Titre Original : Zeroka no Onna : Akai Wappa / 0課の女 赤い手錠
1974 – Japon
Genre : Thriller
Durée : 1h28
Réalisation : Noda Yukio
Musique : Kikuchi Shunsuke
Scénario : Kônami Fumio et Matsuda Hirô
Avec Sugimoto Miki, Gô Eiji, Tanba Tetsurô, Murota Hideo, Mihara Yôko, Araki Ichirô, Endô Seiji, Kishi Hiromi et Toura Rokkô
Synopsis : Une jeune flic masochiste utilisant comme arme des menottes rouges redoutables fait tout pour retrouver la fille kidnappée d’un ministre.
Shinohara Tôru n’est pas un inconnu. Né en 1936, le mangaka gagne une grande renommée dans les années 70 en publiant quelques mangas qui sont rapidement adaptés au cinéma, notamment par la Toei. Parmi ses œuvres les plus connues, il y a évidemment Sasori, qui devient la saga de La Femme Scorpion, d’abord au cinéma sous les traits de Kaji Meiko, puis directement en vidéo par la suite avec l’essor du V-Cinema dans les années 90. Mais dans les années 70, il y aura d’autres adaptations, comme par exemple le film qui nous intéresse ici, Les Menottes Rouges, Zeroka no Onna : Akai Wappa. Aussi appelé aux Etats Unis et en Angleterre Zero Woman : Red Handcuffs, et à sa première sortie en France, attention les yeux : L’Aubergine était presque farcie. Pourquoi ? Demandez au distributeur de l’époque, moi j’ai abandonné avec les traductions de titres depuis le temps. Dans les années 70, on pourra encore citer niveau adaptation le Super Gun Lady : Police Branch 82, signé par Sone Chûsei en 1979. Le regain pour l’auteur, et donc à la fois pour Sasori et pour Zero Woman, il reviendra donc dans les années 90 avec le V-Cinema, avec des films à la qualité très variable, allant du sympathique au catastrophique, dont on retiendra surtout l’improbable Sasori in USA (renommé Scorpion’s Revenge ironiquement pour sa sortie aux Etats Unis), et la saga finira presque morte et enterré par le remake Sasori en 2008, véritable catastrophe industrielle. Mais ici donc, revenons à la base, revenons aux Menottes Rouges, qui fut sorti au début des années 2000 chez HK Video dans un coffret avec La Femme Scorpion (coffret toujours en ma possession), et ressorti depuis chez Le Chat qui Fume dans une magnifique copie HD, dont seules quelques griffures verticales lors de rares scènes extérieures viennent trahir la modestie de l’entreprise. Comme d’habitude sinon, on aura de la violence, du sexe, une femme forte qui bute des gens, des effusions de sang, un bref passage en prison, une chanson titre chantée. On connait la formule, et elle fonctionne une nouvelle fois.
Elle fonctionne car Les Menottes Rouges semblent pousser tous les curseurs assez loin, tout en tournant ironiquement parfois le dos à quelques éléments pourtant souvent classiques et presque indissociables du genre. Notre héroïne est une flic, aux méthodes expéditives, et dès l’ouverture, après avoir vengé une amie à elle, elle en paye le prix, enfermée par ses supérieurs, et laissée derrière les barreaux sans procès car ils ne savent pas vraiment quoi faire d’elle. Heureusement (ou pas, au choix), loin de là, la fille d’un politicien est kidnappée. Enfin, kidnappée. Violée, voit son petit ami se faire trucider, puis quand les ravisseurs comprennent son identité, ils la gardent pour faire une demande de rançon. Rei, l’héroïne, est donc dehors avec une mission simple. Récupérer la jeune femme, et tuer peu importe la manière les ravisseurs. Et Les Menottes Rouges, pur produit de son époque, surprend par bien des aspects. Certains attendus, comme la violence et la sexualité débridée si caractéristique des années 70 au Japon, ou alors les couleurs chatoyantes utilisées pour représenter la vie nocturne, et d’autres un peu plus surprenants. Car si le genre, et l’œuvre du mangaka en réalité de manière globale aura souvent été le terreau de messages variés, Les Menottes Rouges va un poil plus loin comparé aux autres. Plus de violence, plus de sexe, des personnages tous plus pourris les uns que les autres, hommes comme femmes, des politiciens souvent un peu pourris, des flics prêts à utiliser Rei, et des emmerdes qui s’accumulent, des plans qui changent tout le temps. Sans oublier bien entendu, cela va de soi, un contenu finalement très nihiliste dans l’esprit. Très 70 dirons certains. Ce qui ne plaira certainement pas à certaines personnes, surtout aujourd’hui. Comme si le film était et devait rester un vestige de son époque. Alors qu’il a tant à proposer, même s’il faut clairement le réserver à un public averti.
Car entre tout ce qui est déjà cité (le travail sur les couleurs, le côté nihiliste, le côté exploitation du film), si l’on rajoute par-dessus tout ça un travail de mise en scène plus que compétent avec un bel usage du format scope, et un casting de têtes connues toujours investis, sans oublier le très beau thème musical chanté, et on a là un film certes classique à première vue, reprenant tous les éléments connus, mais qui en les poussant un poil plus loin, a sa propre identité. S’il faudrait ne retenir qu’une seule prestation du film, ce serait bien entendu par contre celle de Sugimoto Miki, dont la carrière malheureusement ne dura qu’une dizaine d’années, durant les années 70, mais dont on retiendra par exemple quelques titres, comme Criminal Woman Killing Melody, Girl Boss : Revenge ou bien encore la saga des Terrifying Girls’ High School. Un visage donc bien connu des amateurs du genre. Ici, durant 1h28, elle est au cœur du récit, illumine l’écran, malgré le peu de dialogues, juste par sa présence, par son regard. Moins magnétique certes que Kaji Meiko, mais clairement à son avantage ici. Et quand le récit se termine par un dernier tiers de folie furieuse, de cris, de sang, que demander de plus ? Pour l’amateur, si le film n’est pas le meilleur représentant du genre, il se tient tout de même là, assumant pleinement son fond politique et féministe comme souvent avec le genre, tout en embrassant totalement par les images le côté exploitation du genre. Pour les autres, le mélange entre ce fond et cette forme un peu à l’opposé pourrait poser soucis. La réalité est peut-être simplement que le film ne s’adresse pas à eux.

Les plus
Un bon représentant du genre, et de l’époque
Sugimoto Miki, très bien à l’écran
Une violence radicale
Du pur cinéma d’exploitation dans la forme
Un final qui dépote
Un fond comme souvent féministe
Les moins
Par moment un poil trop hystérique sans doute
La forme en gênera certains
En bref : Les Menottes Rouges, c’est violent, nihiliste, sexuel, du pur cinéma d’exploitation qui néanmoins a un fond, et va loin parfois pour faire passer son message.
| A FEW WORDS IN ENGLISH | |
| THE GOOD | THE BAD |
| ♥ A good representation of the genre and times ♥ Sugimoto Miki, good on screen ♥ Radical violence ♥ Clearly exploitation cinema ♥ The finale is crazy ♥ As often, a feminist message in the background |
⊗ A bit too hysterical ⊗ The exploitation part, not for all |
| Zero Woman: Red Handcuffs, it’s violent, nihilistic, sexual, straightforward exploitation cinema, and it goes far. | |


















