TOMBSTONE de George P. Cosmatos (1993)

TOMBSTONE

Titre original : Tombstone
1993 – Etats Unis
Genre : Western
Durée : 2h10
Réalisation : George P. Cosmatos
Musique : Bruce Broughton
Scénario : Kevin Jarre
Avec Kurt Russell, Val Kilmer, Sam Elliott, Bill Paxton, Powers Boothe, Michael Biehn, Charlton Heston, Jason Tenney, Stephen Lang et Thomas Haden Church

Synopsis : Wyatt Earp, ancien marshal à la réputation légendaire, décide de prendre sa retraite et de couler des jours paisibles dans la ville minière de Tombstone, alors en pleine expansion. Il y retrouve ses frères Virgil et Morgan et leurs épouses, ainsi que son ami Doc Holliday, joueur et fine gâchette atteint de tuberculose. Wyatt parvient rapidement à devenir associé dans un saloon alors que sa femme Mattie devient dépendante du laudanum. Peu après, Wyatt et Doc Holliday ont quelques frictions avec une bande de hors-la-loi, les Cowboys, dirigée par Curly Bill Brocius et Johnny Ringo, un dangereux sociopathe avec qui Holliday développe très vite une inimitié réciproque.

Ça faisait bien longtemps que je n’avais pas parlé d’un bon vieux western. Du coup, pour reprendre du poil de la bête, quoi de mieux que de viser un western qui aujourd’hui divise. Il faut dire qu’un western réalisé par George P. Cosmatos, c’est l’assurance d’un film avec peu de subtilité. Mais je l’aime bien Cosmatos père, même si à présent, en seulement deux métrages, j’ai bien plus d’affinités pour le cinéma de Panos Cosmatos, son fils, réalisateur de Beyond the Black Rainbow et Mandy, mais là est une toute autre histoire, et une toute autre ambiance. Tombstone, c’est à la base le scénario de Kevin Jarre, scénariste certes peu prolifique, mais qui a écrit les grandes lignes de Rambo 2 (tiens, un film de Cosmatos), mais aussi les grandes lignes de La Momie, la version 1999 de Stephen Sommers. Le film est prévu pour mettre en avant Kevin Costner, alors en pleine possession de ses moyens. Après tout, depuis 1990, on lui doit Danse avec les Loups, Robin des Bois, JFK, Bodyguard et Un Monde Parfait. Il y a pire comme CV, quand on gagne des prix pour son propre film, et que l’on tourne pour Oliver Stone et Clint Eastwood. Mais les deux hommes sont en désaccords, Costner voulant un film racontant la vie de Wyatt Earp et s’axant sur le personnage, alors que Jarre veut se focaliser sur les événements de Tombstone, la ville, et donc sur Earp et ses frères et amis. Costner quitte donc le navire et prépare sa version, sobrement intitulée Wyatt Earp, avec Lawrence Kasdan à la barre (oui oui, pas n’importe qui, puisqu’il écrivit Star Wars Épisode V, soit le meilleur, Bodyguard justement pour Costner, et réalisa Silverado en 1985). La suite, on l’a connait. Wyatt Earp a un budget de 63 millions, dure 3h11 (3h32 en version longue) et se plante lamentablement au box office malgré son énorme casting, composé de Kevin Costner, Dennis Quaid, Gene Hackman qui sortait du génial Impitoyable, mais également David Andrews, Jeff Fahey, Michael Madsen, Bill pullman, Isabella Rossellini, Tom Sizemore et j’en passe. Tombstone lui est récupéré par George P. Cosmatos, ne coûte que 25 millions, et est un succès au box office, alors que le casting se fait énorme également : Kurt Russell dans le rôle titre, Val Kilmer, Sam Elliott et Bill Paxton à ses côtés, avec Powers Boothe et Michael Biehn dans l’autre camp.

