THE FORBIDDEN DOOR (Pintu Terlarang) de Joko Anwar (2009)

THE FORBIDDEN DOOR

Titre Original : Pintu Terlarang
2009 – Indonésie
Genre : Thriller
Durée : 1h55
Réalisation : Joko Anwar
Musique : Aghi Narottama, Bembi Gusti, Gascoro Ramondo et Zeke Khaseli
Scénario : Joko Anwar

Avec Fachri Albar, Marsha Timothy, Ario Bayu, Otto Djauhari, Tio Pakusadewo, Henidar Amroe, Arswendi Nasution, Atiqah Hasiholan et Rio Dewanto

Synopsis : Gambir est un artiste blasé dont l’essentiel de ses œuvres se focalise sur des sculptures de femmes enceintes. Gambir semble de plus en plus perturbé par son travail, son rapport avec ses admirateurs et par sa relation compliquée avec sa femme. Alors que des événements troublants viennent perturber son quotidien, il découvre l’existence dans son atelier d’une mystérieuse porte cachée derrière un meuble. Sa femme lui demande de ne jamais l’ouvrir.

Si aujourd’hui, notamment depuis le succès de ces deux Satan’s Slaves, le nom de Joko Anwar est connu, et donc que ces films font un minimum parler d’eux, comme Impetigore ou récemment Grave Torture, ça n’a pas toujours été le cas, et sa carrière, elle n’a pas débuté avec les films cités, mais dès 2005. The Forbidden Door, Pintu Terlarang dans sa langue d’origine, c’est le troisième long métrage d’Anwar, qui a eu les honneurs d’une sortie HD et en physique aux Etats Unis, permettant aux curieux (moi donc) de découvrir ses débuts, voir comment tout a commencé, voir l’évolution de son cinéma, de ses thèmes. Et il y en a des choses à dire. Car The Forbidden Door est un film sacrément ambitieux. Trop d’ailleurs pour son maigre budget, et trop pour les capacités du réalisateur à l’époque, qui alterne donc moments de grâce, il est vrai, avec des moments beaucoup moins inspirés, plus faciles. Et puis, son casting, il souffle le chaud et le froid, avec des acteurs dans le bon ton, et d’autres qui semblent sortir d’un sitcom. Et surtout, avec ce métrage en particulier, Joko Anwar ne cherche à aucun moment à cacher ses influences. Ce qui est à la fois une qualité, quand c’est bien géré, et que bien entendu, ces influences nous parlent à nous, public, mais parfois un défaut, lorsque les influences sont trop appuyées et donc, que tout cela nous récompense par un manque de surprise. Mais il faut d’abord dire les choses, The Forbidden Door, malgré ses hauts et ses bas, n’est aucunement un mauvais film. Bancal, fragile, où tout ne fonctionne pas, mais obsédant, intéressant, et qui montrait déjà le genre d’ambiances qu’affectionne le réalisateur, son envie d’aller vers un cinéma certes considéré par beaucoup comme un simple cinéma de série B, mais avec des scénarios plus astucieux qu’ils n’en ont l’air.

The Forbidden Door est donc l’histoire de Gambir, un artiste torturé qui montre dès le début du métrage quelques soucis personnels. Notamment dans sa vie de couple, avec sa femme. Mais aussi via son art, puisqu’il le dira très tôt à son agent, il aimerait bien évoluer, faire autre chose que des sculptures de femmes enceintes. Voilà, entre ces sculptures de femmes enceintes, les bruits de couloir sur le fait que sa femme ne pourrait pas tomber enceinte, et le fait que sa mère s’en mêle et aimerait amener Gambir voir un docteur pour troubles de l’érection, tout n’est pas joyeux et on comprend assez vite vers quoi le film peut nous amener. Même s’il rajoute rapidement deux éléments, à la fois pour perturber un peu plus le personnage principal, mais aussi le public, en tentant de le troubler. Il y a cette fameuse porte donnant le titre au film, que Gambir découvre dans son atelier après avoir poussé un meuble, fermée avec un gros cadenas, et que sa femme l’implore de ne jamais ouvrir. Et d’un autre côté, il tombera en suivant un de ses amis sur une étrange société, qui, une fois que l’on devient membre, permet d’avoir accès dans une chambre à un réseau de caméra cachée montrant des atrocités, dont parfois, des maltraitances sur les enfants. Une base joyeuse qui pourrait permettre un thriller soutenu et glauque, simple et direct, mais Joko Anwar ne souhaite sans doute pas faire dans la simplicité. Néanmoins, déjà il faut l’avouer, ces intentions de thriller glauque et tendu trouve parfois ses limites, la faute à un casting bancal, parfois convaincant, parfois qui fera doucement sourire. Mais Anwar part donc chercher son inspiration, thématique, de ton, et même parfois visuelle, auprès d’un des plus grands réalisateurs Américain, et RIP à mon réalisateur favori en passant. Oui, c’est vers David Lynch qu’il se tourne. Parfois subtilement, parfois beaucoup moins.

On y retrouve des éléments voyants mais qui fonctionnent, des plans qui semblent parfois venir carrément de certains œuvres (l’architecture de la maison et son héros répondant à la sonnette renvoie à Lost Highway, certains plans sur des roses avec en arrière-plan des barrières blanches renvoie évidemment à Blue Velvet. Mais ce n’est pas tout, car Anwar reprend également la logique du rêve assez souvent. Dommage que là aussi, tout ne fonctionne pas, la faute à parfois un scénario qui s’éparpille un peu trop, et à d’autres moments, des choix de mise en scène, que ce soit par contrainte budgétaire ou non, qui mettent la puce à l’oreille un peu trop rapidement, sur ce qu’un lieu ou un personnage pourrait symboliser. C’est dommage, même si pas mauvais pour autant, juste un peu maladroit, trop ambitieux. Quant à sa dernière ligne droite, The Forbidden Door effectue encore un virage à 180 degrés, partant presque dans le cinéma d’exploitation pur et dur, comme si le réalisateur, comme le personnage principal, relâchait enfin toutes les émotions négatives qu’il essayait de contenir jusque-là. Comme quoi, l’esprit humain est une chose terrible. Dommage que là aussi, dans ses tout derniers instants, le métrage tente encore d’en faire un peu plus, et c’est de trop. Découvert des années après, et après des œuvres bien plus maitrisées, The Forbidden Door pourrait être considéré comme une déception, mais remit dans son contexte d’un tout petit film de début de carrière, c’était, justement, un film plus que prometteur.

Les plus

Une ambiance parfois bien glauque
La scène du repas
Des influences plaisantes

Les moins

Mais des influences parfois trop marquées
Un casting inégal
Sans doute trop ambitieux

En bref : The Forbidden Door est un thriller glauque et violent lorgnant clairement du côté de David Lynch pour son atmosphère et son côté parfois onirique. Pas parfait, de par son casting, son budget et d’autres éléments, l’effort est cependant louable et démontrait déjà que Joko Anwar était un réalisateur à suivre.

A FEW WORDS IN ENGLISH
THE GOOD THE BAD
♥ A creepy atmosphere, tensed
♥ The meal’s scene
♥ Some nice influences
⊗ But some influences are straight in your face
⊗ An uneven cast
⊗ Maybe too ambitious
The Forbidden Door is a dark thriller, violent, with a David Lynch’s atmosphere, almost dreamy. Not perfect, because of the cast, the budget and other things, but a very nice try showing us that Joko Anwar was a director to follow.

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