Alone in the Dark (2024 – Survival Horror – Playstation 5)

ALONE IN THE DARK

Sortie : 20 Mars 2024
Genre : Reboot hyper respectueux
Studio : Pieces Interactive
Éditeur : THQ Nordic
Joué et testé sur : Playstation 5
Existe sur : PlayStation 5, Xbox Series, PC

Synopsis : Le jeu suit Emily Hartwood et le détective privé Edward Carnby alors qu’ils se rendent à Derceto Manor, un foyer pour personnes mentalement fatiguées, pour enquêter sur la disparition de Jeremy Hartwood, l’oncle d’Emily.

Bien que totalement pionnière du genre survival horror, Alone in the Dark n’a clairement pas eu la même chance que la saga de Capcom qui s’en inspira, à savoir Resident Evil, atteignant aujourd’hui son neuvième opus l’année prochaine, sans oublier les spin off et autres opus non numérotés. Alone in the Dark sortait donc sur les vieux PC de l’époque en 1992. Des angles précalculés, des énigmes, un manoir, des monstres, le tout est lancé. Le bébé signé Frédérick Raynal, qui sera revenu au genre par la petite porte avec 2Dark en 2017, impressionne pour l’époque (aujourd’hui oui, on peut sourire), et Infogrammes derrière ne perds pas une seconde. Une première suite débarque dès 1993, sobrement intitulée Alone in the Dark 2, puis une seconde en 1995. Les avis sont bien moins positifs, et la série reviendra une quatrième fois en 2001 avec ce qui resta pendant longtemps son meilleur opus, Alone in the Dark the New Nightmare, sortant sur deux générations différentes de consoles. Jusque là donc, un opus fondateur qui a bien vieillit, deux suites peu glorieuses, puis un reboot impressionnant. Puis vint 2008 et Alone in the Dark Inferno, qui divisa, voire plus. Un jeu avec pleins de bonnes intentions, des idées novatrices (se servir du feu et de l’environnement pour tuer nos ennemis, des gameplays différents entre conduite, tir à la première personne, plateforme, exploration, crafting). Pour 2008, c’était innovant, et malheureusement, c’était buggé de partout et difficile à prendre en main. La saga, alors détenue par Atari, aurait pu s’éteindre, mais voilà qu’un nouveau jeu débarque sur PC en 2015, Alone in the Dark Illumination. Dernier clou dans le cercueil, puisqu’il s’agît d’un jeu de tir multijoueur principalement. Adieu le dark, adieu le Alone. Atari revend finalement les droits à THQ et le développement d’un reboot commence en 2019. Annoncé en 2022, reporté une fois, il débarque finalement en Mars 2024 sur consoles de nouvelle génération (donc pas la Switch) et PC. L’accueuil de la presse est tiède, celui des joueurs plus mesuré et positif, et un peu plus d’un an après sa sortie, je me suis replongé dans le manoir Derceto en Louisiane à la recherche de Jeremy Hartwood.

Et j’ai adoré. A croire que la presse s’attendait à un jeu AAA de la trempe des récents remakes de Resident Evil 2, 3 ou 4, ou encore de Dead Space. Mais Alone in the Dark est un AA, un jeu développé par une petite équipe de passionnés de 40 personnes environ, et qui ne joue pas dans la même cours. Pas de pan pan boum boum à tout va, mais un retour à l’univers du survival horror tel qu’il l’était en 1992, avec de l’exploration, beaucoup d’énigmes, quelques monstres. Et pas mal de petites nouveautés qui font plaisir. L’aventure commence donc dans les années 20 alors qu’Edward Carnby, détective privé, se rend au manoir Derceto avec Emily Hartwood pour retrouver l’oncle de cette dernière, Jeremy. Et alors que l’on arrive devant le manoir, le joueur doit donc choisir qui il doit jouer, entre Edward et Emily. Dans un cas comme dans l’autre, il faudra explorer sur plusieurs chapitres le manoir ainsi que quelques autres lieux, et l’aventure restera la même dans les grandes lignes, bien que les dialogues changent, et que certains flashbacks / hallucinations jouables seront différentes, chaque personnage ayant son passé et ses traumas, forcément. Chaque personnage aura également sa fin, et sa fin bonus, en plus d’une fin cachée. Evidemment, Edward est détective et donc aura un gameplay un peu plus musclé, et certaines zones ne seront donc explorables que par un personnage, et pas l’autre, pareil pour certains documents à ramasser. Et dès les premiers pas, Alone in the Dark cuvée 2024 impressionne. Pour un petit jeu développé par une petite équipe, Alone in the Dark bénéficie d’une direction artistique de toute beauté, et en prime, d’un soin particulier sur l’éclairage, mais aussi sur l’ambiance sonore, les bruitages. C’est du boulot plus que sérieux qui a été fourni ici.

