TOKYO VAMPIRE HOTEL (東京ヴァンパイアホテル) de Sono Sion (2017)

TOKYO VAMPIRE HOTEL

Titre original : 東京ヴァンパイアホテル
2017 – Japon
Genre : Série TV
Durée : 10 épisodes d’environ 45 minutes
Réalisation : Sono Sion
Musique : tricot
Scénario : Sono Sion

Avec Tomite Ami, Adachi Yumi, Mitsushima Shinnosuke, Hagurazaka Megumi, Kaho, Kitamura Akihiro, Yokuyama Ayumu et Mori Nana

Synopsis : Manami est la cible de deux clans de vampires, les Dracula et les Corvin, à l’aube de son 22ème anniversaire. En réalité, Manami est l’objet d’une prophétie, puisque lors de sa naissance, les planètes étaient alignées et elle fut nourrie par du sang Dracula. Et à l’aube de son 22ème anniversaire, et accessoirement de la fin du monde, les deux clans se disputent la jeune femme pour l’avenir de leur clan, tandis que les Corvin invitent des humains à l’hôtel Requiem pour former des couples et avoir une réserve de sang suffisante pour survivre à l’apocalypse pendant 100 ans.

Ce qui est chiant, mais bien à la fois, c’est que lorsque l’on est curieux et que l’on aime un tant soit peu le cinéma de Sono Sion, il suffit de relâcher son attention pour crouler sous les œuvres du bonhomme. Enfin, dans le cas de Tokyo Vampire Hotel, la série, et non pas le film qui a été monté à partir de la série, c’était plus une « mise de côté » volontaire de ma part, tant je n’attendais rien de l’œuvre en question. J’avais un peu peur d’un délire façon Tokyo Tribe, visuellement sublime bien que parfois volontairement kitch et vulgaire, mais sans aucun fond. J’avais à la fois totalement tort et totalement raison. En tout cas, ce qu’il faut savoir, c’est que Tokyo Vampire Hotel est une série produite par Amazon de 10 épisodes. Ou 9 si l’on joue le jeu, vu que le neuvième techniquement s’appelle l’épisode 8.2. De durées inégales mais grosso modo de 45 minutes chacun, Sono Sion aura ensuite livré une version cinéma pour le Japon et les festivals, durant 2h30. Ainsi, 8 heures environ qui redescendent à 2h30. Hmmm. Alors autant dans son intégralité, la série s’éparpille parfois un peu partout, autant vu l’ambition du projet, et le fait qu’il a été conçu sur cette durée, le voir se faire charcuter en version aussi courte me donne clairement l’impression qu’il va manquer des gros bouts. Et dans sa version initiale, la série, celle que j’ai vu, quel est donc le verdict final ? Et bien contre toute attente, ce fut sympathique. Oh combien bancal, partant clairement dans pas mal de directions différentes, à tel point qu’on a parfois l’impression que Sono Sion s’est lâché et a balancé devant l’objectif de sa caméra tout ce qu’il aimait, quitte à ce que l’ensemble manque un peu de cohérence.

