LA MALÉDICTION DU PHARAON (Manhattan Baby) de Lucio Fulci (1982)

LA MALÉDICTION DU PHARAON

Titre original : Manhattan Baby
1982 – Italie
Genre : Fantastique
Durée : 1h29
Réalisation : Lucio Fulci
Musique : Fabio Frizzi
Scénario : Elisa Briganti et Dardano Sacchetti
Avec Christopher Connelly, Laura Lenzi, Brigitta Boccoli, Giovanni Frezza, Cinzia de Ponti et Cosino Cinieri

Synopsis : George Hacker, archéologue américain, découvre une tombe ancestrale lors de fouilles en Egypte. L’exploration sera catastrophique puisque le guide qui l’accompagne est tué par un piège tandis que lui-même reçoit une dose singulière de rayons bleus qui le rendent alors aveugle. Dans le même temps, la Suzie, la fille du professeur se voit remettre un mystérieux médaillon par une femme mystérieuse, également aveugle. La famille est donc contrainte de retourner à New York. Mais l’archéologue alors handicapé, tente malgré tout d’exploiter ses étranges découvertes tandis que le comportement de Suzie et de son frère Tommy deviennent de plus en plus troublantes…

À défaut d’être vraiment une bonne année, 1982 fut une année importante pour Fulci, puisqu’après déjà plusieurs collaborations avec le producteur Fabrizio de Angelis, notamment sur L’Enfer des Zombis, L’Au-Delà et La Maison Près du Cimetière, les deux hommes mettront fin à leur collaboration avec deux films incroyablement différents, deux films qui séparent radicalement les deux aspects principaux caractérisant le cinéma de Lucio Fulci depuis 1979, et donc, caractérisant aussi son succès à l’international. D’un côté, Fulci livre L’Éventreur de New York, sorte de slasher/giallo ultra violent et frontal, mais également très froid, laissant donc au placard l’ambiance que l’on connaît, et de l’autre, il y a ce film. Un film qui a très longtemps hanté ma collection, et ma cinéphilie. Non pas que je le jugeais mauvais, mais parce qu’il était dans ma collection depuis la sortie du dvd, donc il y a bien 13 ans de ça au moins, mais que je n’avais jamais réussi à arriver au terme de la vision du film. La Malédiction du Pharaon m’a toujours profondément ennuyé. Aujourd’hui, le mal est réparé, j’ai vu le film, d’une traite, en entier. Et bien c’était sacrément chiant ! On peut même affirmer sans se tromper que La Malédiction du Pharaon, appelé au départ Manhattan Baby, est bien le point de rupture de la carrière de monsieur Fulci. Et pourtant, tout n’est pas à jeter. Notamment techniquement. Et le pire dans tout ça, c’est que la scène d’ouverture, en Égypte forcément pour justifier le titre, et bien elle fonctionne super bien. On reconnaît immédiatement la patte de Fulci dans la mise en scène, dans la façon de poser une ambiance, dans le montage alternant des plans désertiques larges et des plans beaucoup plus serrés sur les yeux.

Et puis il y a la musique de Fabio Frizzi, qui revient donc une nouvelle fois après avoir été absent de La Maison Près du Cimetière (et donc remplacé par Walter Rizzati). Il livre un thème principal qui lui ressemble bien et assure donc la continuité avec ses précédents travaux. Le spectateur connaisseur est confiant. Fulci prouve qu’il est, même avec un budget réduit (comme toujours) un bon technicien, et les idées de mise en scène se multiplient. Seulement voilà, passé les dix premières minutes en Égypte, fortement réussis, le film délocalise à New York (d’où son titre original), et tout s’écroule. Alors évacuons tout de suite certains éléments, oui on retrouve certains acteurs déjà vus précédemment chez Fulci, comme Giovanni Frezza (le petit garçon de La Maison Près du Cimetière), et oui, le doublage anglais proposé sur le dvd Français est tout simplement mauvais et lui donne un côté tête à claque, qui était déjà bien présent dans l’œuvre précédente ceci dit. Brigitta Boccoli, jouant la jeune Susie, très importante dans le récit, passe déjà beaucoup mieux, même si elle aussi n’est pas aidée par le doublage. Voilà, ça c’est fait. En terme de mise en scène, on trouve de très bonnes choses également, entre des plans réellement beaux, quelques trouvailles techniques bienvenues (la vue subjective du serpent par exemple, ou encore ce plan dans l’escalier jonché de jouets) et j’en passe. Fulci voulait poser une ambiance sur son film, et on peut le dire, de ce côté là, il a indéniablement réussi, il instaure l’ambiance qui était totalement absente de l’Éventreur de New York. Malheureusement, passé ce travail sur l’ambiance et la technique, le reste enfonce le film assez profondément. Déjà, parlons du score musical de monsieur Frizzi.

