Titre Original : Grafted
2024 – Nouvelle Zélande
Genre : Horreur
Durée : 1h36
Réalisation : Sasha Rainbow
Musique : Lachlan Anderson
Scénario : Lee Murray, Sasha Rainbow, Mia Maramara et Hweiling Ow
Avec Joyena Sun, Jess Hong, Eden Hart, Jared Turner, Sepi To’a, Xiao Hu, Mohan Liu, Chloe Parker, Mark Mitchinson et Alison Quigan
Synopsis : Wei, une brillante étudiante chinoise au visage marqué par une malformation, part étudier dans une prestigieuse université en Nouvelle-Zélande. Marginalisée par ses camarades, elle poursuit les recherches de son père, un scientifique décédé, pour créer un sérum de beauté et devenir ainsi populaire.
Grafted, qui a débarqué dans les salles Françaises début Novembre 2025, soit un an après sa sortie initiale dans son pays d’origine, la Nouvelle Zélande, est un de ses films allant vers le body horror que beaucoup mettent sur le dos du succès de The Substance. Sauf que Grafted, comme Shell de Max Minghella et quelques autres, a vu sa production lancée grosso modo en même temps que The Substance, et fut présenté donc en festival durant la même période. The Substance a juste eu plus de chances en se faisant remarquer à Cannes, et donc en ayant eu droit plus rapidement à une sortie mondiale, pouvant être qualifié donc de « premier sorti », mais pas forcément de « premier produit ». Grafted donc, et c’est vrai, dans les grandes lignes, l’on pourrait y voir une histoire identique, avec cette jeune étudiante cherchant la formule scientifique qui pourrait corriger ses problèmes de tâches de naissance, et donc faire d’elle une personne plus « normale », que l’on remarque plus pour les bonnes raisons, quitte au final à rentrer dans le moule et à être interchangeable avec tout le monde. Finalement, on comprend vite que l’on est face à un métrage extrêmement différent, et même en réalité plus intéressant sur un simple petit point qui change tout. Là où dans The Substance, Demi Moore avait droit à une meilleure version d’elle-même en Margaret Qualley, dans le but donc de revenir sur le devant de la scène, de faire plaisir à une audience, à un public masculin, Grafted lui place son intrigue à un niveau plus intime, puisque plus ancré dans notre quotidien à tous, à savoir le regard des autres, de la famille, des amis, de nos camarades de classe, de ceux que l’on fréquente jour après jour. C’est loin d’être la seule différence puisqu’au final, à part le genre même, Grafted n’a strictement rien à voir avec The Substance, et Sasha Rainbow, qui signe là son premier long métrage, fait aussi preuve de bien plus de subtilité de Coralie Fargeat.
Dans Grafted donc, nous suivons Wei, une étudiante Chinoise en Nouvelle Zélande avec une marque de naissance sur le visage, et qui essaye de continuer les travaux de son père qui a tenté lui aussi de corriger ce défaut physique, quitte à en perdre au passage la vie. Et Grafted, sur bien des points, c’est une œuvre passionnante, autant dans ce qu’elle raconte que dans sa façon de faire et de mélanger différents genres, ce qui est à la fois un pari risqué pour la réalisatrice donc, qui signe son premier long métrage après quelques courts remarqués et appréciés, mais aussi une belle lettre d’intention et d’amour envers les différents aspects du genre horrifique. Le body horror est bien présent oui, mais dans Grafted, on trouve aussi un peu de slasher, les expériences de Wei lorgnent parfois vers le récit à la Re-Animator même si elle pratique les expériences sur elle-même, et on pourrait même voir dans sa toute première partie une envie de montrer un récit classique de teen movie, qui en soit, fonctionne lui aussi plutôt bien. Une œuvre donc variée et gourmande, mais qui parvient à bien marier tous ces aspects, ce qui tient déjà presque du miracle. Car Wei ne va pas seulement vouloir corriger sa tache de naissance, non, ça ira bien plus loin, à coup de vol de visage, et donc d’identité, un peu comme un Volte/face, les colombes en moins, mais les coups de scalpels en plus. Comme dans le métrage d’action d’ailleurs, il faudra accepter le côté assez invraisemblable du procédé pour se raccrocher au sérieux de l’entreprise, bien que non dénué d’humour, mais à ce que le procédé raconte également. Car toute l’ironie de la situation, c’est qu’en changeant de visage, et donc en devenant des personnages bien plus populaires et en vue au sein de son école, Wei gagne des regards, une certaine attention, ce qui finalement, la fait rentrer dans un cercle différent, tout ça pour en quelque sorte renier sa différence, renier ce qu’elle est, pour ressembler juste à toutes les autres.
Une lecture intéressante de l’œuvre, qui là aussi, l’éloigne du film à la fameuse Substance. Chez Fargeat, l’approche était frontale, volontairement grossière, over the top, et du coup, lorgnait clairement plus au final du côté de Yuzna que de Cronenberg (le final notamment). Ici, tout est plus suggéré, subtil, sans pour autant tourner la caméra au moindre effet gore, car Grafted reste bien du body horror, même lorsqu’il lorgne vers d’autres genres comme le slasher par la suite. Les corps sont déformés, les visages retirés, les muscles et les os craquent, mais la réalisatrice fait preuve de plus de retenue et n’hésite pas par moment à miser sur le son, très travaillé, pour obtenir au final le même effet. Et ça fonctionne. Le film sera peut-être moins marquant vis-à-vis du public, mais pas dénué d’intérêt. Surtout qu’il bénéficie d’une interprétation très solide, en particulier de la jeune Joyena Sun, jouant Wei. Petite pépite invisibilisée comme beaucoup d’autres donc ? Sans aller jusqu’à considérer le film comme un must see du genre, il reste une proposition qui fait plaisir à voir, et qui prouve qu’avec des approches différentes, le genre a encore de beaux jours devant lui, et vu la fournée 2025 assez riche en films du genre (Grafted, Together, Shell, Kombucha), parvenant tous à être différents, tant mieux j’ai envie de dire.

Les plus
Du body horror intéressant
Très bon travail sur le son
Joyena Sun, excellente
Un mix de genre improbable mais qui fonctionne
Les moins
Manque sans doute de moments marquants
Aurait peut-être mérité un peu plus d’attention sur un genre particulier
En bref : Passé inaperçu, Grafted est un film de body horror sur la beauté, l’identité, et finalement, trouve un équilibre plutôt habile entre ses thématiques et ses genres sans en faire des tonnes. Ça aurait pu être meilleur, plus sanglant, plus marquant, mais pour un premier film, c’est plus que prometteur.
| A FEW WORDS IN ENGLISH | |
| THE GOOD | THE BAD |
| ♥ Interesting body horror ♥ Very good work on the sound design ♥ Joyena Sun, excellent ♥ The mix of genres and influences work |
⊗ Maybe it lacks of truly memorable scenes ⊗ It could have focused more on one genre in particular |
| No one saw Grafted, a body horror flick on beauty, identity, and finally, it finds some weird and good equilibrium between its themes and genres without going too far. It could have been better, bloodier, but for a first film, it’s already more than good. | |




















