THE HUNT de Craig Zobel


THE HUNT

Titre original : The Hunt
2020 – Etats Unis
Genre : Horreur
Réalisation : Craig Zobel
Musique : Nathan Barr
Scénario : Nick Cuse et Damon Lindelof
Avec Betty Gilpin, Amy Madigan, Emma Roberts, Ethan Suplee et Hilary Swank

Synopsis : Des inconnus se réveillent bâillonnés en pleine nature. Ils découvrent rapidement qu’ils sont les candidats d’une chasse à l’homme grandeur nature orchestrée par de riches Américains qui ne désirent qu’une seule chose : chasser et abattre, par snobisme ou mépris de classe, des citoyens pauvres issus d’états ruraux comme des animaux. Mais cette partie dégénère lorsque l’une des proies, Crystal, décide de lutter pour sa vie en tuant les chasseurs.

The Hunt, qui aura finalement débarqué en VOD cette année, revient de loin. Une production en 2018, des droits acquis par Universal en Mars de cette même année, un tournage finalement en Février 2019 sous la houlette de Craig Zobel pour la boite Blumhouse capable du meilleur comme du pire mais qui continue d’envahir les écrans de cinéma depuis des années à intervalle régulier avec des films d’horreur pour adolescents. Mais parfois, Blumhouse embauche des auteurs, ou du moins des réalisateurs qui ont un vrai style, comme James Wan et Leigh Whannel pour les Insidious et Conjuring, ou encore Upgrade pour le second, ou James DeMonaco (la trilogie American Nightmare), qui s’il n’est pas un grand, a au moins des choses à dire. Craig Zobel travaille ici pour la première fois avec le studio. Par le passé, on lui doit surtout Compliance d’après une histoire vraie, drame glauque, et Z for Zachariah, drame de science fiction. On peut voir dans The Hunt une prolongation de certains thèmes de Compliance d’ailleurs, à savoir, la stupidité dans un cas et la manipulation à des fins malhonnêtes de l’autre. Sauf que là où Compliance adaptait une histoire vraie, The Hunt fait dans le plus classique, notamment avec son concept de chasse à l’homme, mainte fois vu et revu dans le cinéma, de genre ou autre (Chasse à l’Homme de John Woo, Hunger Games). Bref, le film est tourné pour un budget confortable de 14 millions, et doit sortir en Septembre 2019, avant d’être repoussé suite à une fusillade en Amérique. Une nouvelle date débarque : le 13 Mars 2020. Seulement entre temps, on sait très bien ce qu’il s’est passé, avec la fermeture des cinémas, et le film débarque en VOD fin Mars. Une manière comme une autre d’avoir quand même de la visibilité avant de se faire oublier, sans doute. Bref, le film fait polémique, et le film n’a pas eu de bol. Beaucoup de bruit pour rien ? Au final, oui. Car The Hunt n’a rien d’un film coup de poing, même s’il a des choses à dire, indéniablement.

Alors The Hunt, c’est une satire. Des riches qui chassent des pauvres. Rien de bien neuf, et le film n’y va pas avec une grande subtilité, et ce dés le début. Mais certains réalisateurs font passer le message tout en fonçant dans le tas, comme par exemple Oliver Stone, donc pourquoi pas. Et puis en jetant un œil au scénario, on trouve Damon Lindelof, à qui l’on doit, pour le cinéma (laissons la télévision à part) Cowboys & Aliens, Prometheus, Star Trek Into Darkness, ou encore World War Z. À boire et à manger, et peu de grands films, mais parfois des films avec des idées, même si pas toujours exploitées comme il faut. C’est un peu le cas ici. C’est rentre dedans, ça a des idées, mais ça ne semble pas toujours aller plus loin, préférant souvent le gore fun au gore qui dérange. De nombreuses situations, satire oblige, sont tournées en dérision, et le souci, c’est du coup que le film amuse plus qu’il ne questionne, passant du coup à côté de son sujet. Rien qui n’en fasse un mauvais film pour autant, Craig Zobel n’étant pas un manchot à la caméra, et il a su s’entourer d’acteurs convaincants, comme Betty Gilpin pour le rôle principal, ou dans le rôle de l’antagoniste principal, Hilary Swank. De plus, le film a des idées, de scénario et de mise en scène, qui rendent plutôt bien à l’écran, comme ces dix premières minutes, nous mettant en avant un personnage que l’on identifie immédiatement comme étant l’héroïne, mais il n’en sera rien. L’arrivée de la vraie héroïne une dizaine de minutes plus tard dans une station service est presque sur le ton de l’humour également, tant l’effet est gros, et que Crystal (son petit nom donc) est plutôt du genre directe et expéditive, autant lorsqu’elle doit parler que lorsqu’elle doit tuer. Certaines, enfin même de très nombreuses situations sont volontairement grossies et donnent un ton fun au métrage. Ce qui en fait finalement bien plus un film d’horreur fun comme la société en tourne à la pelle (mais au moins, celui-ci l’est vraiment) qu’un film d’horreur subversif comme il aurait sans doute aimé l’être.