Je sais que le budget était bas, mais alors qu’il a fait du bon boulot sur le thème principal, le reste de la bande son ne fait que reprendre intégralement des morceaux un peu trop iconiques et connus de Frayeurs et de l’Au-Delà. Pour le fan, ça passe mal, les musiques étant tellement marquées… Mais si encore La Malédiction du Pharaton était bon, et que les scènes sauvaient le tout. Sauf que non. En se voulant plus réaliste, posé, ambiancé, le film fait le choix de l’atmosphère lente… Alors du coup, oui on a de l’atmosphère, entourant un scénario intégralement confus (un personnage devient aveugle, puis pouf magie, il ne l’est plus). Et ce n’est pas un scénario confus pour renforcer le sentiment de cauchemar comme dans Frayeurs ou L’Au-Delà justement, non. Le spectateur se reconnaîtra dans le personnage principal lorsqu’il demandera à quelqu’un de lui expliquer ce qu’il se passe, et qu’on lui répondra « tu n’as pas à savoir, tu ne comprendras pas de toute façon ». Le film essaierait-il de cacher son vide en faisant croire qu’il est intelligent ? Possible… Et puis comme déjà dit plus d’une fois, et bien, atmosphère ou non, il ne se passe pas grand-chose, et c’est sacrément chiant. Fulci tente bien à quelques moments de réveiller le spectateur via quelques scènes sanglantes, mais fait le choix d’être plus sage et réaliste. Du coup, c’est vite expédié, voir parfois hors champs. À l’exception de la scène des oiseaux, pas parmi les meilleures scènes sanglantes de Fulci d’ailleurs. Mais ça non plus, ça ne suffit pas pour relever l’intérêt du film. Il y a quelques fulgurances, entourées de beaucoup d’ennui en fait.

Les plus

Les dix premières minutes
Techniquement pas si mauvais

Les moins

Ennuyeux
Assez radin niveau horreur
Scénario ultra confus
Les reprises des musiques bien trop connus

En bref : Voilà donc le fameux film marquant le déclin de Fulci, un film certes soigné visuellement et bénéficiant de quelques bons moments d’ambiance, mais un film trop hésitant, trop confus, trop ennuyeux surtout.

4 réflexions sur « LA MALÉDICTION DU PHARAON (Manhattan Baby) de Lucio Fulci (1982) »

  1. À l’époque, je ne m’étais pas rué sur le dvd de peur d’être déçu… Et bien apparemment, j’ai eu raison ! Mais bon, ça reste quand même un Fulci, donc si je tombe sur la galette à 1 euro au « Cash Converters » du coin, pourquoi pas… De cette période, je me souviens aussi avoir été déçu par « Murder Rock », un giallo bien trop soft pour son propre bien…

    1. Ouais, seulement deux années séparent les deux oeuvres, qui ont des points en commun pour le coup, même si ce Manhattan Baby a pour lui une belle mise en scène et quelques idées. Murder Rock par contre, j’avais du mettre la même note à l’époque mais objectivement, c’est un poil pire… Mais un poil mieux qu’Aenigma de mémoire 😀 (ahlala, la fin de carrière de Fulci, difficile de trouver du positif, même si j’aime bien son House of Clocks et que son Demonia n’était pas si mauvais).

  2. Je l’ai vu, puis totalement oublié, puis vite fait revendu je crois.
    Ennnnnnuyeux à mourir dans mon souvenir en effet. Visiblement, le temps ne le fait pas très bien vieillir. J’avais pourtant beaucoup aimé l’éventreur de NY.
    Il y a pourtant des touches Lovecraftiennes qui remontent en surface, entre les photos et les lignes de commentaire, influence déjà prégnante dans ses œuvres sur l’enfer.

    1. Non mais c’est le film que j’aurais oublié dans un an, et j’aurais besoin de mes captures pour avoir des bribes de souvenir…
      L’erreur de Fulci aura été de séparer l’ambiance onirique et le gore, un par film. L’Éventreur est en effet très bon même s’il manque parfois un peu d’ambiance, mais La Malédiction meeeh !

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