Car pendant 7 épisodes, on alterne clairement entre différents styles, genres, personnages, époques. Rien de nouveau pour le réalisateur, qui a limite fait de cette structure narrative sa marque de fabrique (Noriko’s Dinner Table, Love Exposure, The Forest of Love Deep Cut). Et il donne, par moment, l’impression qu’il veut que Tokyo Vampire Hotel rejoigne ces œuvres précédentes pour parler de choses diverses et variées, et au final donc, profondément humaines. Du coup, quand tout commence, assez fort d’ailleurs, par un massacre sec et froid (et kawaii) dans un restaurant, on se dit que l’on va suivre le destin de Manami (Tomite Ami, ancienne AKB48, qui brilla dans Antiporno de Sono justement, puis dans la série The Naked Director), poursuivie par deux clans de vampires différents. Mais en fait non, car dés l’épisode 2 et un gros retour en arrière, on se dit qu’en fait, le cœur de cette intrigue, c’est plutôt cette guerre durant depuis plus de 300 ans entre les Dracula et les Corvin, et que ce qui intéresse la série, c’est donc cette guerre et son issue. Ah attendez, en fait non, puisqu’on se retrouve rapidement en huis clos dans un hôtel où les Corvin ont invité plusieurs humains pour les faire s’accoupler et ainsi survivre à la fin du monde imminente, et l’accent est clairement sur les humains, emprisonnés malgré eux entre les murs de l’hôtel. Du coup, on se dit que c’est la rébellion et la libération des humains qui intéresse le réalisateur. Arrivé donc au bout des 10 épisodes, je n’ai toujours pas la réponse en fait. Ce qui est certain par contre, c’est que Sono Sion se fait plaisir, balançant à l’écran donc un peu tout ce qu’il aime.

À savoir donc, des giclées de sang XXL, du gore, du kung-fu, des combats au sabre, de l’expressionisme Allemand, de l’humour, des culottes, du grotesque, des roumaines (fort charmantes), de la mythologie, de la musique classique, des lolitas, du Scarface, du cul, des fusillades, du néon, des couleurs pétantes, de la voix off, des idées par paquet de 30 à chaque plan. Et cela devient à la fois la force et la faiblesse de cette série. Une force car tous ces éléments, et bien moi, je les aime. Donc forcément, voir tout à coup un massacre tout kawaii mais hyper violent dans un restaurant, ou un combat plutôt sympa à l’arme blanche dans un couloir filmé en plan séquence qui se termine par une décapitation bien sanglante et sans effets numériques, je suis forcément client. Pareil lorsque Sono Sion se décide à rendre hommage de manière hyper appuyée certes à Scarface, hommage que l’on remarque dés l’arrivée à l’hôtel, dont le hall, en plus coloré, est une réplique exacte du manoir Montana, avec petite fontaine en bas. Et bien ça fonctionne, on attend la chute (dans tous les sens du terme) dans cette fontaine, et il en joue, puisque ces personnages, des vampires, ne tombent pas sous les balles. Parfois, il vire au gros grotesque qui peut rappeler Une Nuit en Enfer avec des vampires au look de démons bien crades. Et ça aussi, ça marche, ça fait plaisir. Le tout souvent sur du Bach (je vous ai déjà dit que j’étais un énorme fan de musique classique ?). C’est juste que souvent, on se dit « alors oui, c’est ultra fun, et ? ». À quoi tout cela mène ? Ça manque parfois de cohérence. De lien. Mais pas d’idées.

Car encore une fois, des idées, il y en a à la pelle, et des bonnes, voir des excellentes des fois. Le concept même de cet hôtel, représentation architecturale d’un ancien vampire, et dont les murs contiennent des esclaves, et du coup, forcément, les deux étant liés, l’hôtel peut saigner si le vampire va mal, et vice-versa, et bien c’est un concept génial. Mais tout ne fonctionne pas. C’est un gros bordel, qui en fait parfois trop. Et qui n’hésite pas à surprendre dans tous les sens du terme, parfois dans le bon, parfois dans le mauvais. L’épisode 7 par exemple semble être un énorme défouloir. Après tout, ça fusille, découpe, décapite, transperce tout le long de l’épisode, sans pause. Et ça fait clairement du bien, surtout qu’arrivé là, nous sommes habitués à l’énergie et la folie de la série. Pareil lorsque quelques épisodes plus tôt, les vampires capturent des humains, forment des couples, et les forcent à s’accoupler, parfois même en leur montrant comment faire et en commentant ce qu’il se passe, c’est à mourir de rire. Et puis tout à coup, Sono Sion se calme, comme s’il voulait nous dire que tout ça, c’était uniquement dans le but secret de nous parler de gros problèmes de sociétés, comme l’isolement, l’enfermement, la peur de retourner au monde réel, dans notre société, de ne pas être accepté. Des thèmes pertinents, pas nouveau d’ailleurs chez l’auteur, mais qui ici semblent venir d’une autre œuvre. Le fait d’introduire également de nouveaux personnages qui deviennent centraux tardivement dans le récit ne joue pas forcément en faveur de la série.

