THE LOST de Chris Siverston


THE LOST

Titre original : The Lost
2006 – Etats Unis
Genre : Policier
Réalisation : Chris Siverston
Musique : Tim Rutili
Scénario : Chris Siverston d’après le roman de Jack Ketchum
Avec Marc Senter, Shay Astar, Alex Frost, Megan Henning, Robin Sydney, Michael Bowen et Erin Brown

Synopsis : Ray Pye, 19 ans, décide de tuer dans la forêt deux jeunes femmes. Ses amis Jen et Tim sont témoins et l’aident à cacher les corps. 4 ans plus tard, Ray n’a jamais été arrêté pour son crime, mais les flics du coin savent qu’il est coupable, ils ne peuvent juste pas le prouver. Le détective Charlie Schilling pense qu’il est temps de faire quelque chose.

The Lost, c’est l’histoire dérangée d’un mec tout aussi dérangé qui met des canettes de bières écrasées au fond de ses bottes pour avoir l’air plus grand. Oui, dés le départ, notre personnage principal, le sociopathe (ou psychopathe, ou les deux) Ray Pye nous apparaît comme un homme bien dérangé. Et nous allons le suivre, durant deux heures, deux heures où l’on va s’interroger la plupart du temps sur la direction que prend le film, sur l’endroit où il veut nous amener, avant de nous mettre dans la face un final grotesque et violent que l’on n’oubliera pas de sitôt. The Lost, c’est accepter de plonger avec le film dans les méandres d’un esprit malade qui ne va pas aller en s’arrangeant, accepter de prendre une route faite de sexe et de violence dans la psyché d’un homme qui ne sait plus où commence le bien et où commence le mal, voir qui en oublie carrément les définitions pour poursuivre sa route et essayer d’écrire son histoire. Il est le héros du film après tout, et si le spectateur ne le comprend pas, Ray ne se comprend pas non plus, mais il avance dans sa vie, cherchant quelque chose qu’il ignore. Un but à sa vie peut-être ? The Lost est donc une plongée assez vertigineuse dans le psychè de ce personnage paumé, déroutant, que l’on aura du mal à aimer et qui pourtant pourra par instant s’avérer sympathique, un homme qui souhaite qu’on le remarque (s’il veut paraître plus grand, ce n’est pas pour rien), un homme qui veut être aimé (il enchaîne les conquêtes et a une collection de bagues pour faire plaisir à toutes ces conquêtes), mais qui au fur et à mesure de ses choix (discutables) ne fait qu’augmenter sa solitude et sa confusion. Le titre nous le dit cash, Ray est perdu.

Il est très difficile de parler de The Lost, tant le réalisateur fait le choix de nous plonger dans le mental de son personnage principal, et donc, de nous plonger dans un état de confusion volontaire, et qui ma foi, fonctionne parfaitement. The Lost n’est pas forcément un film agréable à encaisser, mais c’est une expérience que l’on oublie pas de sitôt. Et c’est un film qui semble avoir été fait en famille. Chris Siverston, le réalisateur, avait débuté en effet en étant co-réalisateur de All Cheerleaders Die en 2001, en compagnie de Lucky McKee, qui se fera connaître dés l’année suivante avec May. Lucky McKee justement est producteur de The Lost, et le film adapte un roman de Jack Ketchum, qui collaborera par la suite avec McKee, en écrivant avec lui The Woman d’après son propre roman. The Lost a donc été fait en quelque sorte en famille. Chris Siverston prouve qu’il sait ce qu’il veut, et n’y va pas par quatre chemins. Il veut déranger, nous plonger dans la confusion du personnage, et il y parvient sans cesse. Un réalisateur qui a clairement un style qu’il adapte à ses projets, et qui y va à fond, malgré des critiques souvent incendiaires (I Know Who Killed Me, pour rappel, gagnant de 8 Razzie Awards, four au box office, maltraité par les critiques). Ici, il mélange clairement différentes techniques de cinéma, donnant un style assez difficile à définir (comme le genre du film au final non ?), donnant un aspect assez années 70 (voir début 80) à son métrage, tout en utilisant parfois des techniques de montage et de mise en image beaucoup plus récentes. Un style assez déstabilisant, mais qui finalement, ne fait que contribuer au destin de Ray.