Bon, depuis, Kurt Russell aurait révélé qu’il aurait en réalité réalisé une grande partie du métrage à la place de Cosmatos, qui lui même arriva en urgence pour remplacer Kevin Jarre, réalisateur au départ de l’aventure, qui réalisé les scènes de Charlton Heston avant de quitter le projet, refusant de couper son scénario jugé trop long. C’est le bordel en effet, et Tombstone a tout pour être le film bancal. Et si on le compare à ce qui sortait au cinéma ses années là, forcément, la comparaison est rude, Eastwood avait signé Impitoyable l’année précédente. Tombstone n’est pas un western crépusculaire, il tente de nous montrer les événements ayant mené à la fameuse fusillade d’O.K. Corral, qui a eu lieu le 26 Octobre 1881. Une reconstitution donc des événements. Soyons clairs, Tombstone n’est pas un grand western. Il manque parfois d’ampleur, parfois de subtilité, sa dernière partie est même un peu aux fraises, avec quelques fusillades simplement ratées et qui donnent un côté étrange au métrage, comme lorsque Earp se lève avec son fusil, peut être facilement abattu par tout le monde, mais juste car il a la rage de vaincre, s’en sort vainqueur. Mais tout ce qui précède tiens plutôt bien la route. On a forcément du drame, de la romance, de l’action, et même quelques thèmes intéressants. Le personnage de Earp, campé par Kurt Russell, fait face à des dilemmes intéressants, alors qu’il cherche juste à se poser avec sa femme, et se retrouve face à un gang. Y a-t-il une différence entre tuer pour la justice et tuer pour la rétribution ? Où est la frontière entre le bien et le mal ? Car si les frères Earp et le Doc Holliday sont clairement les « gentils » de l’histoire, ils n’apparaissent pas intégralement comme étant tout blancs tout le long du film, forcés à faire par la suite des choix. Et bien entendu, il y a une histoire d’amour dans le métrage, mais elle ne domine jamais l’histoire, fort heureusement, étant plutôt en toile de fond et ne se faisant jamais envahissante.

Mais finalement, du moins pendant 1h30, ce qui fait clairement le boulot dans Tombstone, c’est, outre la reconstitution historique (je vous ai déjà dit que j’aimais beaucoup les westerns ?), ce sera le casting. Tombstone laisse ses acteurs s’exprimer, et pour ça, ils peuvent se reposer sur un script plutôt solide qui donne un bon temps de développement, et donc un bon temps à l’écran à l’ensemble des personnages principaux. Kurt Russell a toujours la classe même avec sa moustache, mais c’est, étonnement, Val Kilmer dans le rôle du Doc Holliday atteint de la tuberculose qui s’en sort à merveille. Il est même épatant dans son rôle. Sam Elliott et Bill Paxton sont des excellents choix pour les frères Earp, et Paxton prouve encore une fois qu’il a du talent. De l’autre côté, celui des éternels bandits, on nous met également de très bons acteurs, avec Powers Boothe et Michael Biehn, même si on pourra regretter un temps de présence moindre à l’écran, et donc un développement un peu plus anecdotique, mais ce n’est pas leur film après tout. Au cœur du film, et contrairement au film de Costner, c’est bien la ville de Tombstone qui compte. Mais c’est totalement vrai, et c’est étonnant avec Cosmatos à la barre (enfin, plus ou moins comme on le sait aujourd’hui), que le film se fait beaucoup moins convaincant dans sa dernière demi-heure, quand après de bien tristes (et réussis) événements, les personnages laissent enfin parler la poudre en priorité. Comme si le film tombait alors dans les travers qu’il avait réussi à éviter jusque là, en oubliant les tourments et dilemmes des personnages pour en faire de simples héros qui doivent tirer pour sauver la situation. Mais ça n’en fait clairement pas un mauvais western pour autant. Assez classique, mais évitant la plupart du temps d’être manichéen, plutôt bien mené, avec un casting en or, le tout pour un western plutôt solide, qu’il ne faut pas chercher à comparer avec la vague de westerns crépusculaires de ces années là.

