Titre Original : Citizen Vigilante
2026 – Croatie / Allemagne
Genre : Policier
Durée : 1h29
Réalisation : Uwe Boll
Musique : Rodolfo Matulich
Scénario : Uwe Boll
Avec Armie Hammer, Costas Mandylor, Désirée Giorgetti, Steffen Mennekes, Neb Chupin, Mukit Abdul Hamid, Fares Mongy, Hila Harush, Helen Al-Janabi, Dora Dimic Rakar, Tvrko Juric et Roni Lepej
Synopsis : Sanders se lance dans la chasse aux criminels. Alors que sa croisade le transforme en héros aux yeux du public et sur les réseaux sociaux, le chef de la police locale le considère comme une menace pour la société et cherche à le faire tomber.
2026. Le monde va mal. Le peuple est encore plus divisé qu’il y a cinq ans. L’économie va mal. La sécurité va mal. L’immigration va mal. Le monde du travail va mal. La connerie humaine elle, va très bien par contre. La chaleur elle va bien aussi à l’heure où j’ai écrit ces lignes. Ah, et Uwe Boll a refait un film. L’apocalypse est donc là, sans doute. Après avoir énervé une sphère entière du public et de la pop culture en adaptant des jeux vidéo, avec House of the Dead, Alone in the Dark, Far Cry et j’en passe, Boll a vu ses films être moins « friqués » (non car ça avait toujours l’air fauché même quand il y avait un peu de tunes), ses financements être plus compliqués, et il a donc laissé les adaptations de jeux pour cracher à la gueule d’une partie de la population, avec des films que l’on pourrait, en étant hyper réducteur, qualifier de gauche. Rampage, Assault on Wall Street, c’était des films provocateurs, de sale gosse, qui crachaient sur le capitaliste, les riches, tout ça. Des hommes se faisaient justice eux-mêmes, prenaient les armes. Alors, sans aller jusqu’à dire que c’était bon, c’était déjà plus intéressant dans la démarche. Une volonté de dire des choses, même si Boll n’a jamais eu de subtilité en lui, mais aussi peu de talent, ce qui explique sans doute pourquoi je n’ai jamais aimé Rampage, sa gestion de la caméra à l’épaule était catastrophique. Assault on Wall Street lui était déjà plus calme, plus propre, et donc, regardable. Mais Uwe Boll a vu ses financements devenir toujours plus compliqués, et il s’est donc exilé au Canada pour ouvrir un restaurant, hyper bien côté. De quoi le calmer, intérieurement, et puis, vu que ça marchait bien, qu’il était content, j’ai envie de dire, et bien tant mieux, il avait peut-être trouvé sa voie. Sauf que même là, la terre lui en a voulu, et a envoyé le COVID en 2020. Restaurant fermé, complications, Uwe Boll doit abandonner son nouveau rêve, et il revient donc au cinéma, par la petite porte, puisqu’avant 2026, deux films avaient déjà eu droit à des sorties, sauf que personne n’était intéressé, personne ne les a vu, personne même n’en a entendu parler. Mais nous sommes en 2026, et Uwe Boll a décidé de refaire son sale gosse, et pour ça, quoi de mieux que de surfer sur l’actualité brulante et complexe du moment.
Si si, vous savez, cet éternel combat entre la gauche et la droite, ou chaque camp voit le diable chez l’autre, et où au nom de la liberté d’expression, on diabolise quiconque ne pense pas comme nous. Le fameux « pense comme moi sinon je te pourris la vie ». Oui, l’humain en est à ce stade, les débats n’existent plus puisque les insultes remplacent les arguments. Et donc après avoir tapé sur le capitalisme, sur Wall Street, sur les riches, dans des films qui n’ont pas fait tiquer grand-monde (alors qu’il disait tout de même qu’il fallait prendre les armes et se faire justice soi-même), Uwe Boll décide de taper sur l’autre spectre politique, en tapant donc sur l’immigration de masse, sur la délinquance, sur la justice corrompue, sur les violeurs, et d’une certaine manière, sur l’union Européenne. Et donc là, tout à coup, son même discours (prendre les armes) devient dangereux, raison pour laquelle l’Allemagne a refusé de donner une classification au film, le rendant donc tout simplement illégal là-bas. Non, si on peut taper sur la droite, faut taper aussi sur la gauche, je suis désolé, et ce aussi maladroit soit le film, et même si Boll, il est malin, il le fait évidemment pour attirer, faire parler de lui (et ça marche). La preuve, son précédent film, il parlait de l’immigration, mais en bien. Sauf que personne ne l’a vu, n’en a parlé, et ça n’a intéressé personne. Mais bon, parlons du film, en deux temps. Avec ce qu’il est en tant que film d’abord, puis ce qu’il veut dire et représenter en second. Car n’en déplaise à certains, moi, j’aime surtout le cinéma en premier lieu, j’ai un site de cinéma. Le premier point sera en fait assez facile, c’est du Uwe Boll. C’est toujours aussi fauché, la photographie est immonde (ces filtres de couleurs en plus parfois aaaah), le montage imprécis, les faux raccords se comptent par centaine presque, ça se croit parfois intelligent en mode « regarde mon montage non linéaire », ça n’a évidemment absolument aucune subtilité (je l’avais dit à l’époque sur Assault on Wall Street aussi). Ceci dit, comparé justement au film précité, Citizen Vigilante a au moins une qualité en plus. Armie Hammer dans le rôle principal du vigilante, version 2026 de Bronson et compagnie, totalement habité par son rôle, avec en plus une réelle présence à l’écran, peu importe les polémiques l’entourant (surtout qu’on lui en veut encore une fois pour des propos, pas des actes, et en fait, des propos étranges, quasiment tout le monde en a déjà eu en fouinant bien hein… mais oui, ses « kinks » à lui, ils sont étranges). Ça forcément, ça a immédiatement plus de gueule que Dominic Purcell.
