LE GANGSTER, LE FLIC ET L’ASSASSIN de Lee Won-Tae


LE GANGSTER, LE FLIC ET L’ASSASSIN

Titre original : 악인전 – Ak-in-jeon
2019 – Corée du Sud
Genre : Policier
Réalisation : Lee Won-tae
Musique : Jo Yeong-wook
Scénario : Lee Won-tae

Avec Ma Dong-seok, Kim Mu-yeol, Kim Seong-kyu, Yu Seung-mok, Choi Min-cheol et Kim Gyu-ri

Synopsis : Jang Dong-soo, un chef de gang de Cheonan, est attaqué sans succès par le tueur en série Kang Kyeong-ho et devient la première personne à lui survivre. L’inspecteur Jeong Tae-seok s’associe alors avec Jang Dong-soo pour le traquer, malgré sa détestation cordiale des gens du crime organisé.

Si le cinéma Asiatique n’est plus à la mode en France, chaque année pourtant continuent de débarquer quelques titres Coréens, souvent des polars, et souvent précédés d’avis élogieux de la presse et des connaisseurs. Parfois, c’est très sympathique et donc plus ou moins justifié, comme A Hard Day en 2014, polar à base d’humour noir, voir génial comme pour Parasite l’année dernière. Parfois, c’est moins justifié et anecdotique (Dernier Train pour Busan en 2016, en soit pas mauvais, mais très décevant, J’ai Rencontré le Diable et ses 2h30 beaucoup trop longues et tournant en rond). Le festival de Cannes aide de plus en plus les films Coréens. Parasite a eu le Palme d’Or en 2019 donc, mais un autre film Coréen aura fait parler de lui, il s’agît du Gangster, Le Flic et l’Assassin. Un film qui à première vue ne raconte rien de nouveau. Un flic qui file droit, un gangster sans pitié à la carrure impressionnante, et entre les deux, un tueur, qui a la malchance d’essayer de tuer le gangster. Sauf que le bougre s’en sort, et il devra faire équipe avec le flic afin de coincer le tueur, même si les tensions sont là, et que l’un veut le traîner devant la justice en l’arrêtant, et que l’autre veut juste lui exploser la tête. Classique en soit, mais le film le fait avec générosité et surtout avec un ton pas prise de tête qui est en quelque sorte salvateur. Il ne va pas vouloir être plus que ce qu’il devrait être. Pas de corruption dans la police, pas de twists en pagaille, non, juste une histoire carrée, racontée de la manière la plus simple qu’il soit, sans trop d’artifices, et visant l’efficacité d’une série B bourrine. Et ça, c’est plutôt sympathique en soit. On retrouve bien entendu bien là tous les clichés du genre en question, que ce soit des clichés purement Coréens (la police assez incapable) ou Américains.

Le film vise la simplicité, dans son récit de manière générale, dans la manière de le raconter (donc, sa narration pure), et ne va pas chercher plus loin. Il lui faut juste des personnages forts et facilement identifiables à mettre en avant, et voilà, c’est parti. De ce côté là, il y arrive très bien d’ailleurs. Le flic qui file droit, tête brulée qui fonce tête baissée dans les soucis, et qui fonce donc corps et âme dans cette enquête puisqu’il est persuadé qu’il s’agît là d’un tueur en série, même si personne ne le croit. Le genre de personnage classique, mais qui fonctionne tant que l’on ne cherche pas à en faire trop où à trop accentuer les détails. C’est le cas ici, ça fonctionne, malgré peut-être une certaine insistance entre ce que notre héros croit et ce que son supérieur veut lui faire faire. De l’autre côté heureusement, on a notre mafieux, notre gangster du titre, joué par Ma Dong-seok, charismatique au possible, véritablement imposant à l’écran (il a la carrure pour il faut avouer), froid, violent, allant toujours à l’essentiel dans ce qu’il dit et fait. Le gros point fort du métrage, assurément, tant il vole la vedette à quiconque est à l’écran à ses côtés. Il forme avec le flic une équipe complémentaire qui à l’écran rend bien. Et notre assassin ? Il faut bien avouer qu’il est une bonne partie du film en arrière plan, puisqu’il est le sujet de la traque, et donc doit rester dans l’ombre, pour avoir une présence fantomatique, une aura sur le film, et rester mystérieux et donc inquiétant pour les autres personnages. Le traitement n’est qu’à moitié réussi à ce niveau, sans doute car le métrage met tellement en avant deux personnages forts qu’il se fait en parti manger à l’écran. Rien de dramatique. Mais avec moins de présence à l’écran, un personnage moins marquant et un traitement un peu plus minimal et simpliste, forcément, le personnage pèche un peu.

