Titre Original : 夜勤事件
2026 – Japon
Genre : Fantastique
Durée : 1h23
Réalisation : Nagae Jirô
Musique :
Scénario : Chilla’s Art
Avec Minami Kotona, Takezai Terunosuke, Seki Tetta, Tanaka Shunsuke, Gozu Takeo, Sakurai Atsuko, Kato Natsuki et Sakamoto Makoto
Synopsis : Yukino travaille à temps partiel dans un petit konbini. Mais tout prend une tournure plus dramatique après la découverte du manager, tué. La police enquête, et la jeune femme revient sur les événements étranges des jours précédents.
Quand on aime les jeux horrifiques totalement indépendants, on connait sur PC les jeux développés par Chilla’s Art. Et la liste des jeux est immense, le développeur prenant presque en réalité chaque élément connu de la culture Japonaise, que ce soit des lieux iconiques, des lieux fréquentés, ou des légendes déjà existantes. Si bien que dans le catalogue de Chilla’s Art, on trouve un Inunaki Tunnel, un The Ghost Train, Night Delivery, Yuki Onna, Hanako San, The Karaoke, Shinkansen 0, Jisatsu, ou The Convenience Store, qui nous intéresse aujourd’hui puisque son jeu a été adapté au cinéma. Quoi de plus normal, quand on voit le carton à l’international d’Exit 8, présenté à Cannes, ayant eu droit à une sortie sur les écrans Américains, et une sortie Blu-Ray chez nous. C’était le bon moment. Et le projet, scénarisé par Chilla’s Art, il arrive entre les mains de Nagae Jirô. Pas un mauvais choix là-aussi, car si nous avons là un réalisateur qui œuvre souvent sur des petits films (en budget, durée, ambitions parfois aussi), il le fait souvent avec sérieux déjà, mais surtout il correspond plutôt bien à un projet censé se dérouler la plupart du temps dans un konbini, ces petites supérettes de quartier que l’on trouve partout, sont ouvertes H24, tous les jours, et que quiconque va au Japon y mettra forcément les pieds. Et puis Nagae Jirô, je l’aime bien, même quand c’est bancal et décevant. Entre les petits films, les vrais V-Cinema, les faux V-Cinema (à l’heure du streaming, on ne sait plus à force), les films faisant parti d’anthologie, sa carrière a toujours été portée vers l’horreur, et depuis ses débuts, je l’aime bien. Le premier Kisaragi Station (sur une légende urbaine), son Samejima Incident plutôt sympa, son Kotsutsubo, Kokkuri-San ou encore Nightmare Resort… jamais des grands films, mais des honnêtes divertissements. Presque de quoi me faire oublier qu’il m’a bien fait souffrir avec son Curse of Twitter, sans doute l’un des pires films du genre.
Mais là pour le coup, oui, il était le bon choix. Car dès sa scène d’ouverture, il se sert de ses expériences passées pour mettre en image de manière convaincante un début classique de partie dans un jeu Chilla’s Art. A savoir, un personnage qui se rend sur le lieu principal de l’action, de nuit, en vue subjective, réutilisant donc le fameux procédé qu’il avait déjà un poil utilisé sur les deux Kisaragi Station, mais surtout sur son film FPS, intégralement filmé ainsi. Ça fonctionne, et voir ce personnage quitter sa maison, traverser une petite rue, un pont, entrer dans le supermarché et commencer son travail, ça le fait, ça rend bien, ça rend bien hommage au jeu, et c’est techniquement appliqué (oui, pas de reflets d’équipe techniques dans les miroirs, ni de la caméra accrochée sur l’actrice). Notre personnage, c’est Yukino, étudiante, qui travaille dans ce konbini à mi-temps, et qui va raconter à la police les quelques jours ayant menés à la découverte du cadavre du manager du magasin. Simple. Jamais exceptionnel mais compétent. Et surtout, Nagae Jirô aura su m’impressionner sur un point, à savoir sa technique. Non pas qu’il se soit trouvé l’âme d’un auteur, ou que son budget soit explosif tout à coup, mais il alterne les moments en vue subjective et les moments filmés plus traditionnellement avec une réelle fluidité, se permettant quelques mouvements de caméra bien vus. Encore une fois, jamais innovants, jamais renversants, mais à une heure où un peu partout, ce genre de tout petits films souffrent d’une mise en scène proche du néant, avec des plans se contentant de suivre les acteurs, ici, cela fait toujours plaisir de voir de vrais plans, un vrai montage, des tentatives pour poser une atmosphère via des plans élégants. Dans la forme donc, même si cela reste une minuscule production, c’est plutôt convaincant. Malgré certains défauts persistants du réalisateur.