Après bon, évidemment, Boll a aussi demandé à son pote Costas Mandylor de faire coucou dans le film en jouant un agent d’Interpol chargé d’arrêter le vigilante, et bon, il n’a jamais été grand acteur, que ce soit chez Boll (Postal et tant d’autres) qu’ailleurs (la saga Saw), pas de raison que ça change réellement. Et donc, un bon acteur, une technique bancale voire parfois mauvaise, mais aussi, malgré tout, un rythme pas trop mal géré, on ne s’ennuie pas dans son film, et évidemment, Boll se lâche dans les scènes de violence, comme il l’a toujours fait, livrant donc un pur film d’exploitation. Evidemment, oui, pour un bon film du genre, mieux vaut se tourner vers la Cannon, réalisé par Michael Winner, par J. Lee Thompson. Bon, on peut aussi ajouter que si Boll tente de faire un pur film qui tape sur certains sujets, il le fait aussi parfois très maladroitement, notamment via certaines actions de son personnage principal, voulant protéger les victimes et tuer les coupables, mais qui, au calme durant une scène face à un juge corrompu, il tuera dans un accident de voiture un innocent juste pour prouver qu’il a raison sur le débat en cours. Et ça, c’est un move de batard en vrai. Cinématographiquement parlant, Citizen Vigilante n’est pas un très bon film, mais ça en réalité, on s’en doutait, c’est après tout le dernier film de Uwe Boll. Après, on pourrait aussi dire que dans le fond, justement, Boll n’idéalise pas son personnage principal, n’en fait pas un héros tout propre, qu’il caricature aussi tout ça, avec un homme venu d’Amérique, riche, qui gère des logements, a accès à des armes par dizaines, se fiche parfois des dommages collatéraux, et se tape des prostituées au calme. Cette scène m’aura d’ailleurs fait rire tant elle semble lunaire, avec ce mec qui tout-à-coup, est perturbé en plein acte par une tâche de moisissure au mur, et ça ne lui plait pas car il est propriétaire du bâtiment. On pourrait voir quelque chose de grotesque, quelque chose d’amusant, quelque chose de putassier, un certain recul sur les personnages ou son opposé et un manque de recul et de subtilité. En réalité, c’est presque comme si on pouvait voir ce que l’on veut dans le film en fonction des attentes que l’on en a, et d’un avis déjà tout préparé avant même de voir le film. Il suffit de voir les retours du film sur internet. Mais Boll touche aussi parfois du doigt les vrais soucis donc. L’immigration incontrôlée permet à tout le monde et donc à n’importe qui de venir, et forcément il y a des personnes hautement problématiques dedans. Il touche aussi du doigt le problème de l’éducation parentale parfois lunaire (la scène finale en ce sens a quelques bons coups niveau dialogue), de la justice lunaire aussi (traitez moi de ce que vous voulez, mais vous tuez ou violez, je me fou de l’origine, moi c’est prison à vie, et si la peine de mort existait encore, paf).
