FULL METAL JACKET de Stanley Kubrick


FULL METAL JACKET

Titre original : Full Metal Jacket
1987 – Etats Unis / Angleterre
Genre : La guerre, c’est moche
Réalisation : Stanley Kubrick
Musique : Abigail Mead
Scénario : Stanley Kubrick, Michael Herr et Gustar Hasford, d’après le roman de Gustarv Hasford
Avec Matthew Modine, Adam Baldwin, Vincent D’Onofrio, R. Lee Ermey, Dorian Harewood, Kevyn Major Howard et Arliss Howard

Synopsis : La guerre du Vietnam vu à travers les yeux du Marine américain J.T. Davis, de son entraînement jusqu’aux affrontements contre le Vietcong.

Stanley Kubrick a un cinéma très froid, tout est filmé avec une certaine distance, tout est millimétré, et malgré la distance certaine, tout est filmé frontalement. La violence, le sexe, tout. Kubrick, c’est un réalisateur qui divise. Il y a ceux qui adorent justement pour sa mise en scène affutée, et ceux qui détestent en trouvant ces films longs, chiants et prétentieux. Je fais parti de la première catégorie, j’adore Kubrick. Pas tous ces films puisque le réalisateur aura travaillé sur quasiment tous les genres au fur et à mesure de sa carrière, et que certains genres m’attirent plus que d’autres. Spartacus par exemple est un péplum, et moi je n’aime pas franchement les péplums. Barry Lyndon est un film d’époque, et je ne suis pas fan des films d’époque également. 2001 : L’Odysée de l’Espace est un film de science fiction, et autant j’adore le film, autant à chaque vision, je trouve la première partie un peu trop longue, avant d’être hypnotisé par la suite. Mes préférés resteront toujours Orange Mécanique (découvert lors de son premier passage à la télévision en 1996, j’avais 10 ans, vous imaginez le choc donc), The Shining (oui je n’aime pas le roman donc voilà), Docteur Folamour (cet humour), Full Metal Jacket qui nous intéresse aujourd’hui et Eyes Wide Shut (que j’avais vu au cinéma, j’avais 13 ans). Full Metal Jacket donc, un film qui me fait remarquer une chose : mes films de guerre préférés parlent plus de comment la guerre change les personnages que de la guerre en elle-même. Oui, Full Metal Jacket trône aux côtés d’Apocalypse Now sur le podium des meilleurs films du genre pour moi, en plus d’être de très grands films de cinéma tout court. Le film est donc découpé en deux parties radicalement différentes. D’un côté, l’entraînement de nos personnages à l’armée, la découverte du milieu, de ses règles, et du chef instructeur surtout, et de l’autre, la guerre, l’horreur, l’horreur du monde qui nous entoure.

Si j’admets volontiers avoir une nette préfère pour la première partie, c’est sans aucun doute car elle n’est pas dénuée d’humour malgré son ton noir. Kubrick, contrairement à la majorité des films de guerre, fait le choix de se concentrer sur l’être humain victime de la guerre, de cette machinerie qui envoie des humains se faire déchiqueté par des mines, des obus et des tirs en rafale, plutôt que de nous montrer l’héroïsme Américain. Kubrick nous montre comment l’armée retire l’individualité de ses personnages pour les amener à la guerre, pour les forcer à faire machinalement ce qu’on leur demande au prix de leur vie. La première heure se déroule donc dans une caserne, où nous rencontrons les deux personnages les plus marquants du métrage, et ironiquement, les deux personnages absents de la seconde partie. D’un côté, le sergent Hartman (énorme R. Lee Ermey), passant son temps à crier, à rabaisser les autres, à donner des ordres, et de l’autre le soldat Leonard (tout aussi énorme Vincent D’Onofrio), sujet de toutes les moqueries à cause de son poids, de son intelligence, et de son incapacité à réussir. Deux personnages opposés, complémentaires, et dont l’issue de leur conflit ne peut être réglé que par la violence. Car après tout, nous sommes chez Kubrick, et la violence règle souvent bien des choses, on le sait depuis le temps. Cette première partie est donc excellente, les dialogues sont affutés, certains moments font rire, mais d’autres sont paradoxalement ultra durs. Le point culminant étant bien entendu le final de cette partie, glaçant grâce à la mise en scène comme toujours millimétrée de Kubrick, le score musical d’ambiance d’Abigail Mead et le jeu d’acteur de Vincent d’Onofrio, totalement habité. Paradoxalement, bien qu’allant dans le sens du film, on pourra reprocher que le narrateur du film soit le soldat « Joker », à la personnalité moins intéressante.