Notamment lorsqu’il doit enfin montrer l’horreur, ou les esprits, et qu’il le fait frontalement, de manière peu subtile, et donc, jamais effrayante, à coups de jumpscares (même si le film y va mollo sur le son, merci à lui). Et le fond ? Le fond, c’est à la fois correct, dans le sens où l’adaptation est fidèle, et comme le jeu, joue plutôt adroitement sur les petites peurs du quotidien. Se retrouver, à travailler de nuit, seule, où le son d’un client entrant dans le magasin vient briser le silence, et que l’on peut tomber sur n’importe qui. Mais c’est aussi une faiblesse pour le film, car la majeure partie du temps, il ressemble un peu trop à une structure de simple jeu vidéo, avec quatre nuits qui sont racontées, qui s’enchainent, et qui donnent toujours une rencontre incongrue (une vieille dame étrange, quelqu’un venant livrer un paquet, un petit garçon), mais plutôt clichée dans le genre, et on a rarement l’impression de voir une réelle intrigue progresser, mais plutôt un enchainement de niveaux, comme dans le jeu justement. Et ce même si la seconde partie change de point de vue en adoptant celui des enquêteurs, histoire justement de tenter de lever le voile sur le mystère. Pas désagréable, surtout que le film est encore une fois court, divertissant quand on sait à quoi s’attendre, mais pas mal de spectateurs risquent de tomber de haut en imaginant sans doute un film plus surprenant, plus effrayant, et surtout plus friqué, à l’image d’Exit 8 justement.

Les plus
Filmé sérieusement comme toujours avec Nagae
Une adaptation assez fidèle
Court et divertissant
Des efforts de mise en scène
Les moins
Des moments frontaux un peu ratés
Jamais effrayant
La moitié du temps, une structure de jeu vidéo
En bref : Nagae Jirô s’attaque à l’adaptation du jeu The Convenience Store, se servant de ses expériences passées, notamment avec Kisaragi Eki et FPS, pour livrer un métrage plutôt bien rodé malgré son budget limité, mais pour un public qui sait dans quoi il se lance.
| A FEW WORDS IN ENGLISH | |
| THE GOOD | THE BAD |
| ♥ Nicely filmed, like always with Nagae ♥ A faithful adaptation ♥ Short and entertaining ♥ Visually, a lot of effort |
⊗ Some horror moments are too much in your face ⊗ Never really scary ⊗ Half of the time, the narration looks like a video game |
| Nagae Jirô tries to adapt a video game with The Convenience Store, using his past experiences, mainly Kirasagi Station and FPS, to deliver a film well made despite its limited budget, clearly for an audience knowing what the film tries to do. | |





















Yep, sympathique comme tu dis, avec de vrais efforts de mis en scène effectivement, deux/trois coups sont vraiment bien ficelés – et d’autres moins hélas.
C’est souvent toujours comme ça avec Nagae, on alterne les bons coups et les trucs beaucoup moins glorieux, mais il le fait au moins avec honnêteté, il aime ce qu’il fait et le genre. Contrairement à Nakata qui continue d’être dans le genre alors qu’on sent bien que ça ne l’intéresse plus.
Tu as raison, c’est intéressant ta comparaison avec Nakata. D’ailleurs en parlant du monsieur, on a vu la conclusion de sa trilogie au sujet du piratage et des smartphones hackés… Et c’était le plus mauvais des trois films (c’est dire le niveau).
J’ai les trois films, ainsi que les deux films dont j’ai oublié le noms (JIKO BUKKEN? Bon, un truc de fantôme encore quoi). Et même pas encore regardé un seul. Il faudra car bon, on suit sa carrière depuis ses débuts, j’avais même vu son film à sketchs de 1992, je me demande même si j’ai pas toujours le dvd quelque part. Mais pfiou. Un nouveau Nakata, je prend et je laisse trainer. Un nouveau Nagae étonnement, je regarde vite 😀