Les plus

Un bon western
De bons personnages, et d’excellents acteurs
Un développement solide pendant 1h30
La ville elle-même
Val Kilmer, épatant

Les moins

Un dernier acte moins convaincant
Les bandits, peu développés

En bref : Tombstone n’est certes pas un grand western, et il a sans aucun doute souffert de ces nombreux soucis de production, mais il reste une proposition tout à fait sympathique pour le genre, avec un casting en or et un développement plutôt solide.

11 réflexions sur « TOMBSTONE de George P. Cosmatos (1993) »

  1. Un film de Cosmatos c’est toujours un évènement. 🙂 Le casting est super. Je garde un bon souvenir de ce film que je n’ai vu qu’une fois, même si la version de Costner m’a plus marqué. J’aimerais vraiment le revoir – avec tous les films en retard que j’ai, je m’en sortirai pas je crois.

    1. Surtout à l’époque, où il a enchainé les gros films (Rambo 2, Cobra, Leviathan, trois films que j’aime beaucoup, de suite, juste avant Tombstone). J’ai son film de 1983 « D’origine Inconnue » à regarder tiens.
      Par contre je n’ai strictement aucun souvenir de la version de Costner, que j’ai et dois revoir, mais la durée me stop toujours (3h10). Allez, tu l’as, un effort !

      1. C’est vrai, je l’ai – grâce à toi. ^^ J’aime beaucoup RAMBO 2 (revu récemment), COBRA (revu récemment) et LEVIATHAN aussi. 😉

        1. Et oui ^^ Je me rends compte que j’ai pas mal de films de Cosmatos en Blu-Ray, me manque que ce TOMBSTONE, et LEVIATHAN (car j’espère toujours une sortie FR).

  2. Belle rehab pour ce western qui, je dois l’admettre, ne m’a jamais transcendé. Pourtant, la perspective de voir un Kurt Russell à moustache est une promesse savoureuse, même s’il n’est pas accompagné cette fois de Daisy Domergue.
    Quel casting en effet !

    1. Kurt Russell dans un western, ça ne peut qu’être bon. Même s’il fera bien mieux par la suite nous sommes d’accord.
      Je parle du casting, mais la version de Costner a aussi un casting en béton. Le genre attirait les grands noms au début des années 90, entre ces deux métrages, mais sans oublier le chef d’oeuvre de Eastwood qu’est Impitoyable !

      1. « Unforgiven » est presque hors concours tellement il surpasse les autres.
        La version du règlement de compte façon Costner est fort longue, se veut une somme qui englobe tous les films précédents (ce que Sturges avait un peu tenté à sa façon entre « OK Corral » et « hour of the gun ») ce qui donne une fresque un peu longue. Je ne l’ai pas revu ceci dit depuis fort longtemps.
        Quoiqu’il en soit, ma version préférée reste « My darling Clementine » de Ford, mais je l’ai peut être déjà écrit. 😉

        1. Unforgiven est unique c’est vrai. Et loin d’être un western dit classique.
          Bon le Costner, faut vraiment que je me motive à me le refaire prochainement, puis à continuer mon exploration du genre.

          1. Le modeste « Open Range » est peut être le plus « authentique » de ses westerns.
            J’ai longtemps boudé « Danse avec les loups » mais il faut bien avouer que son côté épique reste en mémoire.

            1. Ça tombe bien, je l’ai Open Range, mais des avis très partagés autour de moi m’ont toujours un peu calmé, du coup jamais vu.
              Danse avec les Loups, c’est un film avec lequel j’ai beaucoup de mal. Je ne le trouve pas mauvais, loin de là, mais je n’adhère pas.

              1. Autant pour « Danse… », comme je te l’écrivais, je peux comprendre les réticences, autant sur « Open Range » vas-y au galop. Et puis un western avec Robert Duval part forcément avec un avantage.

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