MAI-CHAN’S DAILY LIFE: THE MOVIE (まいちゃんの日常) de Satô Sade (2014)

MAI-CHAN’S DAILY LIFE: THE MOVIE

Titre original : Mai-Chan No Nichijô – まいちゃんの日常
2014 – Japon
Genre : Horreur
Durée : 1h03
Réalisation : Satô Sade
Musique : –
Scénario : Satô Sade d’après le manga de Uziga Waita

Avec Akane Miyako, Koshi An, Maruyama Shôgo, Chiyoko et Roman Soako

Synopsis : Miyako cherche un travail et trouve comme maid dans un manoir qui vends les services privés de maid à des riches hommes d’affaires. Elle travaillera avec Mai-Chan, qui a la faculté de ne pas pouvoir mourir, même si on la découpe en morceaux.

Il y a peu de choses à dire sur Mai-Chan’s Daily Life : The Movie, mais il y a beaucoup de choses à dire sur sa conception, puisque comme vous vous en doutez avec un titre pareil, il s’agît du film, et comme nous sommes au Japon, c’est basé sur un manga. Mais pas n’importe lequel oh non ! Mai-Chan’s Daily Life, c’est, comment dire, un manga mélangeant horreur et hentai. Ou n’ayons pas peur des mots, gore et porno. Mai travaille comme maid, ou esclave sexuelle, au choix, pour une gouvernante sadique qui elle-même travaille pour un maître. Mai ne peut pas mourir, peu importe le nombre de coups de couteaux ou de membres coupés, tout repousse. Du coup, Mai est une affaire en or, et elle est souvent vendue à des hommes un peu (énormément) borderline. Il n’y a qu’un manga, pour un total de 11 chapitres, mais dans son domaine, il s’agît d’une des œuvres les plus connues. Qu’est ce que l’on trouve dans ce manga à la si sulfureuse réputation ? Hmmm, qu’est ce que l’on ne trouve pas dans Mai-Chan serait plus rapide, mais soit ! Car comme j’aime savoir de quoi je parle, oui, j’ai feuilleté la bête ! Le ton est d’ailleurs annoncé dés qu’on ouvre le manga, avec une première page en couleur que ne renierait pas Clive Barker, à base de peau arrachée et de crochets. Puis tout débute, et on assiste dés la première vraie page de l’histoire à un viol, suivie de deux mains tranchées à la machette, puis d’un corps coupé en deux. Bon alors, résumons le contenu : des viols, des démembrements, suicides, tortures à base de chalumeau, cannibalisme, auto mutilation, viols en public, des carnages effectués par des tigres (car Mai à un couvre-feu et en cas de retard, c’est le drame), meurtres au couteau, viol sur une femme qui n’a aucun membres, des corps qui pourrissent, diverses tortures sur des organes génitaux (féminins ou masculins), pédophilie, du sadomasochisme. Pas mal non ? Bien entendu, ajoutons que les personnages sont souvent mineurs, qu’il y a aussi de l’homosexualité, des décapitations, de scènes de sexe sur des têtes décapitées, que le sujet de l’avortement est abordé et je pense que l’on va s’arrêter là non ? Le tout baigne dans de l’humour très noir, mais ça n’empêche pas que les cruautés et autres perversités présentes sont… et bien, là. Bref, en 2014, il y a eu un film. Et si vous êtes normalement constitués, là, vous ne voulez pas le voir ! Moi, pas de bol, j’ai vu le film en premier…

On se doute d’emblée que le métrage ne pourra pas aller aussi loin que le manga. Tant mieux non ? Mais justement, en adoucissant un poil le ton, en ajoutant là de nouveaux personnages pour une histoire inédite, n’y avait-il pas un moyen de faire un métrage pouvant rendre l’horrible beau ? L’ensemble grotesque et poétique ? Le film a été confié à un certain Satô Sade, qui se charge également du scénario, et sur lequel je n’ai pas pu trouver beaucoup d’informations, Mai-Chan’s Daily Life semblant être son seul métrage. Pour le rôle clé de Mai-Chan, il caste la jeune Koshi An, que les « connaisseurs » ont pu apercevoir dans des œuvres subtiles telles que Lust of the Dead 4 et Romance of the Dead de Tomomatsu Naoyuki. Un bon tâcheron lui, dont j’ai définitivement abandonné la carrière après le premier Lust of the Dead, et qui aura souvent navigué entre érotisme et horreur. La jeune femme est donc en terrain connu ici. Mais revenons au film donc, en temps que…film. Mai-Chan Daily’s Life respire le film qui a été fait sans talent, sans argent, sans grand-chose en réalité. On sent quelques intentions derrière tout ça, notamment dans la mise en scène, utilisant des filtres divers sur l’image, passant de la couleur au noir et blanc, déformant l’image parfois, utilisant des gros plans grotesques. Une mise en scène qui se veut survoltée à la Tueurs Nés presque. Sauf que Satô Sade n’est pas Oliver Stone, et il ne suffit pas de faire mumuse au pif dans un logiciel de montage avec divers filtres pour accoucher d’une œuvre profonde, qui a du sens, ou titille nos sens par le visuel. Ici c’est juste moche, vain. Dès le premier plan, avec ces verts pétants et ses couleurs surexposées, ses rayures cheap sur l’image bien trop numérique, on peut avoir des doutes sur le film. Alors oui, ça tente des choses, mais ça ne marche pas. Certains plans sortent du lot, mais plus par chance que par talent (au bout d’un moment, en plaçant sa caméra partout et en essayant un peu tout, on finit bien par accident par avoir un ou deux bons plans).