Et le fond ? Alors là aussi, il y a beaucoup à dire, car Boll n’a donc jamais été subtil comme je le disais, et ce ne sera encore une fois pas le cas ici, il y va à fond, sans avoir peur de rien. Mais en réalité, ça fait du bien. Ça fait du bien car à une époque où le cinéma woke est présent un peu partout, qu’on le veuille ou non (il suffit de voir qu’on ne peut presque plus parler d’aucun film sans avoir un débat politique ou social dessus, que les oscars imposent des quotas), où on n’a pas le droit de dire certaines choses, voir un film comme ça aller dans l’interdit, ça lui donne un cachet unique, une voix unique. Unique pour 2026, mais pas nouvelle, le genre existait bien avant. Surtout que si Boll est un gros bourrin sur quasi tous les points, il se modère sur quelques minuscules points qui, pour moi, montrent en réalité l’important. Car oui, on peut taxer le film de film de droite, de raciste, de tout ce que vous voulez. Pourtant, Boll ne fait pas des groupes de délinquants forcément tous des noirs et des arabes, il y a aussi des blancs, des locaux, montrant que la racaille comme on va l’appeler, elle est aussi, dans le fond, presque générationnelle, sociale. Car la droite n’a jamais dit que toute la délinquance était immigrante et que les délits n’existaient pas avant, ou que chaque migrant était problématique, non. Le souci, c’est que parfois, certains aiment le pays où ils vivent, veulent vivre en société, respectent les lois, et respectent l’humain, peu importe son sexe, son origine, et que d’autres aiment juste foutre le bordel. Bref. Et surtout, face à une justice et une politique de gauche qui laisse presque tout passer, invisibilise certains faits, traine la patte pour traiter de vrais sujets sérieux (hein les meurtres et viols d’enfants encore récemment, limite chaque jour y a un truc horrible) mais par contre, quand il faut trainer quelqu’un en justice pour une phrase qui ne plait pas, là ils sont au taquet, comme si une phrase tuait plus qu’un passage à tabac. Débile oui. Du coup Uwe Boll fait de son personnage un nouveau Charles Bronson, qui va prendre les armes et s’occuper lui-même dans la rue des soucis que la population et la justice ne gèrent pas. A coups d’AK47, de pistolets, de poignets explosés à coups de pieds et tant d’autres choses. Et ça a parfois un petit côté jouissif. Maladroit (le vigilante tue plus de flics que de truands au final), filmé avec le cul, volontairement provocateur, mais clairement hors norme. Dangereux ? Faut pas pousser mémé dans les orties de la cité non plus. Plus que comme un bon film (il ne l’est donc pas, techniquement parlant), ou un film subtil (oh non), ou un film réaliste (non, il caricature parfois certains points, des deux côtés de la balance), je vois plus Citizen Vigilante comme un constat, le constat d’un vase plein à craquer, et de ce qu’il pourrait se passer s’il craquait justement, car le dialogue entre deux spectres opposés n’existe plus. Et les réactions parfois aussi excellentes que catastrophiques sur le film le prouvent. Car des deux côtés, quand le spectateur est intelligent, il reconnait que ce n’est techniquement pas très bon, mais que le film lui nous dit que le peuple en a raz le cul. Et face à ce raz le bol général, il n’est plus étonnant de voir que le peuple se radicalise, des deux côtés du spectre, puisqu’on ne s’écoute plus, et que la politique elle ne veut pas changer (et ne nous écoute plus), et reste sur ses positions, même quand ça ne marche pas, au lieu par exemple de faire un référendum auprès du peuple pour l’écouter. Perso donc, je ne suis ni choqué par le propos (clairement en parti réaliste, en parti totalement exagéré), ni par la violence, ni par le message, c’est du cinéma, point barre. Par contre, ça m’aura surtout donné envie de ressortir mon coffret des Justicier dans la Ville et des Inspecteur Harry.
Les plus
Armie Hammer est en réalité plutôt bon
Un film qui va à l’opposé des modes de pensée actuelles
Etonnement, quelques scènes sortent clairement du lot
Un côté bourrin
Les moins
C’est fauché
Techniquement comme souvent à la ramasse
La subtilité est morte, encore
Une écriture parfois bancale et étrange
En bref : Bon, Uwe Boll aura réussi son pari pour une fois. En traitant d’un sujet brulant avec l’absence de subtilité qu’on lui connait, il livre une œuvre forcément cinématographiquement pauvre, qui a d’énormes défauts, mais qui interroge aussi sur certains aspects notre société actuelle. Et du coup, son pari ? Tout le monde en parle, de lui et de son film.
| A FEW WORDS IN ENGLISH | |
| THE GOOD | THE BAD |
| ♥ Armie Hammer is good and has a real presence ♥ A film that goes the other way, it’s not mainstream, it’s not the usual speech ♥ Surprising, but some scenes made an interesting point ♥ It’s clearly rough, on purpose |
⊗ Yeah, it’s cheap, not a lot of money ⊗ Technically, it’s not good (cinematography, editing) ⊗ Subtility died, again ⊗ The writing is far from perfect, it’s often grotesque |
| Uwe Boll made a bet, and won this time. By speaking about a hot topic with as always no subtility, he delivers a film that is, of course, as a film, pretty weak, with huge flaws, but with interesting questions on some aspects on our actual society (immigration, violence, justice, laws). Oh, and his bet? Everyone talks about him and his film. | |
