Mais comme le métrage se revendique plus de la grosse série B qui va à l’essentiel et ne laisse pas franchement le temps de souffler ou de réfléchir, on passe rapidement sur ce détail, surtout que le film tient clairement la route. La mise en scène et la photographie sont excellentes, mais c’est souvent le cas avec les films Coréens. Rien de surprenant donc, c’est carré, très bien éclairé, très bien filmé, élégant, et forcément parfois bien violent, mais sans être insistant sur cette violence graphique, ce qui fait également du bien. Soulignons par ailleurs que par souci d’efficacité, le film évite le piège de trop nombreux polars Coréens qui se sentent obligés de durer 2h30. 1h50 seulement ici, et cela suffit amplement. Car finalement, le contenu du métrage, maitrisé certes, est on ne peut plus classique. Des meurtres sauvages, une traque, avec courses poursuites, que ce soit à pied ou en voiture, dans des ruelles exigües et nocturnes, deux personnages bornés avec chacun leur motivation, des coups bas. Mais pas de gros retournements de situations, pas de twists qui nous font croire que l’on n’est pas assez intelligent car l’on a absolument rien vu venir. C’est tout à l’honneur du métrage de Lee Won-tae, qui signe son deuxième long métrage après Man of Will, un drame historique. Sans livrer ici un grand film, il livre une série B extrêmement bien troussée, rythmée, prenante, fun aussi parfois, de par ses notes d’humour noir et son rythme maitrisé qui ne faiblit que rarement. Pas une claque, pas une révolution, mais un excellent divertissement.

Les plus

Une série B ultra efficace
Carré et maîtrisé visuellement
Deux personnages forts

Les moins

L’Assassin, sans doute trop en retrait
Assez classique et donc prévisible

En bref : Encore un polar Coréen, mais qui tire son épingle du jeu grâce à des personnages forts qui en imposent à l’écran, un rythme soutenu, et son envie d’être généreux sans se prendre la tête.

2 commentaires

  1. Je note. Comme toi je me méfie un peu de ce cinéma sud-coréen « noir » dont une grande partie du public et des critiques chantent les louanges. Dans un autre genre j’aime beaucoup Hong Sang-soo et Kim Ki-duk (même si je n’ai pas vu beaucoup de leurs films récents), mais tous ces films policiers/noirs bien réalisés et joliment photographiés, oui je me méfie. Il n’y a que Na Hong-jin qui trouve vraiment grâce à mes yeux désormais. Bong Joon-ho m’a un peu déçu ces dernières années (PARASITE inclus). Et sur Internet on crie un peu trop vite au génie – pour Park Chan-wook, Kim Jee-woon, THE VILLAINESS (berk), LE DERNIER TRAIN POUR BUSAN (sympatoche mais… truffé de défauts), etc.

    Méfiant j’étais. Méfiant je suis. Méfiant je resterai.

    1. Je sais bien mon petit ^^ Je suis méfiant aussi, même si j’arrive à en apprécier plus que toi. Mais par exemple récemment, j’ai vu La Mémoire Assassine que Ced avait beaucoup aimé… et non, ça a pas du tout marché sur moi. Ça a même finit par m’ennuyer à force de vouloir jouer du twists.
      Kim Ki-Duk j’aime beaucoup ce qu’il fait, j’en ai d’ailleurs récupéré pas mal récemment que je n’ai pas encore vu. Mais j’adore THE ISLE, LOCATAIRES, et dans les « récents », MOEBIUS et PIETA. J’avais montré PIETA à un pote qui ne connaissait pas le réalisateur, il est resté sur le cul.
      Na Hong-Jin j’avais beaucoup aimé son dernier, mais aussi son premier film, THE CHASER.
      Bong Joon-Ho j’adhère toujours pour ma part.
      Les deux autres réals, c’est quitte ou double, je ne déteste pas tout, je n’aime pas tout, mais je suis rarement convaincu. THE VILLAINESS pas du tout aimé, celui-là c’était du grooooos foutage de gueule même. Gerbant dans sa mise en scène. DERNIER TRAIN POUR BUSAN, c’est surtout la fin que j’ai détesté. La première heure m’avait plutôt convaincu malgré oui des défauts. J’ai vu par hasard sur Youtube qu’ils avaient fait une suite cette année d’ailleurs, qui a l’air de lorgner pour le coup vers la grosse série B voir Z, qui a l’air assumée, donc à voir.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s