LE PARFUM – HISTOIRE D’UN MEURTIER
Titre Original : Perfume : Story of a Murderer
2006 – Allemagne / France / Etats Unis
Genre : Thriller
Durée : 2h27
Réalisation : Tom Tykwer
Musique : Reinhold Heil, Johnny Klimek et Tom Tykwer
Scénario : Andrew Birkin, Bernd Eichinger et Tom Tykwer
Avec Ben Whisaw, Dustin Hoffman, Alan Rickman, Rachel Hurd-Wood, Karoline Hefurth, Sian Thomas, Corinna Harfouch, Sam Goulas, Birgit Minichmayr et Dora Romano
Synopsis : Jean-Baptiste Grenouille naît en 1744. Enfant solitaire, malade, il devient un jeune homme à part grâce à un don unique : son odorat. Grenouille n’a pas d’autre passion que celle des odeurs, et chaque seconde de sa vie est guidée par ce sens surdéveloppé. Survivant misérablement, il parvient à se faire embaucher comme apprenti chez les maîtres parfumeurs de la capitale. Il découvre alors les techniques et les secrets de la fabrication des parfums. Son don lui permet de composer quelques chefs-d’œuvre olfactifs, mais son but ultime devient rapidement la mise au point de la fragrance idéale, celle qui lui permettrait de séduire instantanément tous ceux qui croiseraient son sillage.
Le Parfum, adaptation du best-seller de 1985, aura eu toutes les peines du monde à se faire, entre un auteur refusant de vendre les droits, puis une production qui demande quelques années, le temps de trouver un réalisateur adéquat, et un acteur adéquat pour un rôle pas si simple que ça, car très silencieux. Et à sa sortie, le film n’avait pas séduit les critiques. Mais bien plus le public. Je ne l’avais pas découvert à sa sortie, malgré le fait que j’avais lu le livre. Mais lors de sa sortie DVD, qui est toujours dans ma collection, j’ai pu rattraper mon retard, et j’avais adoré. Avec les années, même si évidemment, Le Parfum n’est pas un film que je revois sans cesse (non parce que j’aime les drames, mais je ne vais pas passer ma vie à déprimer sur des films parlant de la misère, de taudis, et de tueur), la vision ne m’a pas quitté, et il y a même un élément qui lui, me hante, et c’est sa musique. Réalisé, coscénarisé et co-composé du coup par Tom Tykwer, Le Parfum est une adaptation qui a les moyens de ses ambitions, avec un budget estimé autour des 50 millions d’euros. Oui, euros, car Le Parfum est un film majoritairement Allemand. Un budget assez fou que plus aucun studio n’accepterait de laisser à un réalisateur pour un tel projet de nos jours, car comme le dit si bien le titre, Le Parfum nous parle d’un tueur en série. Dans la France du dix-huitième siècle, Jean-Baptiste Grenouille est un homme un peu particulier, qui nait dans des conditions loin d’être idéales, mais qui d’entrée de jeu font bien passer le message au spectateur qui se lance dans l’aventure, Le Parfum, malgré son budget, malgré sa direction artistique sublime et malgré son casting attirant, ce n’est pas de belles odeurs et des paillettes. C’est la crasse, la puanteur, la folie, l’obsession, le meurtre. Quand le héros de l’intrigue nait dans un marché Parisien, entouré de carcasses de poissons et autres animaux, de vers et de vomis, peu de temps avant qu’il ne soit abandonné par sa mère, qui, retrouvée, sera pendue, je pense qu’on a compris.
Et Le Parfum donc, c’est très bien, voire excellent. Bon, certaines critiques à l’époque avaient trouvé ça, je cite, « d’une laideur et d’une bêtise assez rares », « adaptation malodorante », « Manque de saveur », « trop long, souffre d’une mise en scène stéréotypée, répétitive »… Oui, autant dire qu’en France, le film n’avait pas eu droit à un bel accueil, à part de quelques revues de bon goût comme L’Ecran Fantastique ou Mad Movies. Il faut dire donc que le métrage part avec quelques handicaps, et qu’en étant en prime une adaptation plutôt fidèle du roman, malgré quelques raccourcis nécessaires, il part au fur et à mesure de son intrigue vers un grotesque assumé qui peut ne pas plaire à tout le monde. Ses handicaps en tout cas, ils sont évidents. Comment retranscrire en film, à l’aide d’images et de sons donc, une histoire tournant autour des odeurs ? Car notre héros, ou anti-héros plutôt, Jean-Baptiste, a un don, et ce n’est pas celui d’être étrange et peu bavard, ou de devenir Q chez James Bond quelques années plus tard, mais on parle bien de son odorat ultra développé. Ce qui, malgré un début de vie de misère totale, va l’amener sur le chemin de parfumeurs, qui, bien conscients des talents du jeune homme, vont le prendre sous leurs ailes. Au départ, ce sera un Dustin Hoffman toujours aussi bon à l’écran, pour une première partie se déroulant à Paris, avant que l’intrigue ne délocalise au Sud, à Grasse, où le destin mettra sur la route funeste du héros la présence d’une jolie Rousse et de son père joué par feu Alan Rickman. En réalité d’ailleurs, plus que d’odeurs, même si le film parvient à mon sens parfaitement à donner une impression putride (il suffit de voir l’ouverture), rien qu’avec les images, Le Parfum parle plutôt de l’obsession autour des odeurs. Car Jean-Baptiste, obscédé par le concept de conserver les odeurs, et donc, des parfums, va vouloir extraire en utilisant divers procédés l’odeur corporelle de femmes.