Il est en ce sens assez rare de voir des films aller aussi loin dans leur « délire », où la mise en scène suit le propos quitte à laisser une bonne partie des spectateurs sur le bas côté, face à un film qui essaye de brouiller les pistes, la temporalité, voir sa narration. The Lost, passé son introduction (où l’on retrouve d’ailleurs l’actrice Erin Brown, très peu vêtue, ainsi que son amie Ruby LaRocca), nous offre une très lente plongée en enfer, une plongée vertigineuse de 1h30, avant que Ray ne pète finalement un câble, et, comme incapable d’être à la hauteur de la vision qu’il a de lui-même, prend son fusil, et décide qu’il est grand temps de montrer au monde extérieur ce dont il est capable, quitte à faire sauter quelques têtes durant le processus, à enfermer des femmes dans le coffre de sa voiture et à tuer les gêneurs en pleine rue. The Lost alors nous balance en pleine face un tourbillon de violence cru qui pourra déranger. Comme sa lente première partie assez obscure, la suite ne va pas plus ménager le spectateur, nous envoyant frontalement tout ce que le film sous entendait jusque là. Saluons d’ailleurs tout simplement la prestation de Marc Senter dans le rôle principal, totalement investi et nous faisant tout simplement oublier le reste du casting, ou du moins l’éclipsant totalement. Jouant sur les apparences, essayant d’être au niveau de ses propres standards mais également de ceux des gens extérieurs, il se lâche totalement dans la dernière partie, arrivant à être même flippant par instant. Rien d’étonnant à ce que le métrage n’ai pas vraiment trouvé son public, puisque Chris Siverston nous invite à un voyage qui va jusqu’au bout de ses idées sans se soucier de rien d’autre, quitte à être une œuvre qui ne se laisse pas percer à jour.

Les plus

Marc Senter
Un film déstabilisant qui y va à fond
Une plongée dans le mental dérangé d’un homme dérangé

Les moins

Un film qui ne ménage pas du tout le spectateur

 

En bref : Entre drame, horreur, thriller, film psychologique, The Lost dérange et ne ménage pas le spectateur pour le faire plonger avec son personnage tout au fond du gouffre.

6 commentaires

    1. J’adore THE WOMAN, même si je suis d’accord, c’est brutal, dans son imagerie et dans son propos, à ne pas mettre devant tous les yeux.

  1. Même si je le trouve moins puissant que The Woman ou The Girl Next Door, The Lost reste fidèle à l’univers de Jack Ketchum : viscéral, secouant, nihiliste et cruel. D’ailleurs, la participation d’Erin Brown (aka Misty Mundae) mériterait de figurer parmi les « plus » du film…

    1. Je n’ai pas lu le roman qu’adapte THE LOST, mais peut-être que le roman est dans le fond un peu moins puissant déjà que les autres oeuvres de Ketchum ? Car en soit, le film est très bon, mais oui, moins bon que les autres. Sans doute aussi un peu moins accessible je dirais, je ne suis pas certain que le « grand public » tiendra sur toute la durée du film.
      Ha ha, j’ai hésité en plus, surtout qu’elle « ouvre » le film en apparaissant cash, mais bon, comme son rôle reste minime et que je parle de beaucoup de films avec elle déjà, je n’ai pas voulu faire « mon fan » 😉 Pour l’anecdote en tout cas Erin Brown est très sympathique (tout comme le réalisateur, avec qui j’ai pu un peu parler par mail plus tôt dans l’année).

      1. Et il y en aura d’autres, j’ai quelques raretés de son temps en tant que Misty Mundae (donc de l’érotisme), et quelques films très récents avec elle dans le genre horrifique. Plus quelques surprises pour l’année prochaine mais je ne peux rien dire.

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