KINDS OF KINDNESS de Yorgos Lanthimos (2024)

KINDS OF KINDNESS

Titre Original : Kinds of Kindness
2024 – Etats Unis / Grèce
Genre : Comédie
Durée : 2h44
Réalisation : Yorgos Lanthimos
Musique : Jerskin Fendrix
Scénario : Yorgos Lanthimos et Efthimis Filippou

Avec Emma Stone, Jesse Plemons, Willem Dafoe, Margaret Qualley, Yorgos Stefanakos, Hong Chau et Tessa Bourgeois

Synopsis : KINDS OF KINDNESS est une fable en tryptique qui suit : un homme sans choix qui tente de prendre le contrôle de sa propre vie ; un policier inquiet parce que sa femme disparue en mer est de retour et qu’elle semble une personne différente ; et une femme déterminée à trouver une personne bien précise dotée d’un pouvoir spécial, destinée à devenir un chef spirituel prodigieux.

J’aime bien en général Yorgos Lanthimos, sans lui vouer un culte. Je sépare souvent les visions, car son style est loin d’être simple, et que ses films sont également loin d’être courts. Mais le fait d’avoir vu Bugonia en 2025 m’aura rappelé que je n’avais eu de séance de rattrapage pour son précédent métrage, ce fameux Kinds of Kindness, qui avait quelque peu divisé la critique et le public à sa sortie. Emma Stone et Jesse Plemons étaient déjà là, et quand en prime on me donne Willem Dafoe et Margaret Qualley, forcément, ça me donne doublement envie. Il fallait juste trouver le temps et la motivation pour caser 2h44 de Yorgos Lanthimos dans mon emploi du temps. Et au bout du compte, si je n’ai encore une fois pas trouvé l’expérience parfaite, notamment de par sa durée, qui épuise, j’ai néanmoins été séduit par la proposition, cette sorte de comédie noire absurde, qui traite de sujets, oui, bel et bien là, mais le fait avec le style du réalisateur, ce style bien à lui, qui semble manier l’humour entre un mix improbable entre un Quentin Dupieux pour son côté totalement absurde et du David Lynch, qui parfois, fait rire avec la simplicité de ses procédés (voir Twin Peaks the Return pour s’en convaincre). Kinds of Kindness, ce n’est pas une, mais trois histoires donc, avec les mêmes acteurs revenant à chaque histoire pour jouer un nouveau personnage Chaque histoire est un peu plus longue que la précédente, et en prime, Emma Stone a, au fur et à mesure des histoires, plus de temps à l’écran (elle n’apparaît tout de même qu’au bout de 33 minutes de film ici). La première histoire est, de mon point de vue, la meilleure. On peut l’expliquer de plusieurs façons. La surprise de l’entrée dans cet univers y joue peut-être également un peu. Ici, Jesse Plemons est Robert, un homme marié, avec un bon travail, mais dont la vie est dictée par son patron, ce grand Willem Dafoe, Raymond. Un patron évidemment que l’on ne veut pas contrarier, car, ben, c’est Willem Dafoe.

Et cette première histoire est pour moi un bijou d’humour, qui surprend au fur et à mesure, en poussant son concept toujours plus loin, avec ce patron contrôlant absolument chaque aspect de la vie de son employé, ayant même choisi sa maison, ses meubles, sa femme, prévoyant son planning chaque jour, mais pas seulement son planning de travail, non, son planning de vie, avec les repas, l’heure du réveil, si sexe il y aura ou pas. Le tout filmé le plus sérieusement du monde, avec ce sens du cadre toujours appliqué de la part du réalisateur et cette photographie qui fait mouche et collant beaucoup plus à un film noir qu’à une comédie. Mais comme dans Kinds of Kindness, on rigole de l’absurde et de l’horreur des situations, ça colle plutôt bien, et ça donne finalement au métrage un côté beaucoup plus sérieux qu’une simple comédie Américaine tournée simplement car le simple but est, après tout, de faire rire. Dans la seconde histoire, Jesse Plemons, oui toujours lui donc, joue Daniel, un flic dont la vie n’a plus de sens depuis que sa femme a disparue. Heureusement, on retrouve rapidement Emma Stone, Liz, survivante d’une catastrophe en mer, mais quelque chose cloche rapidement. Les petits détails, les petites attentions, les goûts, quelque chose semble différent chez Liz, Daniel ne reconnait pas sa femme et est persuadé qu’il ne s’agît donc pas de sa femme, et ça le rend malade. Et il se rend malade encore plus. Lanthimos pousse le concept d’humour très noir encore plus loin dans cette seconde histoire, et je l’admets, j’aurais ri à gorge déployée lors de certains moments pourtant horribles (le contrôle de police) ou déplacés (la fameuse vidéo souvenir de couple). Ça touche au but en allant toujours plus loin, et il est amusant de voir le film aujourd’hui, avec les deux acteurs jouant un concept plutôt similaire dans Bugonia l’année suivante.

