COSMOPOLIS de David Cronenberg (2012)

COSMOPOLIS

Titre original : Cosmopolis
2012 – Canada – France
Genre : Drame
Durée : 1h49
Réalisation : David Cronenberg
Musique : Howard Shore et Metric
Scénario :  David Cronenberg d’après le roman de Don DeLillo

Avec Robert Pattinson, Juliette Binoche, Sarah Gadon, Mathieu Amalric, Kevin Durand, Jay Baruchel et Paul Giamatti

Synopsis : Dans un New York en ébullition, l’ère du capitalisme touche à sa fin. Eric Packer, golden boy de la haute finance, s’engouffre dans sa limousine blanche. Alors que la visite du président des Etats-Unis paralyse Manhattan, Eric Packer n’a qu’une seule obsession : une coupe de cheveux chez son coiffeur à l’autre bout de la ville. Au fur et à mesure de la journée, le chaos s’installe, et il assiste, impuissant, à l’effondrement de son empire. Il est aussi certain qu’on va l’assassiner. Quand ? Où ? Il s’apprête à vivre les 24 heures les plus importantes de sa vie.

David Cronenberg n’a jamais été un réalisateur facile, à quelques projets plus commerciaux près. Enchaînant films cultes sur films cultes en début de carrière (Rage, Chromosome 3 – stupide titre français), Scanners, Videodrome), il fait sa première adaptation d’un livre en 1983 avec Dead Zone. Adapté d’un roman de Stephen King, le film cartonne. A partir de là, Cronenberg va continuer d’explorer ses thèmes tout en adaptant, quasiment un film sur deux, des romans. La Mouche (son plus grand succès, un remake), Faux Semblants, Le Festin Nu (adaptation réussie d’un roman réputé inadaptable), M Butterfly, Crash (adaptation encore d’un roman réputé inadaptable, le plus mauvais Cronenberg à mon goût),  ExistenZ, Spider (encore une adaptation). Spider marque un tournant dans sa carrière, et les films de Cronenberg semblent moins personnels, tout en restant violents : A History of Violence, classique mais impeccable en mise en scène et Les Promesses de L’ombre, bien plus réussi et prenant. En 2012 dans les salles françaises, ce sont deux nouveaux films. En Janvier, A Dangerous Method, film intéressant et pertinent sur la psychanalyse, que de nombreux spectateurs trouvent chiant et classique, et ce Cosmopolis, nouvelle adaptation d’un roman réputé inadaptable datant du début des années 2000 et écrit par Don DeLillo.

Cronenberg l’avoue, il a écrit le scénario en 6 jours, et les 3 premiers jours, il a uniquement recopié mot pour mot les dialogues du roman. Cosmopolis devient alors un film extrêmement dialogué, mais aussi extrêmement fidèle au roman, à quelques exceptions près (la fin et quelques petites modifications). Ce qui va dérouter plus d’un spectateur. Moi le premier lors de la vision du film au cinéma. Cosmopolis m’est apparu comme un film énigmatique, trop long, un film extrême et contrasté. Superbe mise en scène, acteurs parfait également (je n’aurais jamais pensé dire ça de Robert Pattinson), une bande son comme d’habitude signée Howard Shore, en collaboration avec le groupe Metric (groupe Canadien que j’adore) absolument géniale, des scènes mythiques et prenantes (le garde du corps, les émeutes dans la rue, la très longue scène finale – 20 minutes), et à côté de ça, des dialogues inutiles, quelques scènes trop longues. Un film contrasté, un film d’opposés, un film qui va emmerder la moitié des spectateurs et fasciner l’autre moitié. En DVD, le film passe beaucoup mieux, de nouvelles clés se révèlent, tout en restant un film totalement fascinant et un film de contrastes.

