PENINSULA de Yeon Sang-ho


PENINSULA

Titre original : : 반도 – Bando – Train to Busan Presents: Peninsula
2020 – Corée du Sud
Genre : Horreur
Réalisation : Yeon Sang-ho
Musique : Mowg
Scénario : Yeon Sang-ho et Park Joo-Suk

Avec Gang Dong-won, Lee Jung-hyun, Lee Re, Kwon Hae-hyo, Kim Min-jae et Koo Kyo-hwan

Synopsis : Quatre ans après les évènements en Corée du Sud, Jung-seok est un ancien soldat qui a réussi à s’échapper de la péninsule de Corée désormais infestée de zombies. Une dernière mission l’oblige à retourner à Séoul pour récupérer un bien précieux. Il va y découvrir que des personnes non-infectées y vivent encore, livrées à elles-mêmes.

En 2016, Dernier Train pour Busan avait fait sensation au festival de Cannes, puis auprès du public. Du grand public je précise. Car autant si on veut se la jouer cinéphile pointilleux qu’amateur de cinéma de genre, beaucoup de choses ne collent pas dans Dernier Train pour Busan. Rien qui n’en fasse réellement un mauvais film, mais pas mal d’éléments qui abaissent le verdict. Des zombies beaucoup trop clean, des CGI discutables et très voyants, et une dernière partie hors du train moins intéressante et jouant beaucoup trop sur les sentiments en sortant les violons, à deux doigts de tomber dans le ridicule suivant la tolérance du spectateur. Mais il y a aussi de bonnes choses, comme une excellente gestion de l’espace dans le train, et donc de la mise en scène, quelques scènes de tension qui fonctionnent, une partie technique souvent très solide. Alors quand on annonce une suite se déroulant dans le même univers des années plus tard en 2018, les fans du film sont contents, les autres plus perplexes. Il faut avouer que lorsque le réalisateur annonce ses influences, on se dit que cette suite, nommée Peninsula, sera bien différente. Ses influences donc ? Land of the Dead de Romero, Mad Max Fury Roads de Miller ou encore Dragon Head de Jôji. Soit du film de zombies social et gore, de l’action excellente et pratiquement sans CGI et de la survie post apocalyptique. Soit Yeon Sang-ho, le réalisateur et coscénariste, veut en faire beaucoup trop et va sombrer dans le nanar, soit il veut à tout prix livrer un film totalement différent du précédent, et dans le fond, plus adulte. Et pourquoi pas les deux à la fois finalement ? Et bien maintenant, nous le savons, puisque Peninsula a pu débarquer en Corée en Juillet (devenant le succès de l’année, mais succès facile vu l’état des salles en 2020), aux Etats Unis en Août, et s’apprête à débarquer en France en Octobre si tout va bien. Avec 16 millions de budget et ses nombreuses influences parmi lesquelles nous pourrons rajouter clairement New York 1997 ou à cause du ton employé Doomsday, Peninsula se plante. Parfois en beauté même. Un peu comme si le métrage prenait les qualités et défauts du premier film et décidait de doubler voir tripler le contenu, pour en tripler les effets. Ce qui est réussi l’est toujours, mais ce qui est raté le sera beaucoup plus. Et piquera parfois bien des yeux, avertis comme néophytes.