Vous vous en rendez sans doute compte si vous me lisez toujours, il est très difficile d’émettre un avis objectif et surtout constant sur la série, tant elle change parfois radicalement de visage, pour le pire et pour le meilleur. Il y en a certes pour tout le monde, mais sur l’ensemble des 10 épisodes, s’avère plus que déséquilibré. Les deux premiers épisodes plairont plus à certains, tandis que d’autres préféreront ce huis clos sanglant et baroque dans l’hôtel, tandis que d’autres préféreront l’aspect plus calme et social des trois derniers épisodes. Je n’en veux pas au réalisateur en tout cas. Je dois même avouer que de le voir avec une telle liberté et un budget confortable de la part d’Amazon (comme ce fut le cas après avec Netflix pour The Forest of Love, ou pour rester chez Amazon, comme Refn pour Too Old to Die Young), cela fait plaisir, et que c’est même important de laisser ces auteurs s’exprimer pleinement, sans ceinture de sécurité, sans personne pour les stopper, quitte à risquer l’overdose. Au milieu de toute cette folie, il reste bien évidemment des moments de grâce, et des ratés également. De la poésie, et du kitch. Du gore, du grotesque, et de l’amour, de la romance. Du dégoût et de l’attirance. Jamais pleinement convaincant, mais jamais détestable. Une série parfois fun, intéressante, amusante, et parfois qui laisse dubitatif. Mais elle a le mérite d’exister. Par contre, clairement dommage pour les quelques CGI, toujours ratés. Par contre, comme souvent avec Sono Sion, le casting est impeccable. Il retrouve Tomite Ami, qu’il avait dirigé sur Antiporno et qui rejoindra la série The Naked Director, et tourne pour la première fois avec Mitsushima Shinnosuke, qu’il retrouvera sur The Forest of Love.

Les plus

Un gros bordel
Énormément d’éléments funs
Des hommages partout
Ça part dans tous les sens
Des idées de mise en scène, de montage
L’ambiance musicale et visuelle
Un très bon casting

Les moins

Mais ça part trop dans tous les sens
Un petit manque de cohérence
Des changements de styles et de genre parfois trop brutaux
Le sang en CGI

En bref : Alors c’est certain, Tokyo Vampire Hotel est un gros délire (bien que parfois pas si con que ça), gore, marrant, parfois vulgaire, bourré d’action et d’idées. Mais qui part parfois trop dans tous les sens et dans des directions différentes, donnant une impression de patchwork qui ne fonctionne pas toujours, et qui donc ne plaira assurément pas à tout le monde.

2 réflexions sur « TOKYO VAMPIRE HOTEL (東京ヴァンパイアホテル) de Sono Sion (2017) »

  1. Complètement dingo comme toujours chez Sono. Je serais curieux de voir ça quand même. Tout comme ce qu’il nous prépare avec Nicolas Cage (à moins qu’il soit déjà sur le coup suivant)…

    1. Il a ses oeuvres un peu dingo et fun (mais souvent avec quand même un truc à dire derrière) et ses oeuvres plus sombres, là c’est clairement dans la première catégorie, celle que j’apprécie moins. Rah le Nicolas Cage, déjà sept mois qu’il a été montré en festival, faut que ça sorte bordel !!! Et pile en écrivant ces lignes, je vois que le film a maintenant une date de sortie, dans un mois presque jour pour jour… aux States évidemment, nous on va attendre 2/3 ans encore ! Depuis ça ne m’étonnerait pas qu’il soit déjà sur un nouveau tournage.

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