ENTRE LE CIEL ET L’ENFER (天国と地獄) de Kurosawa Akira (1963)

ENTRE LE CIEL ET L’ENFER

Titre Original : 天国と地獄 – Tengoku to Jigoku
1963 – Japon
Genre : Policier
Durée : 2h23
Réalisation : Kurosawa Akira
Musique : Satô Masaru
Scénario : Hisaita Eijirô, Kikushima Ryuzo, Oguni Hideo et Kurosawa Akira

Avec Mifune Toshirô, Nakadai Tatsuya, Kagawa Kyôko, Mihashi Tatsuya, Kimura Isao, Ishiyama Kenjirô, Katô Takeshi, Shimura Takashi et Yamazaki Tsutomu

Synopsis : Actionnaire d’une grande fabrique de chaussures, Kingo Gondo décide de rassembler tous ses biens pour racheter les actions nécessaires pour devenir majoritaire. C’est alors qu’on lui apprend qu’on a enlevé son fils et qu’une rançon est exigée. Mais, second coup de théâtre, c’est le fils de son chauffeur qui a été enlevé…

Ecrire sur un film de Kurosawa Akira plus de 60 ans après sa sortie, c’est un défi, un défi intimidant même. Non pas car mon avis diffère de la masse, bien que dans le cas de ce Entre le Ciel et l’Enfer, les critiques Françaises ne furent pas toujours tendres à l’époque, mais car Kurosawa, c’est un sacré gros morceau de cinéma. Adulé à juste titre, étudié, décortiqué, et du coup, en 60 ans, tout a été dit sur le métrage en question. Qu’importe l’angle d’approche, rien n’aura pas déjà été dit ailleurs. Ce qui, en soit, n’est pas une excuse non plus pour ne pas parler du réalisateur, car c’est bien le pire qui pourrait lui arriver là, qu’on ne parle plus de lui, qu’il tombe dans l’oubli pour les nouvelles générations, et que son héritage soit donc en quelque sorte salit ! Oui osons sortir les grands mots à cette époque où les grandes sociétés ne pensent qu’au profit, et à changer le passé pour le cacher et plaire au plus grand nombre. Entre le Ciel et l’Enfer est en tout cas un film rarement cité parmi les plus grandes réussites de Kurosawa. Un métrage mineur ? Oh que non pourtant ! Mais il est vrai également qu’avec une carrière débordant de grands films comme Rashômon, Ran, Les Sept Samouraï et j’en passe, il faut faire des choix. Le métrage en question en tout cas n’est pas une fresque historique dantesque, mais un habile mélange de trois genres différents, pour chacun des actes composant son récit, et qui sait donc se renouveler en permanence, allant jusqu’à justifier sa durée de presque deux heures et demi alors que son synopsis ne semblait, au départ, pas forcément les justifier. Et à y regarder de plus près avec du recul, dans un sens, Entre le Ciel et l’Enfer n’aurait-il pas inspiré d’autres métrages des années après, comme par exemple La Rançon de Ron Howard, même si pour ce film, le kidnappeur met la main sur le bon enfant.