Ironiquement, même si le prologue ne met pas en confiance, se déroulant au début de l’infection, et donc en 2016, ce sera le meilleur du métrage, tant il semble vouloir jouer dans une cour qui lui correspond, la jouer safe. Une famille, dont notre héros, qui se rend vers un bateau pour quitter la Corée, bateau qui se dirige vers Hong Kong pour évacuer les survivants. Sauf que, infectés à bord, carnage, tout ça tout ça. Le meilleur du film, puisque le réalisateur semble encore une fois s’en sortir lorsqu’il faut filmer dans des couloirs exigus. Mais oui, qui ne met pas en confiance, car si les zombies du film original avaient des mouvements parfois proches de la danse, et qu’en étant ouvert, ça passait, ici voir le premier infecté se relever en faisant un salto arrière, ça fait rire. Et pas si sûr que c’était l’intention. Mais c’est court, rythmé, pas trop mal filmé, bien géré. Nous voilà 4 ans plus tard, à Hong Kong, où l’on retrouve quelques rares survivants Coréens qui tentent de reconstruire leur vie, ou plutôt de survivre. Jusqu’à ce qu’on décide de les envoyer de nouveau en Corée, coupée du monde, en quarantaine. Un pays dont on ne sort pas, dont on ne rentre pas. Le but ? Récupérer de l’argent dans un fourgon et revenir à Hong Kong. Vous la sentez non la grosse influence New York 1997 là ? Au début, j’ai voulu y croire en plus. Photographie plutôt léchée (comme souvent dans le cinéma Coréen vous me direz), plans calmes sur des rues délabrées, désertiques, une envie de jouer sur la tension. Puis en un instant seulement, lorsque nos personnages trouvent le fameux fourgon, tout s’effondre. Le moment où les zombies, mais aussi les autres personnages principaux (une mère et ses deux enfants surdoués) ainsi que les antagonistes (un groupe de survivants qui forcent des esclaves à survivre face à des zombies pour faire des paris) débarquent, tout s’effondrent. Comme si le réalisateur balançait ses influences l’une après l’autre à l’écran, mais ne savait pas quoi en faire, ou comment les gérer, et se laisser donc aller au full CGI dégueulasse. À quoi bon s’inspirer de Mad Max Fury Road si c’est pour supprimer la principale particularité du métrage, à savoir des poursuites et cascades effectuées pour de vrai ? Car ici, les poursuites en voiture, et il y en a plusieurs, elles sont réalisées en CGI, avec des voitures moches, qui font des virages impossibles, réagissent à la vitesse de l’éclair, et semblent ne peser que 2 ou 3 kilos vu les cascades.

De quoi faire rougir Vin Diesel, mais de quoi faire pleurer les yeux des amateurs puisqu’on a l’impression de se retrouver devant une cinématique de l’ère PS2 (pour rappel, la PS5 sort dans deux mois). Le film se tire une grosse balle dans le pied dés ce moment là, et ne va jamais réellement sans relever. Car le constat peu glorieux de la fameuse scène de poursuite ne quittera plus jamais le métrage. Lorsque l’on nous présente des survivants livrés à eux même et faisant survivre des pauvres humains face à des zombies, qui vivent en plusieurs groupes, évidemment, on pense à Romero et son Land of the Dead, sauf que Peninsula en retire le message social et le gore. Quand à New York 1997, si l’on peut bel et bien y voir une grosse influence avec ce héros qui passe dans une zone coupée du monde pour récupérer un objet, livré seul face à lui-même, et devra s’en sortir pour rester en vie et repasser de l’autre côté, et bien c’est raté aussi, tant aucun personnage ne semble bien écrit, aucune scène ne passionne, rien n’est jamais bad-ass. Si l’on rajoute par dessus tout ça la capacité du réalisateur à verser une nouvelle fois dans le pathos à grands coups de ralentis tristounets avec ces musiques larmoyantes pour faire sortir une larme chez le spectateur, on rigole. La dernière partie du métrage est bourrée de ce genre de moments. Mais même au niveau de son univers, Peninsula se tire une belle balle dans le pieds, en affichant un univers plutôt réaliste dés lors qu’il ne se passe pas grand-chose à l’écran (plans fixes sur les rues dévastées, dans des lieus clos, tout ça), mais ridicule dés qu’il se passe quelque chose, à grand renforts de plans full CGI ignobles, où décors, zombies et véhicules ne sont que des éléments désincarnés et mal finalisés à l’écran. Pire que de rendre son univers peu crédible et parfois risible, Peninsula semble renier des éléments pourtant clés de Dernier Train pour Busan, comme les zombies qui s’arrêtent net dés qu’ils ne voient plus leur cible. Ici, on aura un personnage qui se cache dans l’arrière d’un fourgon, portes fermées et sans fenêtres, mais les zombies ne lâchent pas. Les éléments sont utilisés quand ça arrange le scénario pour le faire avancer, et rien de plus. Yeon Sang-ho a voulu en faire trop, mettre tout ce qu’il aime dans son film, mais n’a eu, soit pas les moyens, soit pas le temps, soit pas le talent pour avoir un résultat qui tienne la route. Là, on est dans de la petite série B un peu risible qui pourra divertir mais qui n’est jamais bonne.

Les plus

Dans le fond, ça peut divertir
Quelques moments calmes réussis

Les moins

Le côté gore et social absent
Le côté action raté par abus de CGI
Personnages inintéressants
Très souvent ridicule et moche

En bref : Peninsula est un bien beau ratage, peu cohérent avec son univers, qui abuse des CGI, des poursuites ratées, et emprunte à droite et à gauche sans savoir quoi en faire, et pourquoi ça marche ailleurs et pas ici.

8 commentaires

  1. Pas du tout fan du premier, comme toi. Jamais compris l’engouement autour du film – qui demeurait sympa malgré tout. Alors la suite… Je me pencherai dessus quand elle sera gratuite sur Amazon.prime. ^^

    1. Voilà, il suffira d’attendre quelques années, que ce soit gratuit en location, vu qu’il débarquera sans doute quoi qu’il arrive, étant une suite à un gros succès commercial mondial. À moins que ça ne fasse comme SADAKO…. sans sortie hors de son pays suite aux mauvais échos en festival haha.

  2. Comment tu envoies valdinguer la couv’ de Mad Movies !
    Ceci dit, je comprends. Ça m’a l’air de ressembler au catastrophique Doomsday, les intentions trop ambitieuses pour le réalisateur en prime. Drôle d’alliage d’ailleurs que ce Land of the Dead mix Fury Road 🤨
    Et comme vous deux, j’avais été plus réservé que la moyenne dans mon article sur le « dernier terrain pour Busan » (si vous voulez y jeter un œil https://letourdecran.wordpress.com/2017/08/17/dernier-train-pour-busan/). Je crois que je ne me précipiter ai donc pas comme un infecté sur la Peninsula.

    1. Oh je n’avais pas vu ton article sur le premier, je file lire ça, merci pour la piqure de rappel ^^

      Ah ah, Mad Movies, voilà bien des années que je suis souvent en désaccord avec leurs coups de coeur. Je me souviendrais toujours quand JASON X était sorti, il y a bien déjà 20 ans ou pas loin, et qu’ils avaient limite crié au génie. J’avais été le voir sur grand écran, confiant de voir un épisode fun, et finalement je m’étais retrouvé face à un navet et sans doute l’opus que j’aime le moins de la saga 😀
      DOOMSDAY par bien des niveaux, oui, on peut parler d’un ratage, mais je le trouve attachant par contre, car je le prend pour une série B pas toujours bien sérieuse, un peu comme le premier de Neil Marshall, DOG SOLDIERS. Du coup c’est un gros plaisir coupable pour moi.

      1. Dog Soldiers trouve encore a mes yeux, grâce à son filmage, de quoi être sauvé du naufrage (j’en parle aussi sur le Tour d’Ecran 😉). Mais Doomsday, vu au ciné sur la foi des éloges dans Mad (encore eux !), fut une douche froide. Comment le type de « The Descent » avait il pu pondre cette bouse ?
        Traumatisé, jamais revu depuis.

      2. Dog Soldiers, c’est de la grosse série B gore et bourrine, et qui marque un gros point à mes yeux avec le design des loups garous (j’ai toujours préféré les loups sur deux pattes comme dans Hurlements plutôt que à 4 pattes).
        Doomsday, découvert tardivement en dvd pour ma part, je l’avais raté au cinéma, et j’avais bien aimé. Mes attentes n’étaient sans doute pas les mêmes, je n’avais rien lu dessus, j’avais même presque oublié le film entre son exploitation salle et vidéo. Pour moi le réalisateur, après le film de genre sérieux et bien tendu avec The Descent, avait besoin justement de se lâcher totalement, et a donc fait sa série B fun sous influences. Pas vu son métrage suivant par contre, Centurion, qui ne m’a jamais inspiré confiance.

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