2024 oblige, et bien que modeste production, les ambitions sont là. Le manoir ainsi que les quelques autres lieux visités sont souvent très beaux, sublimés donc par l’éclairage, que ce soit le moite coucher de soleil, la nuit orageuse ou alors par un éclairage renforçant le côté ténébreux, rongé par une force inconnue. Edward et Emily sont doublés, et ce sont des comédiens confirmés qui s’y collent avec Jodie Comer et David Harbour, livrant d’ailleurs de bonnes prestations. Et si on remarque immédiatement des différences notables avec le jeu original (on cherche Jeremy qui est en danger, dans l’original, d’entrée de jeu, on se rend au manoir car il est mort pendu dans le grenier), l’intrigue se suit donc avec plaisir et sérieux, malgré le côté brumeux général qui perdura pendant plusieurs chapitres de l’aventure. Bref, niveau écriture, le studio a été chercher un scénariste habitué aux narrations abouties dans les jeux (le responsable de jeux comme SOMA), et niveau visuel, Alone in the Dark impressionne pour un jeu de ce niveau. Il n’a pas à rougir de la concurrence, surtout que ces lieux sont en général plus petits que la concurrence. Le manoir n’a pas une taille démesurée et donc l’explorer devient un plaisir et on parvient à se remémorer rapidement sa structure et l’emplacement des pièces importantes. Quand aux autres lieux de l’aventure, nous sommes là aussi face à des lieux souvent fermés et petits, mais aux ambiances si différentes que l’on a bien envie de les explorer, comme ce temple en plein désert, ses ruelles mal famées à la Nouvelle-Orléans ou encore des marécages tout aussi dangereux.

Le côté horreur mixé au film noir fonctionne à merveille il faut dire, et les musiques du jeu vont dans ce sens, souvent avec ce petit côté jazzy qui fait plaisir. Restait donc au studio de ne pas se foirer sur le reste, à savoir son design général, et son gameplay. En termes de design, Alone in the Dark est donc plus proche des racines du genre que des jeux récents. Oubliez le remake de Resident Evil 3 par exemple ou le récent Dead Space, Alone in the Dark mélange exploration, énigmes nombreuses et apparitions de monstres que l’on pourra, au choix, combattre ou éviter. L’exploration des lieux, la découverte d’indices, de lettres à lire, tout cela est souvent intéressant, surtout que l’on prend plaisir à réellement explorer ces lieux dangereux renfermant des secrets insoupçonnés. Les énigmes quant à elles, et bien cela fait bien plaisir de retrouver des énigmes qui en portent vraiment le nom, avec des codes à trouver (certains faciles, d’autres moins), des objets à mettre au bon endroit, dans le bon sens, et même des éléments astrologiques qui demanderont au joueur un peu plus de jugeotte. Dans l’ensemble, c’est du bon boulot, et ça redonne au genre son côté aventure mixant différents genres plutôt que de simplement fouiner pour chercher le bon objet pour ouvrir une porte et avancer. Quand on pense à la disparition totale des énigmes dans le remake de Resident Evil 3, on ne peut qu’être content de voir cette approche ici. Mais pour être abordable par tous, Alone in the Dark met plusieurs options en avant, comme le fait de recevoir de l’aide pour les énigmes ou d’être totalement livré à nous-mêmes, comme à l’époque donc, ou encore d’activer sur la carte une option simple, mettant en avant les pièces où les puzzles peuvent être finalisés, ou non. Appréciable ça.

Et le dernier pilier du survival horror, à savoir les monstres et donc, les affrontements ? Ce n’est clairement pas le point fort du titre, même si ce n’est pas aussi catastrophique que certains le disent. Déjà, beaucoup de combats peuvent être évités. Pour le tir, ça répond plutôt bien, même si le level design de certains niveaux ne vont pas venir nous aider, notamment dans certaines zones étroites, où l’on peut facilement se retrouver bloqué contre un mur avec deux ou trois ennemis devant nous qui nous empêchent de bouger. Les armes ne sont pas très nombreuses, avec un pistolet (six coups donc), un fusil de chasse (deux coups) et une mitrailleuse d’époque (20 balles), en plus d’armes de corps à corps que l’on peut ramasser. Ça fait le boulot, étonnant donné qu’Alone in the Dark n’est pas un jeu d’action, et qu’en prime, j’aurais bouclé l’aventure principale en 7 heures environ. Le bestiaire lui est par contre il est vrai assez limité, et on en fait vite le tour, même si de nouveaux ennemis arriveront au fur et à mesure, mais rien de mémorable. Jeu moderne oblige, le jeu incorpore quelques séquences où il faudra fuir une menace impossible à tuer, sous peine de game over, et là aussi ce ne sont pas les meilleures séquences du titre, même si elles sont très rares. Imparfait donc, oui. Mais encore une fois, respectueux de ses origines, de son mythe, de ses personnages, et même incorporant des éléments provenant des suites du jeu original, le tout pour un jeu d’aventures à l’ambiance prenante, court, parsemé d’énigmes, pour un jeu à l’ancienne, et oui, j’ai aimé, beaucoup.

Les plus

Le mix horreur et film noir
Le respect du jeu d’origine
Superbe ambiance sonore
La direction artistique et les éclairages
Le retour des énigmes
L’exploration du manoir bien fichue

Les moins

Les combats ne sont pas le meilleur du jeu
Le boss final, décevant
Quelques petits soucis de hitbox

En bref : Oui, Alone in the Dark est de retour, et n’est pas un gros jeu. Mais c’est un jeu qui respecte ses origines, mélange horreur, exploration, énigmes et film noir, et fait donc très bien les choses malgré quelques soucis de gameplay, notamment lorsque le jeu devient plus musclé. Mais pour le fan, rien de dramatique.

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