Chez Kurosawa, la première partie, le premier acte, est un huis clos, se déroulant alors intégralement dans le salon d’un homme d’affaires. Le réalisateur en profite pour dépeindre un milieu pas toujours bien reluisant, avec des partenaires qui ne le sont que sur le papier. Gondo (génial Mifune Toshirô), notre héros, du moins de cette première partie, se met à dos ses partenaires, car il est intraitable en affaires, mais a déjà sécurisé ses arrières, en possédant plus de parts que les autres sur le marché des chaussures pour femme, et ce même s’il a dû mettre sa fortune dessus, et hypothéquer sa maison. Tout pourrait aller pour le mieux jusqu’à ce fameux coup de fil, qui lui annonce le kidnapping de son fils, et une demande de rançon de 30 millions de yens, rien que ça. Mais à peine quelques secondes après, coup de théâtre, le ravisseur s’est trompé, et c’est le fils du chauffeur de Gondo qui a été kidnappé. Cette première partie donc, se déroulant dans un salon, met déjà en lumières certains efforts de mise en scène de Kurosawa, qui trouveront alors leur contre-pied total lors de la troisième partie, et surtout, il installe des dilemmes moraux. Faut-il payer le ravisseur alors que finalement, ce n’est pas notre enfant qui a été kidnappé. Surtout que la scène d’ouverture nous montre bien un personnage en position de force dans son environnement, mais car il a misé tout ce qu’il avait, et pourrait donc, si tout tourne mal, absolument tout perdre. Kurosawa filme tout cela de main de maître malgré un lieu clos et restreint, abusant du grand angle pour jouer sur les premiers et arrières plans, pour placer dans son cadre Gondo, sa famille, son chauffeur, la police. Il laisse vivre ses personnages, son cadre respire et prend de la largeur alors que le lieu n’en méritait pas tant. Passé cette première partie, et après la scène du train, étonnement tendue, le film change radicalement, délaisse totalement Gondo, pour se focaliser sur l’enquête policière, et prendre donc des allures de film noir plus classique et contemporain. Enquête, interrogatoires, recherche d’indices, de témoins, analyses de bandes audios. On connait la formule, mais ça marche plutôt bien, et on quitte donc les dilemmes moraux et le milieu d’entreprise pour le milieu de la police.

Une partie plus classique, dans son fond mais aussi dans la forme, mais menée main de maître. Avant une troisième partie qui montre alors la volonté première de Kurosawa dans sa mise en image, et vient alors justifier totalement le titre. Après le milieu aisé des entreprises (le ciel), l’interlude de l’enquête plus classique, nous voilà alors en enfer, dans les bas-fonds, avec un film qui prend alors une tournure plus sombre, plus marquée, et des cadrages qui se font alors beaucoup plus serrés, comme pour enfermer ses personnages dans le cadre, même lorsqu’ils sont finalement à l’air libre, dans la rue. L’effet est pertinent, mais on pourrait néanmoins dire, surtout 60 ans après, que l’effet reste facile. Et c’est là que la longueur du film de quasi 2h30 parvient à se justifier, avec cette enquête policière venant séparer les deux parties, et donc diluer ses effets et sa volonté dans le métrage, plutôt que de les mettre bout à bout, et donc de les rendre beaucoup trop évidentes. Surtout que l’ensemble se termine, là aussi de manière pertinente, par un face à face entre les deux facettes d’une même pièce, entre le riche et le pauvre, celui qui prospérera et celui qui périra, entre deux visions du peuple, et donc, entre le ciel et l’enfer. Thématiquement passionnant, comme toujours solide techniquement, porté par un excellent casting et trois parties bien différentes, Entre le Ciel et l’Enfer n’est sans doute pas le plus grand film de Kurosawa, mais il laisse néanmoins une empreinte chez le spectateur. Sans aucun doute la preuve des grands films ! Même s’il est vrai, sans doute un peu long.

Les plus

Une première partie en huis clos prenante
L’enquête bien menée
Le côté sans espoir des bas-fonds
Une mise en scène bien pensée
Polar, film social, drame

Les moins

Malgré tout sans doute un poil trop long

En bref : Pas le meilleur film de Kurosawa, mais un métrage solide mélangeant film noir classique et film social, pour un métrage de quasi 2h30 rondement mené malgré quelques rares longueurs, qui nous abandonne sur un final marquant.

A FEW WORDS IN ENGLISH
THE GOOD THE BAD
♥ The first part, tensed
♥ A well made investigation
♥ No hope in the slums
♥ Well directed, as always with Kurosawa
♥ Thriller, social movie, drama
⊗ But maybe a bit too long
Not Kurosawa’s best, but a strong film mixing film noir and social movie, for almost 150 minutes, well made and interesting, maybe a bit too long, but with a strong final.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *