LA FILLE DE JACK L’ÉVENTREUR (Hands of the Ripper) de Peter Sasdy (1971)

LA FILLE DE JACK L’ÉVENTREUR
Titre original : Hands of the Ripper
1971 – Angleterre
Genre : Fantastique
Durée : 1h25
Réalisation : Peter Sasdy
Musique : Christopher Gunning
Scénario : Lewis Davidson

Avec Eric Porter, Angharad Rees, Jane Merrow, Keith Bell, Derek Godfrey, Dora Bryan et Marjorie Rhodes

Synopsis : La fille de Jack l’éventreur assiste enfant au meurtre de sa mère par son père. Quinze ans plus tard, la jeune femme semble possédée par l’esprit maléfique de son géniteur.

L’année 1971 est assez compliquée pour la Hammer. Les films marchent moins, et le tournage de La Momie Sanglante est un cauchemar. En même temps, un autre film est tourné dans les mêmes studios Anglais pour la Hammer, ce Hands of the Ripper, renommé en France La Fille de Jack l’Éventreur. Les deux titres fonctionnent, même si pour le spectateur le moins observateur, le titre français peut-être sujet à spoiler. Pour ce film, la Hammer refait appel à Peter Sasdy, qui avait déjà œuvré sur quelques films vampiriques pour la firme, et le scénario prend en quelque sorte inspiration dans deux styles que la Hammer pratique. Le premier, ce sera le thriller mâtiné de fantastique. Et par le passé, la Hammer aura livré des bons films dans le genre thriller. Le second style, ce sera celui un peu plus sanglant et grand guignol que la Hammer aura également tenté d’insérer dans certains tardifs opus de la saga Dracula. Et au centre de tout ça, Jack l’Éventreur. Du moins dans la scène d’ouverture, puisque le film nous le révèle, poursuivi par la population, et trouvant refuge chez lui. Mais démasqué par sa femme, il la tue, devant les yeux de sa fille. Le film peut alors reprendre 15 ans plus tard, sans Jack, puisque comme le titre français l’indique, c’est sa fille que nous suivons ici. Fille qui sera possédée par l’esprit de son père et qui va donc être prit d’une rage meurtrière. Et le film va jouer sur son propos en insérant divers degrés de lecture, et surtout le personnage principal, joué par Eric Porter, le docteur Pritchard, qui recueille Anna et va tenter de l’analyser, la comprendre, la calmer. Et de l’autre côté, nous avons donc l’aspect fantastique, à base de possession.

Et c’est triste à dire vu que le film fut un flop à sa sortie autant en Angleterre qu’en France, et qu’il n’eu droit qu’à une version censurée (bon ok, de 16 secondes) en Amérique, mais La Fille de Jack l’Éventreur est une très agréable surprise. Sans pour autant être une œuvre que l’on pourra qualifier de profonde dans son écriture, le scénario se fait plutôt malin et assez rythmé (pas mal de meurtres peuplent l’aventure). La mise en scène de Peter Sasdy est appliquée et livre quelques magnifiques plans, et ce dés la scène d’ouverture dans les rues de Londres. Certes, avec un budget limité, la suite passe beaucoup plus souvent en intérieur, mais la plupart du temps, ça a de la gueule, et le réalisateur fait quelques choix qui peuvent donner un double sens à l’intrigue, puisqu’il adopte clairement le point de vu d’Anna lorsque celle-ci commet ses meurtres, faisant que les deux interprétations du film fonctionnent. Alors forcément, si on ajoute à ça une très bonne qualité d’interprétation, notamment avec Eric Porter donc, jouant un rôle ambigu, puisqu’en adoptant Anna, il en devient le père, mais également le docteur, mais à force de la protéger, il devient également son complice, et une tension s’installe entre les deux, l’amenant finalement quelque peu au stade d’amant également. Notons également Angharad Rees dans le rôle d’Anna, une autre réussite du film, car si la jeune femme n’est pas non plus exceptionnelle, elle marque le film de sa présence. Ce qui renforce les meurtres, assez violents et visuels (malgré quelques coupes), qui sont donc perpétrés par une jeune femme en apparence douce et innocente.

Mais pour autant, on pourra noter par moment quelques petits défauts qui viennent ternir le tableau. Le final par exemple se veut ambitieux, visuellement et symboliquement, mais le lieu où doit se tourner la scène est refusée à l’équipe, qui va alors avoir recourt à un procédé à la fois ingénieux pour l’époque (des projections vidéos derrière les acteurs) et fonctionnait pour les plans les plus fixes, et malheureusement parfois raté et risible lorsque les acteurs se déplacent dans le cadre, ou pire, doivent se tenir à une barre, qui n’était bien évidemment pas là dans les plans larges, ce qui donne cette impression de voir les acteurs avancer sans trop savoir où aller. C’est fort dommage car ce final est relativement fort et aurait clôt l’histoire de bien belle manière, mais la technique un peu ratée vient amoindrir son impact. Dans le même ordre d’idée, si le scénario est plein de bonnes intentions et abordent des thèmes passionnants, il se fait dans ses grandes lignes assez prévisible et certains éléments débarquent un peu par chance. Rien de trop grave, mais malgré tout, cela rend l’ensemble sans grande surprise, hormis dans les petits détails, qui eux parviennent à briller. Mais pour un film aussi tardif et surtout alors que la Hammer est en plein déclin, le métrage demeure une excellente surprise qui plaira à l’amateur du genre. Ça ne vaut certes pas les grandes œuvres du passé, mais ça n’a pas à avoir honte !

Les plus

Eric Porter dans le rôle principal
Une ambiance réussie
Des meurtres violents
Des thèmes très intéressants

Les moins

La dernière partie, décevante techniquement
Assez classique dans ses grandes lignes

En bref : La Hammer tente de s’en sortir, et livre avec La Fille de Jack l’Éventreur un mélange de thriller et de fantastique tout à fait recommandable, notamment grâce à la solide écriture des personnages et ses meurtres violents.

2 réflexions sur « LA FILLE DE JACK L’ÉVENTREUR (Hands of the Ripper) de Peter Sasdy (1971) »

  1. Vieux souvenir que ton excellent article vient réveiller. Je me retrouve complètement à travers ton avis. Un Hammer tardif qui n’est pas sans charme, ni sans originalité qui mérite d’être découvert, voire revu pour ce qui me concerne. Je ne me souvenais plus de ces décors projetés à la fin. Sur les photos ce n’est pas si désastreux. A voir en mouvement.

    1. Je t’avais prévenu que j’avais encore quelques Hammer dans ma poche, bons comme mauvais. J’ai choisis de commencer par une bonne pioche 😉
      Ah pourtant c’est marquant, enfin le film avait beaucoup fait parler de lui pour ça. Je suis peut-être un peu méchant, c’est vrai que dans le contexte de son époque, on a du voir bien pire, et le procédé était original. Je le trouve raté, mais peut-être y trouveras tu son charme. Après tout, pour chaque film et dans chaque avis, il y a de l’objectivité mais aussi de la subjectivité, vis-à-vis de nos goûts, du moment où l’on voit l’oeuvre et tant d’autres choses.

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