Le montage aussi veut se la jouer Tueurs Nés, en accumulant donc les plans, en alternant plans stables et plans à l’épaule, plans de travers, en passant sans vraie raison de la couleur au noir et blanc. Le souci est bien qu’ici, cela accentue les défauts, les faux raccords, et cette envie de sortir de l’ordinaire se retourne contre le film. Même les décors du film paraissent cheap. Et d’accord, dans le manga, le décor n’était pas important, l’ensemble n’étant qu’une accumulation de scènes où des riches torturent, violent et tuent Mai-Chan dans des pièces vides, mais comme ici ce qu’il se passe dans le décor n’est pas bien passionnant, tout ressort. Le film tente d’ailleurs de se rapprocher du côté manga avec l’apparition de texte à l’écran assez souvent, comme pour découper le tout en chapitre, un peu vainement, car parfois, il suffit d’une scène et hop, changement de chapitre. Et l’ensemble n’a beau ne durer qu’une heure, quand ça ne raconte rien, ne captive pas, que le visuel est à chier, les acteurs pas top et la photographie souvent immonde, rien à faire. Ce qui est certain, c’est que le peu de budget est parti dans deux choses. Les actrices déjà, souvent intégralement nues (j’espère que les pièces étaient chauffées). Et les effets spéciaux, finalement plutôt convaincants. Si le ton est adoucit, on échappera pas à des démembrements, coups de hache, couteaux dans la main, yeux arrachés à la cuillère, langue arrachée, démembrements à la tronçonneuse, cannibalisme. C’est gore, c’est bien fichu, c’est malsain. Mais voilà, au-delà de quelques rares plans, de jolies paires de fesses et de bons effets spéciaux, le métrage n’a rien à proposer, et c’est bien là le souci. Et puis, le gore pour le gore, ça n’a jamais fait un film.

En voulant dans un sens respecter le manga, le film se perd dans une non structure narrative et n’est alors qu’un enchainement de scénettes, au choix de sexe, gore, ou de dialogues peu intéressants, parfois les trois à la fois. Il ne raconte rien de spécial, se disperse alors qu’il ne raconte rien, et se fait par moment visuellement immonde. La violence est filmée comme un clip musical, les scènes érotiques comme dans un V-Cinéma raté signé Koshizaka Yasushi (c’est dire le niveau). Et si les actrices sont parfois craquantes, elles sont bien maladroites à l’écran, comme si elles ne savaient pas trop quoi faire (de quoi accumuler les faux raccords). Et le côté fauché de l’entreprise, avec ses trois malheureux acteurs, est-ce que cela n’annihile pas en plus le peu de messages du manga, qui décrivait une société inhumaine avec son lot de clients tous plus horribles les uns que les autres ? Pas de clients ici, juste un maître de maison en chaise roulante et muet. Qu’est ce qui rend les viols insoutenables mais la vengeance jouissive dans un Rape & Revenge ? Le côté moralisateur du genre sans doute, son côté clairement féministe au final. Qu’est ce qui, même s’il divise et va trop loin dans ses idées, un film comme A Serbian Film regardable ? Car malgré tout, la technique suit derrière (mise en scène, très jolie photographie) et le scénario, aussi simpliste soit-il, est bien construit. Mai-Chan’s Daily Life, en voulant être une retranscription du manga qui accumule les scènes malsaines, renie ces quelques éléments, et son manque d’argent ou de talent n’aide pas à rendre l’ensemble intéressant à regarder. Il y a plus à défendre dans un I Spit on Your Grave ou A Serbian Film qu’ici. Ou même dans le V-Cinema fauché d’ailleurs, qui au moins essaye d’avoir un scénario même quand cela tombe à l’eau lorsque le film se prend au sérieux, ou au moins de divertir et d’amuser lorsque ce n’est pas le cas. Mai-Chan’s Daily Life n’a donc rien de tout ça, et ses 1h03 sont pénibles à regarder, vous voilà prévenus !

Les plus

Les effets gores sont convaincants
De jolies paires de fesses

Les moins

1h03 de vide
Adapter un porno gore était-il une bonne idée ?
La mise en scène ratée
Photographie moche
Toute la post production
Des acteurs souvent paumés

En bref : Mai-Chan’s Daily Life The Movie, c’est bien plus soft que le manga. Ça va quand même loin, rassurez-vous. Mais c’est ignoble visuellement, le montage et la mise en scène sont en roue libre, tout comme certains acteurs. Avec un vrai réalisateur qui aurait eu quelque chose à dire pourtant, l’idée de départ aurait pu amener quelque chose d’intéressant. Mais là, en l’état, c’est juste mauvais.

2 réflexions sur « MAI-CHAN’S DAILY LIFE: THE MOVIE (まいちゃんの日常) de Satô Sade (2014) »

    1. J’étais tombé par hasard sur la pochette sur un site US, l’auteur de l’article venait de me faire découvrir le bon MON MON MON MONSTERS de Giddens Ko, et en voyant la pochette, je m’étais dis « tiens, pourquoi pas, en plus je connais bien l’éditeur », vu que j’ai pas mal de Jean Rollin et Jess Franco sortis aux States chez Redemption. L’ennui fut profond pendant le métrage, le dégoût présent lors des recherches sur le manga.
      C’est rare quand je conseille à ce point de fuir un métrage, mais là vraiment à part les effets spéciaux corrects, il n’y a rien. Promis, le prochain sera meilleur !

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