Pourt les mixer entre elles et avoir le parfum ultime. C’est barré ? Oui, et assumé, aucun souci là-dessus. Si ce concept va déjà trop loin pour vous, attendez un peu de voir la fin, qui ne recule pas devant les excès du roman, et fonce. Ou du moins, fonce autant que la censure lui a permis, car dans un métrage où les corps sont dénudés (mais jamais filmés gratuitement), où la pauvreté, la maladie et la mort empestent de chaque recoin la pellicule, et où les meurtres s’accumulent (même si cela reste presque le point le plus soft du film), on se doute bien que la production et la censure ont dû mettre quelques petites limites, histoire de s’assurer tout de même de rentabiliser le budget. Le Parfum, malgré ses 2h27, se suit extrêmement bien, grâce à un travail visuel impeccable déjà. La direction artistique est très belle, les décors sont grands et majestueux, le travail sur les couleurs rend parfaitement. Mais aussi grâce à son récit passionnant où l’on suivra toute la vie du personnage et le malheur de ceux qui croiseront sa route (faites attention à chaque personnage recueillant Jean-Baptiste, et à leur sort), porté par un casting fort convaincant, entre ceux déjà cités, quelques seconds rôles marquants (on aura même Karoline Herfurth en victime, elle que j’avais véritablement découvert des années plus tard dans la saga Un Prof pas Comme les Autres), et même John Hurt en narrateur. Et puis bien entendu, il y a cette musique, signée par Reinhold Heil, Johnny Klimek et Tom Tykwer, qui magnifie certaines séquences à la perfection (je recommande les morceaux The Method Works et Laura’s Murder), et vous obtenez là un excellent film, clairement grotesque, clairement sur certains aspects dépressifs, mais un film bien mené, et surtout, un film unique. Et puis, avouez qu’une histoire glauque sur un tueur en série, qui se focalise sur les odeurs et ne montre quasiment pas de sang, et n’a ni course poursuite ni fausses pistes, ça rend au moins curieux de tenter l’expérience.

Les plus
Des acteurs de premier ordre (Hoffman, Rickman, Whishaw)
Une adaptation plutôt fidèle
Une direction artistique sublime
Quelle musique
Un film unique en son genre
Les moins
Oui, son côté unique et glauque n’est pas pour tout le monde
En bref : Le Parfum, Histoire d’un Meurtrier, c’est une adaptation fidèle d’un roman culte, qui a les moyens de ses ambitions malgré le contenu volontairement choc et grotesque qui habitent l’œuvre, et qui parvient avec sérieux à livrer un film parlant d’odeurs.
| A FEW WORDS IN ENGLISH | |
| THE GOOD | THE BAD |
| ♥ Some wonderful actors here (Hoffman, Rickman, Whishaw) ♥ A faithful adaptation ♥ Beautiful artistic direction ♥ What a soundtrack ♥ A unique film |
⊗ Yes, it’s dark, unique, grotesque, not for everyone |
| Perfume: Story of a Murderer, it’s a faithful adaptation of the cult novel, with a good budget and ambitions behind it, and despite the shock and grotesque there, it’s done seriously and beautifully, for a film speaking about smells. | |






















Un film assez incroyable, découvert sans rien en savoir – tu imagines alors à quel point j’ai été désarçonné durant le visionnage ! J’ai eu du mal avec la fin, mais en fait… si je suis une petite théorie pas trop bête, elle peut faire sens.
Même en ayant lu le roman, mais des années avant le film et donc je l’avais un peu oublié, le visionnage fut, la première fois, positif mais étrange, notamment la fin oui. Au final, avec le temps et après plusieurs visions, j’apprécie, et il faut aussi dire que pour une production majoritairement Allemande, avec un gros budget et donc une rentabilité compliquée à l’époque dès qu’on avait une interdiction assez sévère, c’était un risque rafraichissant. Je ne vois actuellement aucun studio qui oserait réadapter le bouquin avec une telle fidélité sans y mettre son grain de sel. D’ailleurs, de revoir le film, ça m’a donné envie enfin de voir CLOUD ATLAS, que Tom Tykwer avait réalisé avec les Wachowsky et que je n’ai jamais vu.