DOLLHOUSE (ドールハウス) de Yaguchi Shinobu (2025)

DOLLHOUSE

Titre Original : ドールハウス
2025 – Japon
Genre : Fantastique
Durée : 1h50
Réalisation : Yaguchi Shinobu
Musique : Kojima Youki
Scénario : Yaguchi Shinobu

Avec Nagasawa Masami, Seto Koji, Tanaka Tetsushi, Ikomura Aoi, Nishida Naomi, Konno Hiroki, Honda Totoka, Shinagawa Tôru, Yasuda Ken et Fubuki Jun

Synopsis : Yoshie, brisée par la mort de sa fille, s’attache à une poupée à son image. Quelques années plus tard, l’objet revient hanter la famille, déclenchant d’inquiétants phénomènes qu’ils ne peuvent fuir.

Les poupées dans le cinéma horrifique, c’est une longue histoire d’amour, malheureusement plus souvent déclencheur de mauvais films. Alors on aura bien eu la saga des Chucky, qui s’en sort avec les honneurs à l’exception de quelques opus (le très mauvais troisième, les derniers DTV moyens), et la saga Puppet Master, qui passé sa trilogie de base, on préférera oublier, mais le genre nous aura aussi offert récemment les calamiteux Annabelle. Enfin, le premier était calamiteux en tout cas. Et au Japon ? Oh en fouinant bien, il y a pas mal de représentants, que les poupées soient de taille réduite ou à taille humaine. Le bancal Marronnier, le sympathique Ghost Theater de Nakata, un des opus de l’anthologie basée sur les mangas de Umezu, Innocent Curse de Shimizu. Dernier représentant en date, Dollhouse. Un film que j’ai faillis laisser filer, en me disant que la J-horror était morte. Mais un peu comme Shirai-San ou Minna no Uta, le genre revient de temps en temps avec des propositions pas toujours originales mais faites avec sérieux comme à la belle époque qui me font dire que si tous les réalisateurs s’appliquaient, le genre pourrait bien renaitre de ses cendres, ou du moins retrouver sa gloire passée. Et Dollhouse est sans doute l’un des meilleurs représentants de tout ce que je viens d’énoncer. Et aux côtés des deux métrages cités, le meilleur aussi. Ce qui m’aura fait franchir le pas aussi vite au final, outre les avis assez bons glanés un peu partout, c’est le nom du réalisateur et scénariste du film, Yaguchi Shinobu. Et qu’elle ne fut ma surprise en effet de voir ce nom. Bien loin de ses genres de prédilections, Yaguchi, on lui doit plutôt ce que l’on appellera des feel good movie, des comédies légères, et surtout, des comédies très réussies. Swing Girls et Wood Job étant sans aucun doute les deux meilleurs représentants de sa carrière dans cette catégorie. Voir donc un artiste aussi solide tenter l’aventure horrifique, ça rendait curieux. Et ma curiosité fut donc récompensée. Dollhouse pourtant ne paye pas de mine, et son histoire, dans ses grandes lignes, pas bien originale.