Cosmopolis nous narre donc une journée de la vie de Eric Packer, milliardaire de 28 ans qui traverse New York dans sa limousine, traversant les émeutes pendant la venue du président dans la ville, avec une seule envie en tête : aller chez le coiffeur. On retrouve des thèmes chers à Cronenberg : le sexe, le pouvoir. Mais Cosmopolis s’axe beaucoup plus dans l’optique de son nouveau cinéma, comme un mix entre Spider et A Dangerous Method. Cosmopolis est un voyage dans la tête et dans l’univers de Eric Packer, enfermé dans sa limousine, insonorisée, où il a la même routine tous les jours. Surveiller la bourse, gagner de l’argent, s’envoyer en l’air, des rendez vous d’affaires, et son rendez vous journalier avec un docteur. Sa gigantesque limousine le coupe du monde extérieur, Eric vit dans son monde, a une vision limitée du monde, et ne se préoccupe que de ça. Dans ce sens, Cosmopolis est proche de Spider, nous sommes en pleine introspection d’un personnage. Dans Spider, Ralph Fienes ne parlait quasi jamais, dans Cosmopolis, Eric passe son temps à parler. De sexe, de la bourse, de l’argent qu’il perd. Car notre voyage avec lui se déroule le jour où tout va basculer. Perdant son argent à vitesse grand V, perdant la fille qu’il veut, ne comprenant plus le monde, Eric cherche une évasion, il veut plus. Une évasion impossible de par son garde du corps, en permanence avec lui, qui le coupe encore plus du monde qui l’entoure. Eric se retrouve lui même prisonnier du monde qu’il s’est créé. Et même si le film parle de sexe, de violence, de pouvoir et d’argent (de nombreux dialogues, notamment en début de métrage, pourront en faire fuir plus d’un), tout n’est ici que retenue, comme il l’avait déjà fait avec son autre film « cérébral » cette année : A Dangerous Method. La violence est là, elle ne demande qu’à exploser, qu’à sortir, ce qui la rendra plus surprenante. Le sexe est bel et bien présent, mais on sera bien loin des scènes de Vidrodome ou Crash.

Cronenberg est même un des seuls réalisateurs ayant débuté dans les années 70 (Frissons en 75) qui arrive encore à se renouveler, quitte à perdre des fans en route, et ce en gardant ses thèmes de prédilections. Il suffit de regarder ce que sont devenus Argento (Giallo, Dracula 3D…), Brian De Palma (Le Dahlia Noir) ou encore Carpenter, ne tournant quasi plus et se cassant moins la tête (il n’écrit plus, il ne compose plus ses musiques). Cronenberg continue son exploration de son propre cinéma en évitant la redite et en livrant des œuvres encore une fois difficiles d’accès (les sujets, le nombre incroyable de dialogues, l’unité de lieu – 80% du film se déroule dans la limousine) tout en ayant quelque chose à raconter. Cosmopolis ne plaira pas à grand monde, mais si l’on sait à quoi s’attendre, reste un grand moment de cinéma, peuplé de scènes venues d’ailleurs, d’humour totalement absurde (« Ma prostate est asymétrique »), dans une ambiance étrange et prenante, aidé par des acteurs totalement investis, ne venant, pour la plupart (à l’exception de Robert Pattinson, présent dans toutes les scènes) que le temps d’une scène et un score musical tout en retenu totalement fascinant. Cosmopolis est une quête, un voyage dans l’univers d’un personnage perdant tout en si peu de temps, une remise en question, mais également un film totalement réaliste de par son sujet. Pas le meilleur Cronenberg, mais un grand film tout de même, se terminant sur une scène finale de 20 minutes de dialogues où l’intensité et la tension monte minute après minute. Et ça, c’est aussi un petit exploit, surtout que les dialogues (oui, venant de Don DeLillo et non Cronenberg, sont souvent extrêmement bien écrits.

Les plus

Les dialogues (venus du bouquin) extraordinaires

Le score de Howard Shore et Metric

Robert Pattinson bon quand il sort de Twilight

Un film intéressant

Quelques scènes bien marquantes

Les moins

Que du dialogue, tout le monde ne va pas adhérer

Trop space et intélo pour certains

En bref: Cronenberg est un des rares metteurs en scène de sa génération à continuer son univers tout en changeant radicalement son cinéma. Il se renouvelle. On adhère, ou pas du tout, mais Cosmopolis reste un film intéressant, bien que difficile d’accès.

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