Puis vont la troisième histoire, après quasiment 1h40 de métrage déjà, où nous suivons cette fois-ci Emma Stone, Emily, faisant partie d’un culte, à la recherche de quelqu’un détenant un pouvoir bien spécial. Evidemment, tous les autres acteurs sont toujours là, et Margaret Qualley aura même droit à un double rôle ici. L’humour est toujours là, toujours très noir, mais pour moi, ça commence un peu à tirer sur la corde en termes de durée, faisant de cette troisième histoire, malgré ce qu’elle a à nous raconter, et malgré sa chute finale absolument géniale dont je ne me lasserais jamais, l’histoire la plus faible du métrage. Maintenant, il est très difficile de juger et surtout de parler plus particulièrement de Kinds of Kindness dans les détails sans en dévoiler les rouages, et les plus belles chutes. C’est absurde, souvent très drôle, parfois violent et provocateur (même si rien d’insurmontable quand on a bouffé du cinéma extrême comme moi depuis son plus jeune âge), mais parvenir à faire en 2024 ce genre de film dans une industrie aussi apeurée par les risques, le faire en plus durer quasiment trois heures et en ayant un casting aussi solide, ça tient déjà du miracle et ça mérite au moins un coup d’œil et du soutien. C’est déstabilisant, ça peut sembler étrange, ça peut ne pas plaire (et ça se voit aux réactions qui vont du chef d’œuvre à son opposé), mais c’est unique, et donc précieux. Une sacrée expérience en tout cas.

Les plus

Un humour absurde que j’adore
Une mise en scène sérieuse
Emma Stone, Jesse Plemons, tout le monde est parfait
Une première histoire géniale
Une seconde parfois drôle et sanglante
La chute finale

Les moins

Quasi trois heures, et ça épuise sur la durée

En bref : Kinds of Kindness, c’est un peu fou, délirant, très drôle, parfois aussi provocateur, sanglant, étrange, dérangeant, et c’est le genre de film qui parvient à surprendre, et en vrai, ça fait un bien fou.

A FEW WORDS IN ENGLISH
THE GOOD THE BAD
♥ It’s so absurd, I love it
♥ Seriously made and filmed
♥ Emma Stone, Jesse Plemons, everyone is perfect
♥ The first story is awesome
♥ The second one is fun and bloody
♥ The finale
⊗ 3 hours and it’s exhausting
Kinds of Kindness is crazy, fun, very funny, sometimes provoking, bloody, strange, disturbing, and it’s the kind of film that easily surprise audience, and it feels good.

Une réflexion sur « KINDS OF KINDNESS de Yorgos Lanthimos (2024) »

  1. D’accord avec toi. Le film est quand même un peu long (et c’est un fan de Lanthimos qui dit ça !). Mais ça reste un super divertissement décalé, avec de super acteurs – j’adore Jesse Plemons, avec ma femme on est fans depuis BREAKING BAD. On est trop contents qu’il ait à ce point percer. Et comme tu dis, faire un tel film aujourd’hui, avec un vrai budget et tout, alors que l’industrie a peur de prendre des risques, c’est à saluer.

    Pas son meilleur film (ça va être difficile de faire mieux que LOBSTER/THE FAVOURITE/SACRED DEER) mais ça reste solide. Vivement que BUGONIA débarque sur Amazon !

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