LE GRAND SILENCE de Sergio Corbucci


LE GRAND SILENCE

Titre original : Il Grande Silenzio
1968 – Italie / France
Genre : Western
Réalisation : Sergio Corbucci
Musique : Ennio Morricone
Scénario : Sergio Corbucci et Vittoriano Petrilli
Avec Jean-Louis Trintignant, Klaus Kinski, Frank Wolff, Luigi Pistilli, Vonetta McGee et Mario Brega

Synopsis : Dans la province de l’Utah, aux Etats-Unis. Le froid extrême de cet hiver 1898 pousse hors-la-loi, bûcherons et paysans affamés à descendre des forêts et à piller les villages. Les chasseurs de prime abusent de cette situation. Le plus cruel se nomme Tigrero. Mais un homme muet, surnommé « Silence », s’oppose bientôt à eux…

Dans le genre du western spaghetti, il y a plusieurs noms qui reviennent souvent, parmi les grands réalisateurs. Alors bien entendu, il y a Sergio Leone, cela ne surprendra personne, mais non loin derrière lui se trouve un certain Sergio Corbucci, dont les films ont énormément inspirés de nombreuses années plus tard un certain Quentin Tarantino. Corbucci, c’est dés 1964 Le Justicier du Minnesota, puis Navajo Joe, Django avec Franco Nero bien entendu, Ringo au Pistolet d’Or, Le Mercnaire, puis finalement en 1968, alors que le genre commence à tourner en rond, Le Grand Silence, dont je vais essayer de vous parler. Essayer, car il n’est jamais simple de parler d’une grande œuvre, même lorsque celle-ci comprend quelques petits défauts, qui pourront calmer les non cinéphiles, tandis que les autres trouveront cela dommage, mais n’y feront pas plus attention que ça. Le Grand Silence, c’est donc un film qui arrive plutôt tardivement, alors que le western en Italie commence à tourner en rond, à coup de dizaines, voir de vingtaines de films par an. Oui ça fait beaucoup. Certains réalisateurs continuent de travailler dans le genre, voir certains s’y lancent juste le temps de quelques films (comme Lucio Fulci qui réalise son premier western en 1966 avec Le Temps du Massacre, et y retournera par la suite), mais le tour a été fait. Sergio Corbucci décide alors de livrer un western différent. Pas de désert aride mais des décors enneigés. Pas de justicier solitaire mais plutôt des mercenaires sans pitié qui agissent en bande organisée. Quand au héros taciturne et qui économise ses mots, Corbucci va plus loin en faisant de lui un muet, et donc forcément, le silence sera d’or. D’ailleurs, ça tombe bien, il se fait appeler Silence. Jean)Louis Trintignant est exceptionnel d’ailleurs dans ce rôle. Le film s’amuse donc des règles du genre, comme d’autres le feront par la suite (Fulci justement quand il retournera au genre en 1975 avec les 4 de l’Apocalypse). Mais Corbucci le fait en y allant à fond, et en étant sans pitié.

Son film sera donc un western atypique, mais également un western nihiliste. Ce qui au départ n’a pas fait plaisir à la production, qui demanda à Corbucci de tourner une fin heureuse, qui, selon la légende, aurait été volontairement bâclée et rendue ridicule pour s’assurer qu’elle ne soit jamais utilisée. Car Le Grand Silence est sombre, sans espoir, les personnages sont pour la plupart des crapules, les coups bas et coups dans le dos sont légion. Corbucci ne dresse pas un beau portrait de l’humanité ni de l’époque dépeinte, puisqu’à l’exception d’un personnage féminin, on pourra dire que la seule chose vraiment jolie et pure du métrage, ce sera cette neige. Cette neige en contradiction totale avec l’histoire et les personnages la peuplant, au cœur noir et sombre, souvent habités par la rancune, par la vengeance, ou tout simplement par l’appât du gain. Face à Jean-Louis Trintignant, muet et impérial, tueur solitaire et forcément, silencieux, le métrage place Klaus Kinski en chef de mercenaire sans pitié, capable du pire, crapule que l’on doit détester à chaque instant. Seul point noir à ce niveau, le doublage du film, car comme tous les films Italien des années 60 et même 70, Le Grand Silence a été tourné sans le son, puis doublé dans chaque langue. Et le doublage (Italien du moins, je n’ai pas testé et ne testerais pas le doublage Français) est loin d’être parfait, en particulier en ce qui concerne Kinski, qui se retrouve avec une petite voix toute douce, qui d’une ne correspond pas bien à son personnage, mais tout simplement n’allant pas avec l’image que l’on a de l’acteur, son visage effrayant et marqué. Un faux pas certain, mais que l’on ne peut mettre sur le dos du film, mais plutôt sur le dos de la production Italienne de manière générale durant ces années là. Car au-delà de ce petit défaut, il faut reconnaître que Le Grand Silence est une œuvre magistrale, imposante, et surtout une œuvre que le spectateur doit encaisser, de par son contenu et sa noirceur.

