrages, que ce soit lors des déambulations dans les petites rues typiques de ce genre d’îles, ou bien lors des moments plus posés en bord de mer. Même si par moment, le réalisateur en fait sans doute un peu trop, avec des effets paraissant de nos jours sans doute un peu kitch, comme lors de l’apparition de Chizuko lors de la course à pied, rappelant bien que les incrustations en 1991, ce n’est pas toujours ça. Dans la liste des rares défauts du métrage, on pourra citer donc le kitch de certains effets, mais également pour certains quelques petites longueurs mi-parcours dans le récit, qui dure après tout 2h30, mais qui se fait néanmoins assez fluide et cohérent (à noter qu’en Amérique, le film lui fut amputé d’une demi-heure). Rien de dramatique. Et comment ne pas citer également la musique de Hisaishi Joe, certes un peu répétitive mais très jolie malgré tout, et qui était déjà à l’époque un compositeur confirmé (quelques films d’Obayashi déjà, mais aussi des Miyazaki, ou W’s Tragedy), et qui s’apprêtait pour la première fois à travailler pour Kitano la même année avec A Scene at the Sea. Bref, Chizuko’s Younger Sister est un très bon film, pas parfait, avec ses petits défauts, mais enchanteur, positif, et même envoutant le plus souvent, si bien qu’on lui pardonne aisément ses défauts.

Les plus

Un très beau film
La musique de Hisaishi
Les magnifiques décors naturels
Quelques idées de mise en scène bienvenues
Le casting est impeccable

Les moins

Quelques effets un peu kitch
Trop long ?

En bref : Un beau film, doux et poétique, sur le deuil, l’acceptation, le fait d’aller toujours de l’avant. Pas parfait, mais à mes yeux, malgré tout l’un des plus beaux de son réalisateur.

A FEW WORDS IN ENGLISH
THE GOOD THE BAD
♥ A beautiful film
♥ Hisaishi’s soundtrack
♥ Beautiful natural landscapes
♥ Nice visual ideas
♥ The cast is perfect
⊗ Some parts are a bit kitch now
⊗ Too long?
A beautiful film, sweet and poetic, about death, acceptance, the fact to go forward no matter what. Not perfect, but to me, one of the director’s best.

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