PARANOÏA de Steven Soderbergh


PARANOÏA

Titre original : Unsane
2018 – Etats Unis
Genre : Thriller
Réalisation : Steven Soderbergh
Musique : Thomas Newman
Scénario : Jonathan Bernstein et James Greer
Avec Claire Foy, Sarah Stiles, Joshua Leonard, Juno Temple, Jay Pharoah et Amy Irving

Synopsis : Une jeune femme, convaincue d’être harcelée, est enfermée contre son gré dans une institution psychiatrique. Alors même qu’elle tente de convaincre tout le monde qu’elle est en danger, elle commence à se demander si sa peur est fondée ou le fruit de son imagination…

Soderbergh est un réalisateur qui a toute mon affection depuis son premier film en 1989, Sexe Mensonges et Vidéo, que j’adore. Réalisateur difficile à mettre dans une case, puisqu’il aime beaucoup de choses, traite de sujets hyper variés, et est autant à l’aise dans de grosses productions (les Ocean’s) que des micro budgets (les excellents Bubble et The Girlfriend Experience). Et surtout, Soderbergh aime expérimenter. Et comme il est touche à tout, ça fonctionne la plupart du temps. Oui pas tout le temps, car son Full Frontal qui testait les caméras Mini-DV, j’ai trouvé ça insupportable. Mais comme Soderbergh, en plus d’être réalisateur, est très souvent son propre directeur de la photo et monteur (sous pseudos), il sait ce qu’il veut. Unsane, renommé Paranoïa pour la sortie Française, c’est une de ses nouvelles expérimentations, son nouveau film à micro budget. Car Unsane, c’est un film au bas budget de 1,2 millions de dollars, soit pas des masses, tourné en seulement 10 petits jours, et surtout, tourné avec un iPhone 7 Plus. Oui, rien que ça. Et vu le sujet de son nouveau film, on peut même dire que le choix de l’appareil n’est pas anodin et permet de renforcer les différentes ambiances du métrage. Nous y suivons Claire Foy, jouant Sawyer Valentini, une jeune femme à problèmes qui nous apparaît dés le départ comme un peu déstabilisée. Froide au travail, souvent seule dés qu’elle n’est pas sur ce lieu de travail sauf pour passer des appels à sa mère à l’autre bout du pays, même ses soirées amoureuses ne fonctionnent pas très bien. Lorsqu’elle va voir une psy et lui raconte une partie de ses problèmes, la chance lui tourne le dos, et en signant un papier sans avoir tout lu, voilà Sawyer enfermée dans un hôpital psychiatrique, entourée de personnages hauts en couleur.

Immédiatement, on comprend que le tournage en mode iPhone 7 permet de semer le doute chez les spectateurs. La folie erre dans les couloirs de cette institution, Sawyer se croit enfermée par erreur. Est-ce le cas, ou non ? Autour d’elle, les personnages semblent fous. On y reconnaîtra d’ailleurs Juno Temple (Magic Magic, Horns, Dirty Girl) en fille assez perchée qui cherche toujours les embrouilles. Les choix de mise en scène de Soderbergh donnent un aspect plutôt étrange à cette première partie, comme si ce que nous voyons est dans un sens trop réel pour être faux. Sans pour autant que l’image fasse vidéo de vacances, loin de là, Soderbergh soignant tous ces cadrages, ainsi que sa photographie, pour livrer un résultat ultra propre mais allant dans le sens du propos du film. Sauf que durant sa seconde partie, le propos change radicalement, sans que l’enveloppe visuelle autour elle ne change, et pourtant, encore une fois, ses choix renforcent une nouvelle fois le propos. Une fois que Soderbergh et ses deux scénaristes ne veulent plus forcément jouer sur ce qui est vrai ou pas, ou disons le clairement, sur le Paranoïa comme l’indique le titre français de l’œuvre, ils rentrent dans le cœur du sujet, certes plus simple sur le papier, mais loin d’être inintéressant, puisque Unsane parle en réalité d’un stalker, David. Après avoir donc égratigné les instituts psychiatriques et le business derrière tout ça, le métrage change et part dans une critique du harcèlement moral voir physique, et surtout, avec sa mise en scène à l’iPhone 7 et son côté réaliste, nous force presque à adopter le point de vue du stalker. Et ça, c’est plutôt déstabilisant. Certains regretteront peut-être ce découpage en deux parties, et cette seconde partie sans doute plus terre à terre, mais elle suit le propos de la mise en scène, et surtout, à mes yeux en tout cas, s’avère bien plus terrifiante, car bien plus réaliste.

