Titre Original : The Haunted Palace
1963 – Etats Unis
Genre : Fantastique
Durée : 1h27
Réalisation : Roger Corman
Musique : Ronald Stein
Scénario : Charles Beaumont
Avec Vincent Price, Debra Paget, Lon Chaney Jr., Frank Maxwell, Leo Gordon, Elisha Cook Jr., John Dierkes, Milton Parsons, Cathie Merchant et Guy Wilkerson
Synopsis : Avant de succomber dans les flammes, le sorcier Joseph Curwen jette un sort sur la localité d’Arkham en Nouvelle-Angleterre. Cent dix ans plus tard, son arrière-arrière-petit-fils, Charles Dexter Ward, arrive sur les lieux pour prendre possession du château dont il a hérité. En dépit de l’hostilité des villageois et de la peur que lui inspirent certains des habitants, des êtres difformes et menaçants, Ward reste, de plus en plus fréquemment possédé par l’esprit d’un ancêtre qui, muni du Nécronomicon, prépare l’ouverture des portes de l’au-delà aux monstrueux dieux anciens qu’il vénère….
C’est vrai que de nos jours, on l’oublie souvent, mais avant d’être ce producteur de séries B voire Z fauchées (mais pas toutes mauvaises attention), et avant d’avoir lancé la carrière de beaucoup de monde, Roger Corman était un très solide réalisateur, même parfois excellent. Il est donc un peu triste de se dire qu’il a totalement délaissé ce poste (à une occasion près) au début des années 70 pour se focaliser sur la production et la distribution. Car au début des années 60, on lui devait beaucoup d’adaptations, très solides, d’Edgar Allan Poe, mettant en avant le grand Vincent Price. En 1963, il pouvait même se vanter, bien longtemps avant que tout le monde ne tente de l’adapter, d’être le premier à avoir transposé à l’écran une nouvelle d’H.P. Lovecraft, L’Affaire Charles Dexter. Sauf que les distributeurs, eux, ne connaissaient probablement pas plus Lovecraft que le grand public, ainsi fut décidé de changer le titre par The Haunted Palace, et d’ajouter dans les inspirations du film le poème de Poe du même titre. Et au final, à l’écran, on se retrouve véritablement devant un film un peu hybride, contenant le savoir faire de Corman et l’ambiance caractéristique qu’il avait insufflée dans ses propres adaptations de Poe, tout en adaptant librement (mais les grandes lignes sont là) la nouvelle de Lovecraft. Contre toute-attente en prime, ça fonctionne, et même très bien. On pourrait même dire que le métrage est un petit bijou du genre, en un sens, malgré des défauts. Et avec le recul, comment ne pas se dire que c’est ce film qui a inspiré Christophe Gans pour son sketch de Necronomicon, son premier métrage, au niveau de l’ambiance, qui bien que lui aussi adaptant Lovecraft, faisant tout autant penser à Poe ?
Pour une adaptation plus fidèle par contre, on pourrait tout aussi bien se tourner vers le film tourné par Dan O’Bannon en 1991, qui en prime, histoire de dire que tout est lié, voit sa musique être composée par Richard Band (donc, la musique de Re-Animator), et le scénario être écrit par Brent V. Friedman, qui signera juste ensuite les scénarios de Ticks (produit par Brian Yuzna) et de Necronomicon… Tout est lié je vous dis. Mais revenons donc à cette toute première adaptation, nommée en France La Malédiction d’Arkham. Roger Corman réalise donc, et s’entoure d’une équipe qu’il connait bien, puisque c’est le scénariste Charles Beaumont qui s’occupe de l’adaptation, avec qui il a déjà travaillé sur ses adaptations de Poe (un certain Francis Ford Coppola aurait sans être crédité réécrit les dialogues), et qu’évidemment donc, Vincent Price récupère le double rôle principal, celui de Charles Dexter Ward, qui arrive à Arkham puisqu’il hérite d’une demeure, et de son ancêtre, Joseph Curwen, brûlé 110 ans plus tôt, et qui était en possession du fameux Necronomicon, et a promit de revenir se venger, et continuer son rituel permettant aux grands anciens de revenir sur Terre. On est clairement dans le fond, malgré les différences et libertés, dans du pur Lovecraft, et Corman ajoute par-dessus tout ça son expertise visuelle pour donner un récit aux élans gothiques, ce qu’il maitrise parfaitement, et il ne faut pas plus d’un plan, celui d’ouverture sur les rues d’Arkham, de nuit, sous la brume, avec une femme qui avance, pour être sous le charme. Il faut dire que malgré un budget que l’on devine ultra limité, le directeur artistique Daniel Haller a fait un boulot fantastique pour nous faire croire à cet univers. Il n’y a simplement pas un plan à jeter, et si on ajoute par-dessus tout ça la magnifique musique de Ronald Stein, et on comprend qu’artistiquement, il n’y a quasi rien à jeter dans le métrage.
Seuls quelques maquillages peuvent paraitre aujourd’hui un poil vieillots, et surtout, une apparition dans le dernier acte ne parvient pas à insuffler le côté étrange et fantastique qu’il devrait. Des petits détails oui, car pour le reste, La Malédiction d’Arkham parvient à trouver un équilibre parfait entre narration et action, entre thriller et horreur, entre passé et présent, et donc entre Ward qui arrive avec sa femme en ville et Curwen, qui va rapidement prendre possession du corps de sa descendance pour continuer à accomplir ses rituels. Le reste, on le connait. Le fameux Necronomicon, les premières citations de créatures bien connues de Lovecraft sur le grand écran, à savoir Cthulhu et Yog-Sothoth, des hommes qui se changent peu à peu en créatures ressemblant plus à des poissons, du gothique partout, et un film qui parvient à tenir la route haut la main, sur même pas 1h30. Et inutile de le préciser, mais Vincent Price, lorsqu’il est possédé par son ancêtre, est magistralement diabolique à l’écran, mais ça plus personne n’en doutait depuis le temps. Dommage que quasi plus personne ne parle du film de nos jours, car oui, La Malédiction d’Arkham aurait pu n’être qu’une curiosité pour les fans, la première adaptation de Lovecraft malgré des débats houleux avec le distributeur, mais pourtant, on a là un vrai excellent film, solide à tout point de vue, intéressant.

Les plus
Visuellement sublime
Vincent Price impérial
Un étonnant très bon mix entre Lovecraft et Poe
L’ambiance gothique
Les moins
Un peu limité (vieillot ?) dans certains effets
En bref : La Malédiction d’Arkham réalisé par Roger Corman est une excellente surprise, et la première adaptation de Lovecraft sur grand écran. On retrouve l’ambiance visuelle des précédentes réalisations de Corman, pour un récit intéressant mené par le génial Vincent Price.
| A FEW WORDS IN ENGLISH | |
| THE GOOD | THE BAD |
| ♥ Visually gorgeous ♥ Vincent Price as always amazing ♥ A good mix between Lovecraft and Poe ♥ The gothic atmosphere |
⊗ Some effects are a bit limited, or old |
| The Haunted Palace directed by Roger Corman is a great surprise, and the first adaptation of Lovecraft on the big screen. You’ll find the visual atmosphere of Corman’s previous films, with an interesting story with Vincent Price as its core. | |




















