DREADOUT de Kimo Stamboel


DREADOUT

Titre original : Dreadout
2019 – Indonésie
Genre : Horreur
Réalisation : Kimo Stamboel
Musique : Fajar Yuskemal
Scénario : Kimo Stamboel
Avec Caitlin Halderman, Jefri Nichol, Marsha Aruan, Ciccio Manassero, Susan Sameh, Isyadillah et Miller Khan

Synopsis : Jess, Beni, Dian, Alex, Erik et Linda veulent augmenter leur popularité sur les réseaux sociaux et se rendent dans un immeuble abandonné réputé pour son étrangeté. Linda parvient à convaincre le gardien de les laisser rentrer, et le groupe se retrouve dans un appartement isolé, où ils découvrent un parchemin qui ouvre un portail vers une autre réalité.

En 2013 sortait un peu de nul part sur PC un petit survival horror Indonésien qui s’est rapidement fait une belle réputation. Ce fut Dreadout. Inspiré par le folklore et les mythes locaux, et prenant comme base le gameplay d’un Project Zero mais en remplaçant le vieil appareil photo par l’appareil photo d’un Smartphone, le jeu, bien qu’imparfait, avait toutes les cartes en main pour faire flipper. Et il y parvenait, aisément. Et pour une fois, ce ne sont pas les Américains qui s’y collent pour livrer une adaptation, mais bien les Indonésiens, car on le sait, on n’est jamais mieux servis que par soi-même. Depuis les cas Resident Evil et Silent Hill 2, les Asiatiques ont bien compris que certains licences marchaient mieux dans leur pays d’origine. Project Zero aura justement eu droit à son adaptation directement au Japon, tout comme Forbidden Siren. Pour deux films en soit hyper sympathiques et bien troussés, mais n’ayant que peu de liens avec les jeux. Déjà mieux que Resident Evil 6 ou Silent Hill Revelations, qui ont des liens avec les jeux, mais sont de sombres bouses tous les deux. Pour Dreadout, autant dire que le film part avec un handicap, mais un gage de confiance également. Oui, sa jaquette est totalement hideuse. Mais la présence de Kimo Stamboel à la réalisation et au scénario rassure un peu. Ayant débuté sous le pseudo des Mo Brothers avec Timo Tjahjanto, on leur devait le film d’horreur Macabre, puis l’excellent Killers en 2014 (et le polar décevant Headshot, mais chut). Mais là où Timo Tjahjanto avait livré The Night Comes for Us en 2018, claque martiale gore jouissive, Kimo Stamboel n’avait encore rien fait en solo. Dreadout est donc son coup d’essai, avant un The Queen of the Black Magic sortant le mois prochain. Il aime l’horreur, et reste dans ce domaine. Et donc Dreadout, qu’est ce que ça vaut en tant qu’adaptation ? Et en tant que film d’horreur ? En terme d’adaptation pure, le film fait des choix plutôt intéressant, respectant pas mal d’aspects du jeu, comme des lieux, des personnages (Linda), quelques créatures, et bien entendu le fait que prendre des photos affaiblis les différents monstres peuplant l’aventure, mais ne tente pas de copier mot pour mot le jeu.