Car Corbucci a soigné son ambiance, tout comme son scénario, les acteurs sont investis, les décors sublimes, la neige qui tombe en permanence donne une ambiance réellement particulière au métrage. Pour couronner le coup, c’est bien entendu la pointure Ennio Morricone qui signe la musique du film, et que dire, si ce n’est que comme toujours, il livre une merveilleuse partition (à croire que le seul vrai faux pas de sa carrière soit L’Exorciste 2). Si avec tout ça, vous n’avez toujours pas envie de voir Le Grand Silence, je ne sais plus quoi faire pour vous ! Alors certes, en brisant les règles, Corbucci bouscule quelque peu l’amateur de western et l’habitué qui en connaît tous les codes, mais c’est justement ça qui est bon. Ici, pas d’ironie, pas de triomphe, juste des chasseurs de prime, des coups bas, de la corruption, et une loi qui protège finalement ceux qui savent l’utiliser pour obtenir ce qu’ils veulent. Le portrait, autant des personnages que finalement de l’Amérique est sombre. Enfin si, on pourrait parler d’ironie, dans le sens où le seul personnage qui ose quelque peu s’élever contre le système soit le personnage muet, celui de Trintignant donc. Même si tout comme les autres, il est prit dans cette spirale de violence, où pour survivre, il faut devenir violent, quitte à être après chassé par des chasseurs de prime qui se mettent la loi de leur côté. Glaçant.

Les plus

Les plus
Thématiquement très intéressant
Pessimiste et nihiliste comme pas possible
Trintignant et Kinski
Visuellement et musicalement somptueux
Ce final

Les moins

Un doublage pas parfait

 

En bref : Le Grand Silence est sans doute le meilleur film de Corbucci, est un des meilleurs westerns Italien des années 60. Pessimiste, glaçant, bien pensé et filmé, avec un très beau score minimaliste de Morricone.

8 commentaires

  1. Merci pour cette chronique. Le film est extraordinaire. D’où la difficulté de mettre une note à une œuvre artistique… Pourquoi pas 20/20 ?! ^^ A cause de la post-synchro peut-être ? Si j’en crois tes quelques lignes, ça t’a fâché. 😉 Mais Kinski originellement n’avait pas une voix très grave, n’est-ce pas ? Mais c’est vrai que c’était un problème récurrent à cette époque…

    1. Cela faisait quelques mois que je voulais écrire dessus, mais l’inspiration a eu du mal à venir 😉
      Je suis d’accord que j’ai beaucoup hésité pour la note, car comme tout film, bon comme mauvais d’ailleurs, il y a toujours une part d’objectivité (mise en scène, acteurs, technique en général, écriture) mais aussi une part de subjectivité (ambiance, notre ressenti personnel qui peut prendre en compte des choses allant au-delà de l’oeuvre). Et pas facile pour certains films, notamment certains films Italiens il est vrai.
      Pendant que j’écrivais, je me remettais des bouts, et il est vrai que la post synchro n’est pas top. Certaines voix ne sont pas très bien choisies, et la synchro parfois… assez ratée. Mais vu la qualité du film, ça choque disons quelques minutes, mais une fois dedans, je n’y ai plus trop fait attention. Dans le genre, j’ai vu pire (Le doublage anglais, ou français, peut-être même Italien mais pas vu lui, des 4 de l’Apocalypse de Fulci pour rester dans le western).

  2. Super article !
    Je ne peux qu’aller dans le même sens que toi et Oli concernant ce chef d’œuvre du western italien. On peut penser la magistrale « chevauchée des bannis » signé De Toth en le voyant, mais Corbucci apporte quelque chose de plus cruel, qui lui est propre. Il reste aujourd’hui comme un incontournable du western noir sur fond blanc.
    Tu m’as donné envie de le revoir !

    1. N’hésites pas et fonce. D’ailleurs, j’ai vu Open Range cette semaine, et j’ai beaucoup aimé. Très belle mise en scène, Robert Duvall parfait, le long duel avec des grands angles filmé à la perfection. Il faut que je trouve le temps (sans doute ce weekend) de détailler tout ça.
      Bref, Le Grand Silence oui, sans doute le meilleur film de Corbucci, même s’il me reste quelques westerns de lui à voir, je ne pense pas que je trouverais mieux, plus noir.

      1. Je le préfère aussi à Django 😉 Reste à voir les autres, d’autres perles peuvent se cacher là.

  3. RIP Ennio Morricone. Je sais qu’il est difficile/injuste/impossible(?) d’établir une hiérarchie, mais pour moi il était le plus grand. J’écoutais déjà ses disques 33 tours quand j’étais à l’école primaire, mon père était fan. Je courais dans le salon accompagné des envolées lyriques des westerns de Leone.

    Un géant.

    1. J’ai appris ça hier soir oui, une bien triste nouvelle :/ Il a bercé beaucoup de monde, il a tellement composé, a très peu de faux pas dans sa carrière (L’Exorciste 2 pour moi en faux pas), mais oui, Leone, Corbucci, Argento, même sa participation à The Thing de Carpenter, que du génie !

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