TWIN PEAKS THE RETURN de David Lynch


TWIN PEAKS THE RETURN

Titre original : Twin Peaks The Return
2017 – Etats Unis
Genre : Série made in Lynch
Réalisation : David Lynch
Musique : Angelo Badalamenti
Scénario : David Lynch et Mark Frost
Avec Kyle MacLachlan, Sheryl Lee, Michael Horse, Chrysta Bell, Miguel Ferrer, David Lynch, Robert Forster, Kimmy Robertson, Naomi Watts, Laura Dern et Harry Goaz

Synopsis : 25 ans se sont écoulés depuis le meurtre de Laura Palmer. Dale Cooper, bloqué pendant tout ce temps dans la Red Room, parvient à refaire surface dans notre réalité en tant que Dougie, employé d’une compagnie d’assurance marié à Las Vegas, tandis que son double maléfique erre. Gordon Cole, le chef du FBI, replonge dans les mystères de la petite ville de Twin Peaks alors que le corps décapité du major Briggs fait surface avec de nouveaux mystères…

En 1990, Twin Peaks avait marqué à tout jamais le monde de la télévision. David Lynch et Mark Frost, les deux créateurs derrière la série, prouvaient à la chaine ABC que tout était possible. Une histoire qui se suit d’épisodes en épisodes, une vraie mise en scène, un mélange entre soap, intrigue policière, fantastique et expérimentations. Mais Lynch, peu présent sur la saison 2 pour cause du tournage de Sailor et Lula, laissa les scénaristes dans une impasse. La chaine ABC demanda en effet de dévoiler l’identité du tueur de Laura Palmer, et les scénaristes se sont retrouvés bloqués, ne plus sachant vraiment quoi raconter. En résultat une audience décevante, une seconde moitié de saison un peu bancale, avant que Lynch ne revienne pour le dernier épisode et nous balance un uppercut direct dans la face avec un dernier épisode totalement expérimental, se terminant sur un cliffhanger dont le public faillit ne jamais comprendre. Entre temps, un film, premier opus d’une possible trilogie, débarqua en 1992, Fire Walk With Me. Et si le film est pour moi ce que Lynch fera de mieux au cinéma, le film est hué à Cannes, descendu par les critiques et le public, et ne fut finalement accepté que bien des années plus tard. Mais du coup, le projet de trilogie lui tombe à l’eau, et on n’entendit plus parler de Twin Peaks de 1992 à 2015. 2015, une année remplie, avec l’annonce d’une saison 3 qui ravit les fans, la sortie enfin de l’ost de la saison 2, mais également du Blu-Ray intégral de la série et du film, dévoilant enfin les « juste » 1h30 qui furent coupées au montage du film. De quoi patienter sagement jusqu’à Mai 2017 et la diffusion de la saison 3.

Alors Twin Peaks le retour, est-ce que l’attente en valait la peine ? Est-ce que David Lynch et Mark Frost livrent la suite ultime de l’aventure ? Est-ce que Lynch fait toujours du Lynch ? Et bien si Twin Peaks en 1990 ouvrait des voies nouvelles dans le monde de la télévision, Twin Peaks version 2017 n’en fait qu’à sa tête, Lynch nous livrant un produit qui ne ressemble à aucun autre. Une œuvre vouée à diviser, au titre à la fois mensonger et on ne peu plus juste (Le Retour, oui, mais en fait c’est la série qui mène au retour, mais bref), et finalement une série qui n’a de série que son découpage en 18 épisodes. Lynch avait livré en 1990 un produit comme nul autre avant, et fait la même chose en 2017. Car oui, excepté le découpage en épisode, Twin Peaks Le Retour n’est pas une série, c’est un film, de 18h, découpé en trois actes. Trois actes oui, comme un film, sauf qu’il dure 18h, alors du coup forcément, quand le premier acte fait 7 épisodes, le public lâche prise, et quand la scène pivot dure tout l’épisode 8, soit une heure, et bien forcément, une partie du public lâche encore prise. Twin Peaks avant, c’était une intrigue, mais aussi la vie des habitants de Twin Peaks, c’était une œuvre forte mais parsemé de maladresses et de moments moins convaincants (le milieu de la saison 2), et bien cette nouvelle saison, c’est la même chose. Des maladresses, des moments moins convaincants, puis tout à coup, des coups de génie qui nous accrochent et nous font tout réévaluer. Car durant la vision de cette saison, je serais passé par toutes les émotions, tous les stades, des moments m’auront ennuyés, d’autres m’auront laissés perplexes, d’autres m’auront ébahis, scotchés, hypnotisés, puis il y a eu la fin, qui m’aura multi retourné dans mes chaussures (ou chaussons) et laissé sans voix. Et il y a longtemps qu’une œuvre ne m’avait pas fait ça. Et comme Twin Peaks avant, c’est face à ces moments de bravoures qui nous font ressentir tellement de choses que l’on veut pardonner les quelques errances passées.