Et c’est au final le meilleur choix. Car au risque de me faire saquer comme souvent lorsque je parle d’une adaptation, Dreadout est à la base un jeu qui fait peur, et pour y parvenir, il n’a pas recours qu’à des jumpscares, mais aussi à son ambiance, à l’attente, et avec tout cela, tout simplement le fait que l’on a la manette (ou le clavier) dans les mains, et que l’on est celui qui « vit » l’aventure. Et puis avec le procédé de l’appareil photo, le jeu passait en vue subjective, nous mettant directement à la place du personnage, Linda. Chose impossible à reproduire dans un film de cinéma. Dreadout au cinéma nous raconte donc l’histoire de Linda, une étudiante qui se rend dans un immeuble abandonné et réputé hanté avec un groupe d’amis, et dont le passé la lie intimement avec les lieux, et les événements qui s’y sont déroulés des années plus tôt. Forcément, ça tourne mal, et Linda se retrouve avec son amie Jess dans un autre monde vient un portail apparaissant dans un appartement. Un esprit présent de l’autre côté va tenter de posséder Jess afin de passer dans notre monde et d’y récupérer les âmes de tout le groupe d’amis. Et dans les faits donc, en tant que film de cinéma, que vaut ce Dreadout ? Ce n’est pas parfait, loin de là, mais pourtant, en tant que film d’horreur, ça fait très honnêtement le boulot, et ça diverti sur toute la ligne, en plus de proposer une copie extrêmement propre techniquement. On est loin du petit film fauché, heureusement d’ailleurs. Techniquement, Kimo Stamboel fait du très bon boulot. Les cadrages sont réussis, la photographie souvent sublime, le métrage est bien rythmé et possède son lot de grands moments. Fait plutôt surprenant, surtout pour ce genre de film, et surtout venant d’Asie, on aura droit à quelques CGI plutôt réussis. En fait, on pourra reprocher simplement au métrage son point de départ assez cliché (des jeunes qui veulent braver l’interdit et en payent le prix, l’héroïne au passé traumatique et refoulé), et sa scène d’ouverture qui peut faire peur, avec un exorciste dans un appartement.

Oui, le genre de scènes que je trouve le plus souvent raté, à l’exception faite de l’excellent film de Friedkin, forcément. Mais passé ces quelques éléments, Dreadout fait plutôt bien le boulot. Les décors sont beaux et souvent bien mis en valeur par la photographie et le cadre, le film utilise plutôt bien le folklore Indonésien, même si on pourra souvent regretter le peu d’informations sur un film de 1h37, surtout pour nous autres, pauvre public qui ne connaît rien à ses mythes et légendes. Le film, sans pour autant oublier l’ambiance (réussie), favorise l’efficacité et joue plus sur l’ambiance et l’étrangeté que sur la peur. Les jumpscares sont peu présents par exemple, et les monstres n’hésitent pas à foncer sur leurs victimes avec vivacité plutôt que d’y aller doucement en espérant faire peur. Le métrage, plutôt surprenant de la part du réalisateur, reste peu sanglant par contre. On aura bien une main coupée et quelques monstres au design assez sanglants ou décomposés (dont un monstre sortant du sol, hommage à Fulci ?), mais pas plus. Fait à souligner par contre, le réalisateur a recours a plusieurs moments à des gimmicks qui auraient pu tomber à l’eau, notamment quelques plans subjectifs, permettant ainsi de voir au premier plan le téléphone portable et ce qu’il filme. Mais à l’opposé de Doom (l’adaptation de 2005) et sa scène en vue subjective ratée et faisant office de fan service lourdingue, l’effet fonctionne ici, surtout lorsque l’on guète un élément différent entre le premier plan et l’arrière plan. Une utilisation certes pas folle en soit mais qui fonctionne. Dur du coup de détester ce petit film, plein de bonnes intentions et qui fait passer un très bon moment. Pas parfait, étant un film d’horreur calibré comme on en voit tant, mais qui ne se moque pas de son public, et fait ce qu’il doit faire, sans pour autant tomber dans le grotesque (des fois, on n’est pas loin il est vrai). Bref, le film parfait à voir en ce mois horrifique.

Les plus

Bien foutu techniquement
Rythmé et efficace
Fidèle mais pas trop
Quelques créatures intéressantes

Les moins

Des personnages clichés
Une scène d’ouverture un brin ratée

 

En bref : Sorti de nul part, Dreadout est au final une adaptation tout à fait recommandable, fun et efficace, à l’ambiance travaillée. Pas parfaite, qui ne fait pas vraiment peur, mais qui délivre la marchandise.

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