BABY CART 5 : LE TERRITOIRE DES DÉMONS (子連れ狼 冥府魔道 ) de Misumi Kenji (1973)

BABY CART 5 : LE TERRITOIRE DES DÉMONS

Titre original : 子連れ狼 冥府魔道 – Kozure Ōkami: Meifumando
1973 – Japon
Genre : Chanbara
Durée : 1h29
Réalisation : Misumi Kenji
Musique : Sakurai Eiken
Scénario : Koike Kazuo et Nakamura Tsutomu

Avec Wakayama Tomisaburo, Tomikawa Akihiro, Yamauchi Akira, Otaki Hideji, Naitô Taketoshi, Suga Fujio, Toura Rokko et Yamashiro Shingo

Synopsis : Plusieurs combattants du clan Kuroda se mesurent à Ogami. À la suite de ces épreuves, ce dernier découvre qu’il doit dérober une lettre rédigée par le maître de ses assaillants, destinée à son pire ennemi, Yagyu. Il n’a plus d’autres choix que de partir à la recherche de la fameuse missive, sinon le clan Kuroda prendra le pouvoir…

Ogami est encore une fois de retour, toujours accompagné de son fils Daigoro, toujours à trancher quiconque lui cherche des noises. Après quatre opus sortis entre le 15 Janvier 1972 et le 30 Décembre 1972 (oui, quatre films, sur une seule année, ça s’appelle être productif), ce cinquième et avant dernier opus débarque finalement sur les écrans Japonais le 11 Août 1973, soit une pause de huit mois, avant l’opus final, qui ne débarquera qu’en Avril 1974, soit une pause tout aussi longue. Pourquoi les deux opus sont autant espacés dans le temps contrairement aux quatre premiers films, on l’ignore, mais il est possible que le changement de réalisateur sur les trois derniers films y fut pour quelque chose. Misumi Kenji avait en effet réalisé les trois premiers épisodes, avant de laisser sa place sur le quatrième film à Saitô Buichi. Le temps pour lui de réaliser Hanzo the Rator, premier opus d’une trilogie qui sort en 1972. Et je l’admet, généralement, surtout sur des sagas aussi visuellement marquées, un changement de réalisateur n’augure jamais rien de bons, et c’est pour cela, alors que je connais très bien les trois premiers Baby Cart, qu’il m’aura fallut des années avant de continuer la saga. Le temps m’aura donné tort, puisque j’avais beaucoup aimé le quatrième opus réalisé par Saitô Buichi donc. Certes sans doute moins marqué techniquement parlant, mais toujours riche thématiquement, avec un personnage féminin intéressant apportant un peu de fraicheur, et des combats toujours tranchants, c’est le cas de le dire. Le retour de Misumi Kenji à la mise en scène pour le cinquième film ne pouvait qu’annoncer du bon, et une fois ce Territoire des Démons lancés, il faut bien l’avouer, on retrouve en quelques plans la patte du réalisateur.

Composition du cadre à toute épreuve, plans originaux et assez inhabituels, violence souvent crue. Dés la rapide rencontre entre Ogami Ittô et les combattants du clan Kuroda qui le mette à l’épreuve, souvent fatale pour eux, on retrouve la patte du réalisateur, qui se refait plaisir, faisant avancer son intrigue à coup de sabres. Les combattants qu’Ogami rencontrent sont tous voués à mourir pour leur mission, et c’est en testant Ogami (affrontant serait un mot plus adéquat) qu’ils lui confient sa mission, lui racontent l’intrigue du métrage, avant de rendre leurs derniers souffles de vie. Plus de lien possiblement émotionnel entre Ittô et un autre personnage comme dans l’opus précédent, il redevient ce sabreur sans émotions, peu bavard, qui accepte sa mission en laissant une trainée de cadavres derrière lui. Le réalisateur expérimente déjà dés cette longue ouverture (il y a aura quatre ou cinq combattants), en variant les lieux et la physique du combat, mention spéciale à celui se déroulant dans l’eau. Ironiquement, le passage le plus marquant de ce cinquième film arrivera juste après, une fois la mission acceptée, la civilisation rejointe, lorsque Daigoro croisera une voleuse en ville, et se fera capturer et fouetté en public, mais ne cédera pas. C’est d’ailleurs sans doute la première fois dans la saga que Daigoro a droit a un tel traitement, à une telle mise en avant sur une partie finalement aussi longue d’un métrage, passage qui semble s’étirer, volontairement bien évidemment. C’est bien là ce qui fait la force de cet épisode, et par conséquent, de la saga de manière générale. Toujours travailler avec la même base, mettre des bâtons dans les roues de notre personnage principal mais au final raconter une histoire presque identique à chaque fois, avec les mêmes codes narratifs de film en film (la structure est souvent la même), mais apporter assez de nouveautés pour maintenir l’intérêt, tout en soignant l’emballage.

