BABY CART 4 : L’ÂME D’UN PÈRE, LE COEUR D’UN FILS de Saitô Buichi


BABY CART 4 : L’ÂME D’UN PÈRE, LE COEUR D’UN FILS
Titre original : Kozure Ōkami: Oya no kokoro ko no kokoro – 子連れ狼 親の心子の心
1972 – Japon
Genre : Chanbara
Réalisation : Saitô Buichi
Musique : Sakurai Hideaki
Scénario : Koike Kazuo et Kojima Goseki

Avec Wakayama Tomisaburô, Hayachi Yoichi, Azuma Michie, Tomikawa Akihiro, Koike Asao et Endô Tatsuo

Synopsis : Ogami Itto est engagé pour tuer Oyuki, une femme assassin tatouée. Pendant ce temps, son fils Daigoro, âgé de trois ans, se perd. Après avoir passé des jours à chercher son père, il est retrouvé par Genbei, le fils en disgrâce de Yagyu Retsudo, l’ennemi juré d’Ogami Itto.

Une année, une seule, 1972, et pas moins que les quatre premiers films de la saga Baby Cart qui débarquent sur les écrans Japonais, ce quatrième opus débarquant à la toute fin de l’année, le 30 Décembre 1972. Ah ça, ils étaient productifs à l’époque. Peu surprenant de voir donc le réalisateur des trois premiers films, Misumi Kenji, laisser sa place pour ce quatrième film, avant de revenir pour le cinquième l’année suivante, 1973 donc. Et oui, un peu comme pour la saga Sasori, la saga Baby Cart change de réalisateur pour son quatrième opus. On peut donc s’attendre, comme pour Sasori, à une grosse baisse de qualité. Et pourtant. Oui et pourtant, L’âme d’un Père, le Cœur d’un Fils (le titre à rallonge de ce quatrième opus) n’a pas à rougir face aux trois premiers opus de Misumi Kenji, loin de là. La qualité est toujours au rendez-vous. En fait, et ce à titre personnel, j’irais même jusqu’à dire que ce quatrième opus est supérieur au troisième sur bien des points, sans pour autant atteindre la folie furieuse du second opus, jusque là indétrônable. On peut même dire, malgré un côté parfois un peu plus passe partout, et surtout un abus de certains effets de style (le plan passant au noir et blanc pour annoncer un flashback, effet qui ne dure à chaque fois qu’une seconde, mais qui a lui facilement 7 ou 8 fois dans le film), que Saitô Buichi s’en sort extrêmement bien. Il faut dire que le personnage du loup solitaire et de son enfant sont parfaitement établis depuis le premier film, tout comme le style général, cinématographiquement parlant. Il n’a alors qu’à suivre la direction déjà empruntée et filmer proprement son histoire, ce qu’il fait divinement bien.

Mieux, on peut même noter des idées foutrement intéressantes au niveau du scénario. Déjà dans sa première partie, avec l’idée de séparer le loup solitaire, Itto, de son enfant, chose qui n’était jusque là jamais arrivée. Mais finalement, le scénario se fait plus intéressant que prévu notamment grâce à deux histoires qui vont se rejoindre, la première étant un contrat d’Itto, celui de tuer une femme assassin qui a des tatouages dans le dos et sur la poitrine. Un des points forts du métrage, mais on y reviendra un peu plus bas. Et de l’autre, forcément, des complots, coups bas et autres manipulations de la part du shogun et des clans, le tout amenant l’ensemble jusqu’à un final dantesque qui surpasse même celui du troisième film, et en quelque sorte, fait bien plus penser au final d’un western que d’un chanbara, notamment par certains choix visuels, ou surtout de décors. Si Saitô se laisse sans doute moins aller à l’expérimentation dans sa mise en scène contrairement à Misumi. Un peu justement comme pour la saga Sasori, qui devenait du coup plus classique avec son quatrième film. Baby Cart 4 est en effet plus sage par certains aspects, comme pour que le réalisateur puisse apposer sa patte sur l’œuvre. Du moins je le pense, n’ayant vu aucun autre film de lui. Et malgré ce maigre changement, le reste ne dénote pas du tout avec les précédents. Les combats sont nombreux, rapides, nerveux, souvent expéditifs et se terminent dans des giclées de sang XXL avec membres tranchés dans tous les coins de la pièce. Si l’on pourra sans doute trouver un des combats un peu plus grotesques (dans le temple), l’ensemble se fait de manière surprenante très efficace. Il faut dire aussi que l’ensemble ne dure que 1h21, et passe comme une lettre à la poste.