Déjà, soyons clair, ce Retour se savoure comme un film, et à mes yeux, son grand défaut est son découpage en épisode, notamment pour le premier acte, les 7 premiers épisodes, qui paraissent longuets. Car après deux premiers épisodes sombres et glauques, et où forcément on ne comprend pas grand-chose, ce fut un peu le calme de l’épisode 3 à 7. Des longueurs, des plans qui s’éternisent. La promesse du retour fut d’ailleurs balayée d’un revers de main, Dale Cooper n’est pas là, Dale Cooper est devenu Dougie. Car Kyle MacLachlan joue juste trois personnages ici, à savoir Dale Cooper par moment (tardifs), Dougie Jones le vieillard deux de tension qui ne fait que répéter la fin des phrases qu’on lui dit, et le Cooper maléfique qui lui erre sur Terre depuis la fin de la saison 2, et qui ne plaisante pas, n’hésitant pas à tuer de sang froid ce qui se trouve sur son chemin. Lynch se moque de nos attentes et fait son œuvre, se refusant le fan service, et ça c’est tout à son honneur. Forcément, l’on retrouve les personnages de la série originale, 25 ans après, mais il ne fait que continuer à explorer l’aspect tranche de vie de la série originale. Sauf que oui, durant le premier acte, ce fut imparfait, à cause du découpage en série, et de l’envie de nous offrir une intrigue beaucoup plus vaste. Car Twin Peaks n’est plus au centre de tout. L’intrigue se découpe même en plusieurs intrigues, et nous ne verrons pas énormément Twin Peaks durant une bonne partie de la série, mais plutôt des coins paumés, Las Vegas. D’un côté, Dougie à Las Vegas, puis les habitants de Twin Peaks, puis Gordon Cole (David Lynch) et Albert Rosenfield (Miguel Ferrer dans son dernier rôle) dans leur enquête pour retrouver Cooper, les deux Cooper.

Et le problème, c’est qu’entre les anciens personnages quasi tous présents (et donc nombreux) et la multitudes de nouveaux personnages, on s’y perd. Le casting est énorme, les personnages hyper nombreux, et pour un premier acte introduisant les situations, les bases, les personnages, on est sans arrêt coupé. On voit des personnages pour une scène, et il faudra parfois attendre 2 ou 3 épisodes avant de les revoir pour une nouvelle scène, et donc mieux cerner ces personnages et ces situations. Et comme Lynch se permet un peu tout et étire parfois ses scènes pour jouer sur l’attente, le début n’est pas le plus encourageant du monde. La lenteur ne me dérange pas, Twin Peaks a d’ailleurs toujours été plutôt lent (ne nous mentons pas), mais ça plus la multitude de personnages et le découpage d’un film en épisodes, c’est assez spécial. En parlant d’ailleurs des nombreux personnages, oh qu’ils sont nombreux, entre les anciens qui reviennent (Kyle Maclachlan, Ray Wise, Grace Zabrieski, Sheryl Lee, Michael Horse, Miguel Ferrer, Kimmy Robertson, Harry Goaz…) et tous les nouveaux… Car outre l’intrigue qui s’étend et donc nous propose pleins de nouveaux personnages (Laura Dern, Naomi Watts, James Belushi, Michael Cera, Amanda Seyfriend, Caleb Landri Jones), il y a de quoi faire. Trop sans doute par moment. J’aurais d’ailleurs décroché, et fait une pause, préférant attendre la fin de la diffusion pour regarder la suite comme il se doit, de suite, comme un film, quitte à faire quelques pauses rapides pour que mon cerveau assimile le tout.