Ça se remarque ici dés le début donc, puisque les premiers combats arrivent très vite, mais n’ont pas pour but de mettre un terme à la vie de notre sabreur, mais juste de le tester. Daigoro a droit à sa grande scène et montre ici une détermination à toute épreuve. Misumi Kenji ne recule toujours pas devant les expérimentations, et soigne comme il se doit son métrage, en terme de cadrages, mais aussi de photographie, puisque comme souvent dans Baby Cart, c’est visuellement sublime. On aura même droit à une scène entièrement sous l’eau, certes peu réaliste, mais qui montre les nouvelles ruses d’Ogami. Un métrage pensé sans doute sous le signe de la diversité, dans ses situations, nombreuses puisque le rythme est comme très souvent endiablé (seul le troisième opus me paraît avoir un rythme bien plus posé, ce qui m’avait surpris à l’époque). Et bien entendu, que serait un nouvel opus de la saga sans un génial et épique combat final, certes sans doute un poil plus brouillon que les combats à un contre un, ou tout simplement dans des espaces plus ouverts, mais qui démontre malgré tout le talent de son réalisateur, en se montrant comme souvent toujours aussi brut et expéditif, et ne reculant jamais devant quelques effusions sacrément gore qui peuvent aisément paraître un peu too much, comme souvent, mais sans doute assez représentatifs d’un vrai combat avec une lame faite pour tuer. Du coup, malgré un autre changement de réalisateur, j’ai hâte de me plonger dans l’ultime opus.

Les plus

Misumi Kenji revient à la mise en scène
Un rythme assez fou
Daigoro nous montre sa détermination
Les combats
Visuellement très inventif

Les moins

Les non fans n’y verront peut-être qu’une redite ?

En bref : Cinq opus, cinq grands films, rien ne semble arrêter la saga Baby Cart. Misumi Kenji revient en plus à la mise en scène, avec son œil aiguisé pour les beaux plans inhabituels, et des combats toujours aussi sauvages qu’expéditifs. Excellent.

8 réflexions sur « BABY CART 5 : LE TERRITOIRE DES DÉMONS (子連れ狼 冥府魔道 ) de Misumi Kenji (1973) »

    1. Une saga qui malgré ses… ah ben pile 50 ans d’existence aujourd’hui pour les 4 premiers (1972), vieillie extrêmement bien. Pas encore vu le dernier par contre. Malgré ma passion du cinéma Asiatique en général, je m’étais toujours arrêté au départ au troisième opus. La peur des changements de réalisateur…

  1. Content que tu fasses enfin gicler cette chronique qui vient épouser la mienne. On se retrouve sur les qualités techniques et photographiques du film, sur l’audace de Misumi, sur le gore des batailles. Loin d’être spécialiste de la série (je ne suis pas sûr de les avoir tous vus), je trouve en tout cas celui-ci particulièrement réussi.
    Grosse influence sur la série « Mandalorian » pas si souvent cité.

    1. Un des premiers films vus cette année, j’ai laissé trainer cette saga trop longtemps, surtout vu la qualité des copies Criterion !
      Mais mais…. tu ne les as pas tous vu ? Il va falloir rattraper ça. Je ne peux pas encore dire pour le 6 (que je me fais bientôt), mais les cinq premiers sont tous très bons. Celui que j’aime le moins, tout en étant très bon, c’est le trois. Mais sans doute car il débarque après le 2 qui était un véritable festival de générosité, de combats, de personnages iconiques (qui inspireront Carpenter pour Jack Burton), d’expérimentations, et du coup, il paraissait presque trop sage.
      Toujours pas vu Mandalorian, et j’admets que quand j’ai vu qu’il y avait une nouvelle série Boba Fett, 40 séries Marvel par an, ça ne m’a guère motivé. Peur de faire comme le grand public qui ne regarde plus que ça haha (mais j’ai vu deux films Marvel en 2021, déjà bien hein).

      1. Ah oui, je me souviens du 2 et des guerriers qui inspirent « Jack Burton »!
        Je t’avoue que je n’ai pas encore vu la saison 2 du Mandalorian et cette série Boba Fett ne m’inspire rpas beaucoup. Je regarderai si l’occasion se présente. Au mieux c’est bien, au pire ça se regarde (encore que… Loki façon Dr Who, j’ai du mal).

        1. Ça tombe bien…. J’ai aussi un texte sur Jack Burton de côté 😉 (comment ça j’ai pas chômé en 2021 ?)
          Les avis sur Boba Fett semblent bien plus divisés en tout cas (ce que je trouve toujours être un meilleur signe… Quand tout le monde est d’accord dans un sens ou dans l’autre, j’y vois un manque total d’objectivité… Hein Avengers Endgame haha). Loki… Mais, alors je ne suis pas un pro, j’ai raté beaucoup de films et n’ai aucun souvenir de ceux de la phase 1, à part IRON MAN car j’aime beaucoup ce premier film….Mais il est pas déjà mort au moins deux ou trois fois ?

          1. On nage en plein multivers en fait. Si ça marche bien sur le dernier Spidey grâce au recyclage des héros du passé (bientôt la totale sur la trilogie Raimi sur le Tour d’Ecran), je t’avoue que ce concept fourre-tout me semble être la porte ouverte à n’importe quoi (mais j’irai quand même voir le Dr Strange 😁)..
            Tout ça ne vaut pas un bon Baby Cart! 🎑

          2. Ça me sidère quand même que la formule, identique à tous les films depuis le début, fonctionne toujours auprès du public. Et tout ce n’importe quoi a commencé avec les explications foireuses dans EndGame justement ! Bref, si jamais je vois le dernier SPIDER-MAN, je te dirais ce que j’en pense, mais pas du tout une priorité. Faut dire que je préfère prendre 1h30 pour voir Baby Cart 6 que 2h30 pour le dernier Marvel 😉

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