LA FELINE (Cat People) de Jacques Tourneur (1942)

LA FELINE

Titre Original : Cat People
1942 – Etats Unis
Genre : Fantastique
Durée : 1h13
Réalisation : Jacques Tourneur
Musique : Roy Webb
Scénario : DeWitt Bodeen

Avec Simone Simon, Kent Smith, Tom Conway, Jane Randolph, Jack Holt et Henrietta Burnside

Synopsis : Irena Dubrovna, une styliste serbe, est persuadée d’être la descendante d’un clan de personnes pouvant prendre l’apparence d’une panthère. Malgré ses dires, l’ingénieur naval, Oliver Reed l’épouse mais Irena refuse de consommer le mariage de peur que ses fortes émotions influent sur la malédiction. Oliver s’éloigne de plus en plus d’elle et Irena devient alors de plus en plus dangereuse.

Ce qu’il y a de bien avec le cinéma, c’est que même lorsque les studios, petits et grands, nous abreuvent chaque année de nouvelles sorties par centaines, on a toujours des films cultes à voir ou revoir. Des années et des années de patrimoine. C’est donc avec presque 100 ans de retard que j’ai enfin découvert La Féline, le métrage original de Jacques Tourneur, alors que j’avais déjà pu voir la réinterprétation de Paul Schrader en 1982, métrage décrié mais que j’adore, pour son esthétique purement années 80, sa tournure horrifique et érotique du sujet parfaitement en adéquation avec son époque, sans oublier la musique de Giorgio Moroder et le thème principal de David Bowie. Bon et évidemment, sans oublier ce casting, entre Nastassja Kinski et Malcolm McDowell pour les principaux, ou John Heard et Annette O’Toole pour les seconds rôles. Une réinterprétation culte mais décriée que j’avais déjà découvert en retard, il y a de ça une dizaine d’années, et que je m’étais empressé d’acheter lorsque la bête fut enfin disponible chez nous dans un beau blu-ray collector. Mais voilà, il est vrai, je n’avais jamais vu le métrage original, n’avait jamais pu comparer les deux œuvres… qui en réalité, n’ont plus grand-chose en commun, si ce n’est une rencontre entre les deux héros dans un zoo (scène d’ouverture ici, scène intervenant quasi une demi-heure plus tard dans la réinterprétation), la possibilité d’une transformation en panthère ouvertement montrée en 1982, époque oblige, et totalement suggérée ici en 1942, et une scène dans une piscine, hommage évident repris quasiment au plan près. Mais comme pour La Mouche Noire et La Mouche, comme pour La Chose d’un Autre Monde et The Thing, les points communs entre les deux félines sont rares, presque anecdotiques, et chaque film suit sa propre voie, que ce soit par choix, par contrainte budgétaire, ou par époque et technologie imposée.

Ce que les métrages partagent, par exemple entre La Féline et The Thing, c’est que les originaux furent des cartons, des films cultes (La Féline resta en salles tellement longtemps que les critiques purent revoir le film et rendre leurs avis meilleurs), et les remakes, tous deux en 1982 et distribués par Universal, furent plus couteux, plus ambitieux, bourrés d’effets, et furent des désastres au box-office avant d’être réhabilités des années plus tard. Dans La Féline, version 1942, film au budget estimé à 134 000 dollars, nous suivons majoritairement Irena Durbovna, d’origine Serbe, travaillant à New York, et Oliver Reed, tombant amoureux, l’épousant, et devant démêler le vrai du faux, le trauma de la conviction, le mythe de la réalité, avec le passé de sa femme. Irena (sublime Simone Simon) est persuadée que si elle couche avec son mari, une terrible malédiction ayant un lien avec l’histoire de son village natal s’abattra sur elle, qu’elle se changera en féline. La peur est constante chez elle, les signes sont là puisque les chats la détestent, et son mari lui, subit dans un sens, et ira jusqu’à l’envoyer chez un psy, le docteur Judd, tandis qu’une collègue de bureau, Alice, lui avoue à côté ses sentiments, pile quand l’homme commence à douter de sa femme, de son amour pour elle, de la sincérité de leurs sentiments. Une base simple, un métrage tout aussi simple ne durant que 1h13, mais finalement un métrage diablement efficace, alors qu’il ne fait que suggérer, jouer sur le doute, sur l’attente, sur les ombres, le suspense, et tient plus du thriller sur la jalousie que du film d’horreur pur. L’approche est donc totalement différente de la version de Schrader, et finalement, les deux se valent, même si ma préférence ira vers l’onirisme étrange (et un brin pervers, inceste à la clé) de la version de Schrader, et son esthétique typé années 80. Mais au final, par certains aspects, notamment le suspense qu’il parvient à poser sur la pellicule avec zéro moyens, La Féline de 1942 n’a pas à rougir.

C’est parfaitement rodé du début à la fin, sans détours, ça va à l’essentiel, et ça reste encore aujourd’hui diablement efficace. Le merveilleux casting, entre Simone Simon, Kent Smith et Jane Randolph, fonctionne en plus à merveille, et le métrage sait parfaitement gérer son trio de personnages, et semer le doute aussi longtemps qu’il le peut, culminant donc via certaines scènes forts réussies, comme celle de la piscine où Alice (Jane Randolph donc) se sent épiée, ou bien entendu son final, où le métrage nous montre enfin la panthère, jusque là uniquement aperçue en cage, au zoo. C’est finalement la force du métrage. Beaucoup de suggestion, beaucoup de doutes, beaucoup de questions, mais une place immense laissée à l’imagination du spectateur, dans les événements, mais aussi dans les réponses à toutes nos questions. Jacques Tourneur, avec les méthodes de tournage simples de l’époque, touche au but, il n’en fait jamais des caisses, mais il sait parfaitement ce qu’il doit faire. Il livre un métrage finalement bien plus proche du thriller psychologique qu’un pur film d’horreur comme on l’entendrait aujourd’hui, ou même à l’époque (les Dracula et autres Universal Monsters des années 30). Et c’est ce qui en fait un excellent film encore aujourd’hui, qui ne vieillit absolument pas dans sa proposition. Aucun effet, juste du doute, de la suggestion, des feuilles qui bougent, un son inhabituel. Du grand art on pourrait dire. Comme souvent par contre, on pourra émettre des doutes sur sa suite, premier métrage réalisé par Robert Wise.

Les plus

Une suggestion très bien gérée
Ça tient la route, niveau suspense
Des thématiques intéressantes
Un récit court et sans fioritures

Les moins

L’attente, la suggestion, pour un jeune public, ça pourrait décevoir

En bref : La Féline, la version de 1942, tient encore très bien la route aujourd’hui, en faisant le choix de la suggestion, de l’attente, du suspense. Son récit tient en haleine, le casting est charismatique et ça fonctionne.

A FEW WORDS IN ENGLISH
THE GOOD THE BAD
♥ Suggestion all the way, and it works
♥ A good suspense
♥ Interesting themes
♥ A short story
⊗ Too much wait and suggestion for younger audience
Cat People, the original film from 1942, is still a must watch today, with suggestion, wait, suspense. The story is interesting, the cast charismatic, and it just works well.

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