Puis vint l’épisode 8, la scène pivot, l’épisode le plus fou livré pour de la télévision, du Lynch en barre, ou quand Enter The Void rencontre Eraserhead. Quasi pas de dialogues, un visuel à couper le souffle, des sons, un mix des deux parlant aux émotions plutôt qu’à la logique. Lynch m’a eu, j’étais de nouveau conquis, et n’ai plus décroché par la suite, tandis que Lynch, avec toutes les situations et tous les personnages enfin présentés, peut trouver le juste milieu entre toutes les intrigues pour ne plus me perdre. Et là Twin Peaks Le Retour est devenu un bijou. Je n’ai plus décroché jusqu’à la fin de l’épisode 18, épisode polémique comme le fut en son temps la fin de la saison 2 d’ailleurs. Twin Peaks m’a alors scotché, en continuant de me faire passer d’une émotion à une autre, du rire lors des déambulations de Dougie ou de sa survie grâce à une tarte aux cerises (et oui messieurs dames) aux larmes lors de l’épisode 17 jouant sur la nostalgie et la réécriture quasi intégrale de la mythologie. On aura même eu des scènes de tension hyper efficace (le bras de fer de l’épisode 14, doux Jesus, la scène chez le shérif de l’épisode 17), des scènes dérangeantes, des scènes d’une violence sèche et presque gratuite qui surgissent sans prévenir, encore des rires, des larmes, beaucoup de questions, peu de réponses, des expérimentations, un ton noir général, des questions dont l’on aura sans doute jamais les réponses, et l’épisode 18. Oui, cet épisode 18, que beaucoup détestent en bloc puisqu’en plus de réécrire sa propre mythologie, Lynch change toutes les données, quitte à froisser quelques personnes en cours de route.

Il nous fait croire dans l’épisode 17 que l’âge l’a rendu plus doux, mais c’est oublier que l’univers de Twin Peaks n’est pas forcément gentil avec ces personnages, et l’épisode 18 nous le rappelle, avec une fin magnifique pleine d’interrogations, que beaucoup voient comme une ouverture pour une saison 4, mais qui à mes yeux pourraient tout simplement clore l’univers. Nous sommes chez Lynch après tout, nous n’aurons jamais un final expliquant tout et clôturant tout, et c’est ce qui fait la force de Twin Peaks, et de l’œuvre de Lynch en général, le fait que ses œuvres continuent d’exister même terminées, continuent de nous interroger, de dévoiler parfois quelques mystères, ou des réponses cachées, et bien entendu, le fait que chaque spectateur comprendra comme il le voudra tel ou tel élément, et aura donc sa vision personnelle de l’œuvre. Ce Retour est donc un peu comme les montagnes russes, ça commence doucement, trop doucement, on s’habitue à son rythme, on s’interroge sur sa raison d’être, puis sans prévenir, il explose devant nos yeux (l’épisode 8) et ne nous lâche plus jamais jusqu’à la fin pour nous faire passer par tant d’émotions différentes.

Oui au final, le verdict est on ne peu plus positif, malgré des défauts certains. Et du coup, vous savez quoi ? Ben j’ai envie de me replonger dans Twin Peaks, depuis le début. Lynch n’a pas livré le retour que les fans voulaient, mais a livré un retour logique qui s’inscrit dans la continuité de sa propre création, et donc qui semble même avoir été prévu à l’avance (ce qui n’est pas le cas). Mais comme le dit si bien Cooper, « le passé dicte le futur ». Twin Peaks le Retour, c’est à la fois retrouver Twin Peaks, mais aussi retrouver Lynch, voir les deux évoluer, émotionnellement, artistiquement, tenter de nouvelles choses. Et rien que pour ça, c’est plus intéressant que la plupart des produits, séries et films inclus, que les studios nous donnent chaque année. En fait, j’aurais d’ailleurs ressenti bien plus de choses devant ce Retour à Twin Peaks que devant la plupart des films que je vois depuis des années. De là à dire depuis INLAND EMPIRE, il n’y a qu’un pas… Un gros pas oui, car il y a eu Blade Runner 2049 entre temps, mais je m’égare ! Twin Peaks Le Retour, c’est comme avant en fait, mais totalement différent…

Les plus

L’univers
L’épisode 8 totalement hallucinatoire
Des grands moments de tension
Le casting 17 étoiles
Passé l’épisode 7, ça devient plus qu’additif
Les émotions ressenties
Cet épisode final bordel de m****

Les moins

Les épisodes 3 à 7, très lents
Le premier acte, qui introduit tous les personnages

 

En bref : Ce Retour est voué à diviser, c’est un fait. Et comme la série originale, il y a des défauts, des moments un peu bancals. Et pourtant, si on s’accroche, il délivre bien plus que l’on pouvait en attendre. Lynch se refuse le fan service et continue son intrigue, change les règles, change beaucoup de choses. Son œuvre a évoluée, mais après tout, le monde audiovisuel aussi. Deal With It !

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