Certains combats marquent, notamment celui ouvrant le film, mettant en scène la femme assassin, Oyuki, et le final, dans un terrain vague, avant de continuer dans des tranchées, où Itto va affronter des vagues d’ennemis par dizaines. Rien que ça. Mais l’ajout finalement qui fait la différence, c’est Oyuki, personnage principal féminin, la cible d’Itto, qui n’aurait pu être qu’une cible comme les autres, un personnage secondaire traversant le film, mais qui bénéficie d’un background plutôt sympathique qui rend son personnage attachant. D’autant plus que sa technique de combat, dénudé, montrant fièrement ses tatouages dans le dos et sur sa poitrine pour déconcentrer ses ennemis. Fort visuellement, mais un personnage également intéressant dans le fond, et sa dernière rencontre avec Itto sera un grand moment, d’autant plus que le métrage nous montre un nouveau visage du personnage que l’on connaît bien maintenant, montrant encore plus sa déshumanisation, ou non, plutôt son dégoût ou incompréhension de la nature humaine. Mais surtout, via quelques très rapides flashbacks, le film n’hésite pas à enfin nous révéler quelques détails clés de son passé, comment tout a commencé en quelque sorte. Vraiment, ce quatrième opus fait fort, et la saga parvient à maintenir un haut niveau de qualité de films en films.

Les plus

Retrouver l’univers
Saitô Buichi, le nouveau réalisateur, n’a pas à rougir
Des combats toujours nerveux et gore
Oyuki, un superbe personnage
Le passé d’Itto

Les moins

Ose peut-être moins de choses visuellement

En bref : Changement de réalisateur, mais pas de baisse de qualité en vue pour Baby Cart, qui fait fort avec un quatrième opus toujours autant chargé en affrontements sanglants, mais qui en plus narrativement développe les personnages.

4 commentaires

  1. Une saga décidément de haute volée, et qu’il est bon de (re)découvrir à la lumière du triomphe du Mandalorian disneyen. J’avais dit aussi tout le grand bien de l’épisode suivant, « le terroire des démons », dans lequel Misumi reprenait le fil aiguisé des aventures de Ogami Itto et de son rejeton (à qui il faisait d’ailleurs subir quelque supplice).
    Excellente critique camarade !

    1. Mandalorian, pas vu une image, pas intéressé, Disney et Star Wars j’abandonne ^^
      Mais oui par contre, Baby Cart, très bon, et je m’en veux d’avoir attendu aussi longtemps pour continuer la saga, alors que j’avais vu les trois précédents le même jour avec un ami lors de l’achat du coffret Wild Side. Finalement, c’est l’acquisition des copies HD qui m’aura motivé à continuer, et quelle claque ! Le retour de Misumi sur le suivant ne peut qu’amener du bon, mais je viens de voir qu’il avait encore déserté sur le sixième après, dommage. Je me fais les deux derniers bientôt en tout cas, pour conclure la saga.
      Content que la critique te plaise, toujours un plaisir de parler de films cultes.

      1. Un jour en France aussi, peut-être. Criterion avait bien fait Lady Snowblood puis HK Video les avais également sorti en France donc on peut rêver.
        Après comme pour le cinéma Italien des années 60/70, le souci de la HD, c’est que les plans magnifiques sont absolument sublimes, mais qu’à côté, quelques plans disons, tournés rapidement ou moins importants et avec une mise au point ratée, ben, l’effet est amplifié. Un plan en particulier dans ce quatrième opus est quasi totalement flou, dommage. Bon je modère mes mots, ça reste plus ou moins rare de manière générale, et il faut savoir qu’à l’époque il n’y avait pas de retour vidéo pour vérifier les plans filmés, et quand forcément on a 4 opus de la saga tournés en même pas un an, forcément, il fallait aller très vite.

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