On pourra même dire sans trop forcer que la plupart de ses ressorts horrifiques, ils sont eux aussi peu originaux, déjà vu ailleurs. Mais purée, ça fonctionne. Déjà car Yaguchi, en faisant un film de genre, ne se contente pas seulement de placer jumpscares après jumpscares, d’ailleurs peu nombreux, mais écrit une vraie histoire, avec de vrais personnages travaillés, et surtout, met en place des thématiques lourdes. Le deuil notamment, évidemment, puisque Yoshie (Nagasawa Masami, vue dans I am a Hero ou encore Shin Ultraman), l’héroïne de notre film, et son mari, Tadahiko (Seto Koji, vu déjà chez Shimizu et chez Nakata, mais aussi dans l’univers étendu des films de Nakata avec les affreux Sadako 3D 1 et 2), perdent dès le début leur petite fille, et vont avoir bien du mal à s’en remettre, surtout Yoshie. Jusqu’au jour où elle va tomber sur une poupée et l’acheter. Avant même de faire débarquer l’horreur pure et dure dans le récit, le réalisateur place donc déjà une horreur réaliste (la perte de son enfant, dans une scène d’ouverture au final aussi magnifiquement réalisée que simpliste dans les faits) et des thèmes intéressants, comme la thérapie après cet événement par une poupée, que Yoshie adoptera en se comportant comme une mère envers la poupée. De quoi surmonter donc ses traumas. Mais lorsque le couple, qui retrouve enfin un peu de joie de vivre, voit un nouvel enfant naître, la poupée perd son utilité. Et elle ne l’entend pas forcément de cet œil-là. Et Dollhouse, la majeure partie du temps, est un film rondement mené, suggérant beaucoup avec peu de choses, et jouant avec tout ce que le genre a apporté pour être sûr de fonctionner sur l’amateur. Si bien qu’il y aura bien, même pour les plus gros consommateurs du genre, une ou deux bonnes surprises dans le métrage (pour moi, ce fut le premier retour de la poupée et ce mouvement de caméra habile révélant le grand tableau de la scène). Mieux encore, là aussi niveau horreur, le métrage abordera certains sujets assez rares au cinéma, et donc peu connus hors du Japon, comme cette cérémonie de crémation pour les poupées, comme un ultime signe de respect envers ses êtres inanimés qui ont partagé notre vie à un moment ou à un autre.

Et bien entendu aussi, le côté moins reluisant qui se cache parfois derrière tout ça, avec l’hypocrisie de certains personnages dès lors qu’il y a un peu d’argent à se faire. Des plus indéniables pour un film qui reste, même sans ça, un métrage de genre tout à fait solide, parfaitement réalisé, solide techniquement, et rondement mené. On lui reprochera, sans doute, une certaine accumulation de situations sur la fin, comme pour tenter coûte que coûte de surprendre le public, de toujours relancer la machine, et il est vrai qu’au bout d’un moment, entre la tentative « d’exorcisme » dans la chambre, la visite de l’île, les hallucinations, ça commence à faire beaucoup. Néanmoins, j’ai énormément aimé son tout dernier twist, concluant le métrage. Dans le même ordre d’idées, forcément, plus le métrage avancera, et plus celui-ci délaissera quelque peu la suggestion pour un contenu plus frontal, et donc forcément, un peu moins convaincant pour une partie du public. Ces deux défauts sont réels, ils pourront pour certains être gênants, mais dans mon cas… Entre son dernier twist bienvenu donc et la révélation du vrai look de la poupée, me faisant dire qu’au final, Annabelle peut clairement aller se rhabiller et partir loin, je lui pardonne ses quelques errances. Pendant 1h50, j’aurais été pris dans l’aventure, et si je n’ai pas flippé (à mon âge, après tant de films du genre, le contraire serait étonnant), l’ambiance a néanmoins fonctionnée sur moi, parvenant par moment à me stresser. Ce qui n’est pas rien, et au final, rappelle bien les meilleurs expériences du genre lors des années 90 et du début des années 2000. Comme Shirai-San et Minna no Uta, Dollhouse est une anomalie presque en réalité, un film qui aurait très bien pu être réalisé il y a 20 ou 30 ans. Et si cela pourrait pousser d’autres réalisateurs à livrer des œuvres de ce niveau, tout le monde sera gagnant, studios comme spectateurs !

Les plus

Une mise en scène classe
Une ambiance réussie
Quelques thématiques intéressantes
Le réalisateur prend son sujet et le genre au sérieux
Des moments creepy comme il faut

Les moins

Une dernière partie moins solide

En bref : Niveau J-horror, Dollhouse est assurément la bonne surprise de 2025, avec un réalisateur peu habitué au genre qui certes, reprend des formules existantes, mais traite le tout avec sérieux pour livrer un film plus que solide.

A FEW WORDS IN ENGLISH
THE GOOD THE BAD
♥ The director does a great job
♥ A great atmosphere
♥ A few interesting themes
♥ The director takes the film and the story seriously
♥ Some creepy moments
⊗ The last part is not as strong as the rest
Dollhouse is the surprise of 2025 in the J-horror genre, with a director not really used to it, using known formulas, but doing it seriously to deliver a strong film.

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