Mais après tout, l’armée ne veut pas de soldats à la forte personnalité ou de soldats qui pensent, ils ne veulent que des soldats prêts à aller à la guerre et à mourir pour leur pays. Après cette première heure magistrale, Kubrick nous emmène alors dans un autre univers, pendant la guerre, le tout dans une ambiance un peu plus pop dans un premier temps. Il suffit de voir le choix des musiques, avec Nancy Sinatra (These Boots are Made for Walking) ou encore The Trashmen (Surfin’ Bird). Il nous montre un côté de la guerre que l’on voit peu, un côté froid, avec un ton plus grave, mais absolument pas héroïque, loin de là. Les personnages côtoient la mort à chaque instant, se retrouvent face à l’absurdité de la guerre, de la vie, de la mort, et donc de l’humain en quelque sorte, continuité logique de ce que l’armée a fait d’eux durant la première partie, des êtes censés être dénués d’humanité. Le message est clair. We are in a World of Shit ! Kubrick nous livre encore des moments visuellement sublimes, des moments durs où il questionne l’utilité de la guerre. Après une telle expérience, comment regarder le monde et les humains qui nous entourent ? La guerre nous transforme quoi qu’il arrive, et il faut se battre, pour survivre. Full Metal Jacket est un grand film. Sa première partie est certes dans le fond plus divertissante par l’absurdité de ces situations, tandis que sa seconde partie est bien plus dure et réaliste, et dénonce la guerre, et Kubrick livre un film unique, encore un dans sa carrière. Des films comme ça, j’en voudrais plus souvent, des films qui ont des choses à dire, ne nous prennent pas forcément par la main, et surtout qui parviennent à surprendre, dans leur narration, dans le ton employé également.

Les plus

Une première partie parfois amusante, mais tragique
Vincent D’Onofrio et R. Lee Ermey
Le message sur la guerre
Maîtrisé à tous les niveaux

Les moins

Une seconde partie malgré tout un peu moins bonne

 

En bref : Kubrick signe un grand film de guerre, parlant plus de l’homme et de sa déshumanisation pour la guerre que de celle-ci en elle-même. Et ça fonctionne, entre moments tragiques, moments comiques et horrible réalité.

6 commentaires

    1. Maintenant le film a sans doute perdu un peu de son impact, la violence était toujours plus forte au cinéma.
      Et oui, 10 ans, premier passage sur Canal +, ma mère l’avait enregistré, m’avait également interdit de le voir, mais j’avais profité de son absence pour le voir malgré tout. Elle n’a pas trop apprécié quand elle l’a apprit mais bon.
      Merci en tout cas 🙂

    1. Oui sans doute car comme je le disais, il a l’habitude de montrer la violence, tout comme le sexe, tels qu’ils sont, frontalement, sans détours, d’où les polémiques souvent sur ces métrages. C’est plutôt dans l’univers qui l’entoure que Orange Mécanique a peut-être un poil vieillit (ce qui ne m’empêche pas de l’adorer et que ce soit un de mes films préférés), en tout cas si j’en crois les quelques avis autour de moi. Ça me donne d’ailleurs envie de le revoir tout ça, et de relire le roman dans la foulée.

      1. Le film est extrêmement fidèle au roman dans mes souvenirs. Le roman contient juste plus de mots inventés pour l’univers, d’où le petit lexique à la fin pour que l’on ne soit pas trop paumé, car ça demande un petit temps d’adaptation.

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