Ça n’en fait pas un film mauvais, mais un film qui passe sans doute à côté de son sujet, malgré d’indéniables qualités. La mise en scène solide, les effets gores efficaces, ou encore l’interprétation, puisqu’autant l’actrice principale que Hilary Swank, malheureusement en retrait durant toute la première partie, livrent d’excellentes prestations. Lorsque les deux femmes sont enfin face à face, on pense d’ailleurs à Kill Bill Volume 1 de Tarantino, autant de par la joute verbale qui précède que par l’affrontement sec et violent qui s’ensuit. Avouez, il y a pire comme comparaison ! Des moments secs, qui s’étirent, contrastant avec les autres moments plus gore et donc plus extravagants, plus furtifs, mais plus difficiles à prendre au sérieux. Un peu comme si le film tentait de jouer sur tous les bords, et donc d’en faire trop. Ce qui lui donne un manque d’identité, mais qui lui confère également un capital sympathie de la part du spectateur. Car si ça rentre dedans, si ça manque de finesse, si ça alterne moments chocs réussis et moments chocs gores amusants, le film n’en demeure pas moins rythmé et filmé avec sérieux. On ne s’ennuie pas une seule seconde durant le métrage, malgré quelques changements de rythme, notamment entre sa première partie, pure chasse à l’homme, et sa seconde, plus posée et donc plus propices aux excès furtifs (la scène avec tous les riches retranchés). Au moins, le film évite de moraliser tel camp comparé à l’autre, et c’est déjà pas si mal en fin de compte.

Les plus

Bien rythmé
Techniquement bien fichu
Des scènes amusantes
Les excès gore

Les moins

Peu subtil dans son approche
Ne sait pas s’il doit être amusant ou sérieux

 

En bref : Mainte fois repoussé, film polémique, The Hunt est finalement un petit film de genre sympathique, qui n’invente rien, et est un peu le cul entre deux chaises, entre son côté gore fun et divertissant et son message peu subtil mais qui au moins ne moralise rien.

7 commentaires

  1. S’il n’est pas moralisateur c’est déjà bien. Pour le reste, ça ne me semble pas très engageant. J’avoue que depuis Eli Roth, ce genre de concept ressemble plus à du racolage qu’à une réelle envie de faire mouliner l’esprit critique. Blumhouse essaie de flirter sur les deux tableaux (cf les films de Jordan Peele), souvent avec maladresse.
    Ils ressortent « Invisible Man » au ciné, c’est peut être plus dans mes cordes du coup.

    1. J’avais beaucoup hésité avec cet ‘Invisible Man’, avant de renoncer à le voir en salle. Féminisme de circonstance ? Tout ce moralisme nord-américain (le genre, la race, la sexualité ) me fait fuir. Le puritanisme se porte très bien aujourd’hui et il s’exporte sans complexe.
      Vite, j’ai besoin d’un Paul Verhoeven ! 😉

    2. Ben là The Hunt « essaye » maladroitement de jouer sur les deux tableaux au sein du même film, sans forcément réussir. Il n’est que ce qu’il aurait du être dés le début, un petit divertissement de genre.
      Invisible Man, je le verrais, j’avais beaucoup aimé le précédent film de Leigh Whannell.

  2. Je partage ton avis sur ce film, comme sur ceux de Jordan Peele que je trouve surestimés.
    Ce qui me dérange avec ‘The Hunt’, c’est le fond.
    De quoi parle cette chasse à l’homme ? Il semble que les proies soient en fait des Républicains, tandis que les chasseurs sont plutôt décrits comme étant des Démocrates. Plusieurs indices dans les dialogues et le scénario vont dans ce sens. Ce n’est pas juste une opposition riches/pauvres (ça c’est ‘El Hoyo/Plateforme’, pas très fin et qui n’est qu’un court étiré en long).

    Que veulent dire les auteurs du film ? Les gentils sont les salauds, et les salauds des gentils ? Je crois avoir lu quelque part une polémique autour de ce film à propos justement de cette vision tordue des USA. Le film s’amuse à tordre les conventions (attention SPOILER : une actrice assez connue qui disparait au début du film alors qu’on la présentait comme l’héroïne principale – fin SPOILER). Et c’est peut-être bien ça le problème : un concept de petit malin sur le papier qui accouche d’une souris. C’est un peu confus et au final ‘The Hunt’ s’oublie vite. Ce petit film ne méritait pas une sortie salle, mais bien d’atterrir directement en VOD pour disparaitre dans la masse.

    1. Dans le fond, moraliser ou politiser un propos dans un film ne me dérange pas, on l’a toujours plus ou moins fait, on véhicule tous plus ou moins volontairement, souvent inconsciemment nos idées dans notre travail. Mais le cas Blumhouse est souvent bien plus maladroit. J’aime bien le cinéma de Jordan Peele, sans crier au chef d’oeuvre. C’est carré et bien filmé, quelques moments d’ambiance fonctionnent très bien également.

      Aux Etats Unis, malheureusement tout fait un peu polémique. Et pas forcément pour le message au final, mais juste pour la violence, les armes à feu tout ça. Sauf que bon, des fusillades, y en a tout le temps, partout.
      Pour ton spoiler, ça m’a fait rire, mais finalement, l’idée n’est pas nouvelle, FEAST le faisait des années plus tôt avec un ton beaucoup plus décontracté et du coup plus fun.

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