Le fait que l’on se dise simplement que cette histoire pourrait nous arriver, à nous, ou un de nos proches, que des stalkers totalement perdus comme ça peuvent vivre dans notre voisinage, voilà quelque chose de bien plus terrifiant qu’un fantôme et un jumpscare putassier dans ta face. Sans pour autant aller dire que Unsane fait peur, ou qu’il est un film d’horreur, il tient plus du thriller qui ne met pas toujours à l’aise, et c’est sa plus grande force. Ou du moins une de ses plus grandes forces, car il y a beaucoup de bien à dire de Unsane. Entre ses acteurs franchement excellents (Claire Foy, Joshua Leonard et Juno Temple en tête), la mise en scène ultra travaillée malgré son format casse gueule au début mais finalement totalement en adéquation avec ce que le film raconte, ses moments durs et de tensions qui augmentent dans la seconde partie du film. Certes, par moment, en embrassant le côté série B volontairement, avec le lieu de l’action même, Unsane ne surprend pas toujours. Oui, dans la première partie, Unsane accumule quelques clichés prévisibles du notamment au lieu (l’hôpital psychiatrique, les fous, le personnage que personne ne croit, et que l’on drogue et isole du coup), mais pourtant, pour moi, ça fonctionne, même si la seconde partie a eu un bien plus grand impact émotionnel. Voir Soderbergh revenir à la mise en scène après une pause, continuer d’expérimenter tout en montrant qu’il n’a rien perdu de son savoir faire, cela me fait de toute manière extrêmement plaisir.

Les plus

De très bons acteurs
La mise en scène au service du propos
Par moment déstabilisant

Les moins

Quelques clichés prévisibles

 

En bref : Unsane (Paranoïa) n’est sûrement pas le meilleur film de Soderbergh ou le meilleur film sur le sujet, mais il fait bien les choses, et ses choix, autant stylistiques que scénaristiques, sont bien souvent justifiés et donnent un métrage parfois déstabilisant, voir flippant par instant.

4 commentaires

  1. Finalement, la retraite de Soderbergh aura été courte. Curieux de voir ce que donne ce petit bout de film de stress visiblement efficace, parsemé d’acteurs talentueux : Claire montre déjà à chaque épisode de « the Crown » combien elle est une grande actrice, et Juno Temple, je ne la connais que pour son rôle déjà bien corsé dans le très bon « killer Joe » du grand Friedkin.

    1. Si tu aimes bien ce que fait habituellement Soderbergh, tu n’auras aucun mal à accrocher au métrage.
      Je crois bien que c’est la première fois que je vois Claire Foy à l’écran. Juno Temple est une actrice que j’apprécie beaucoup, et qui aime en général les rôles barrés ou assez corsés du moins. Killer Joe est excellent, tout comme sa prestation (tiens, envie de le revoir du coup). Magic Magic était assez space mais pas inintéressant. Elle était aussi très bien dans Kaboom de monsieur Araki.

      1. Tu vois, au final tu la connais mieux que tu ne le penses 😉
        Elle avait aussi des tout petits tôles dans Black Mass aux côtés de Johnny Depp, et on la voyait genre une minute ou deux dans The Dark Knight Rises chez Nolan 😉 Et dans Horns de Alexandre Aja tiens.
        Pour Magic Magic, c’est un peu bancal, à force de vouloir changer de direction, mais c’est un hommage au cinéma de Polanski de manière générale. C’est énormément d’ambiance (peut-être trop même, beaucoup se sont fait chier devant), ça vaut le coup d’oeil, qu’on adore ou qu’on déteste.

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