LA FEMME DE SEISAKU (清作の妻) de Masumura Yasuzô (1965)

LA FEMME DE SEISAKU

Titre Original : Seisaku no Tsuma – 清作の妻
1965 – Japon
Genre : Drame
Durée : 1h33
Réalisation : Masumura Yasuzô
Musique : Yamauchi Tadashi
Scénario : Shindô Kaneto

Avec Wakao Ayako, Tamura Takahiro, Chiba Nobuo, Konno Yuka, Tonoyama Taiji, Narita Mikio et Hayakawa Yûzô

Synopsis : Japon, début du xxe siècle. Pour aider sa famille à sortir de la misère, Okane est devenue la femme d’un riche marchand bien plus âgé qu’elle. À la mort de celui-ci, sur les instances d’Omaki sa mère, elle retourne vivre dans son village natal. Mais les deux femmes ne sont pas acceptées du fait du passé d’Okane. Lorsque Seisaku, un voisin, rentre de son service militaire, il est accueilli en héros.

Au départ, il y a une nouvelle de Yoshida Genjirô, écrivain Japonais né en 1886 dont un seul de ses écrits a été traduit en Français. Ça tombe plutôt bien, puisque cet écrit, c’est La Femme de Seisaku. Rapidement, la nouvelle est adaptée au cinéma par Murata Minoru, en 1924. En 1965, les studios s’y intéressent à nouveau, et le projet arrive entre les mains de Masumura Yasuzô, bien plus connu du public occidental pour être l’auteur de La Bête Aveugle. Pour le rôle principal, Wakao Ayako, loin d’être à ses débuts puisque la jeune femme avait déjà tourné pour Masumura dans Jeune Fille sous le Ciel Bleu, Débordements ou encore Beauté Coupable, mais aussi pour d’autres grands réalisateurs, comme Ozu. Elle avait déjà plus d’une trentaine de métrages à son actif, si ce n’est plus. Et est, sans surprises, une des plus grandes réussites du métrage, qui nous fait très rapidement comprendre où Masumura veut en venir. Au départ, il nous dépeint le portrait d’Okane. Nous sommes au tout début du XXème siècle, Okane s’est mariée avec un riche marchand afin de subvenir aux besoins de sa famille après qu’elle ait quitté avec celle-ci leur village, où ils n’étaient pas acceptés, car trop pauvres. Il y a déjà quelque chose d’ironique dés le départ, avec ce personnage appelé Okane, soit littéralement, « Argent ». La jeune femme s’est mariée non pas par passion mais clairement par besoin. Mais rapidement, le vieil homme décède, et avec une jolie somme en poche (pour l’époque), Okane et sa mère retournent dans leur village. Ironie encore, elles qui avaient dû fuir, non acceptée car trop pauvres et donc ne faisant clairement pas partie du groupe, elles reviennent, dans des conditions opposées, mais finalement, le résultat est le même.

Elles sont immédiatement mises à l’écart par les villageois. La mère aura beau tout faire pour s’intégrer, Okane ne se fait aucune illusion et préfère rester à l’écart, ce qui fera immédiatement parler. Jusqu’au retour au village de Seisaku, revenant de la guerre, victorieux, acclamé comme un héros. Un homme droit, qui va succomber au charme de la belle, contre vents et marées, comme sa propre famille, comme sa prétendante qui se voyait déjà mariée. Dans un premier temps, le métrage de Masumura se montre clairement social, avec le côté très communautaire du Japon, et l’individualisme d’Okane. Le propos pourrait, au départ, sembler aller plus loin, mais le travail du réalisateur rend le métrage absolument magnifique à regarder. Les cadrages sont sublimes, la photographie en noir et blanc très contractée, et on ne va pas se mentir, Wakao Ayako est absolument sublime à l’écran. Le film a alors tendance à virer légèrement au mélodrame, mais il n’en fait jamais clairement des caisses, et on comprend sans mal que doucement, la route empruntée par le métrage se rapprocherait bien plus d’un Roméo et Juliette, avec son histoire d’amour impossible, ici avec la guerre entre le Japon et la Russie en toile de fond. En ce sens, cette première partie apparaît un peu comme prévisible, les événements qui s’y déroulent sont attendus, avec les messes basses des villageois, le début idyllique de la relation entre Okane et Seisaku, puis l’appel à la guerre pour Seisaku. Formellement très réussi, socialement intéressant dans son approche, mais un drame auquel il manque clairement ce petit quelque chose pour nous happer littéralement.

Mais ce petit quelque chose, il guète, et explose à l’écran lors de la dernière demi-heure, transformant alors le métrage en un film très dur, très sombre, violent par moment, critiquant la guerre, une certaine vision de la société Japonaise. Okane fait alors des choix plus radicaux sans forcément penser aux conséquences derrière, mais le fait par amour, ce qui manquait clairement à sa première relation, lorsque nous l’avion découvert la première fois. Quant à Seisaku, il se retrouve en quelque sorte prisonnier du système qu’il adorait et représentait jusque-là, l’homme parfait prêt à mourir pour son pays, qui écoute ce que les autres autour de lui vont penser de telle ou telle situation le concernant. Le drame devient alors plus poignant, cette façon de penser et de vivre en prend plein les dents, le réalisateur critiquant ouvertement les normes sociales de l’époque, ainsi que l’armée et sa façon de penser, laissant le spectateur sur une impression forte, avec cet amour impossible qui se retrouvera changé à tout jamais. Car après tout, ne dit-on pas que l’amour rends aveugle ?

Les plus

Un très beau noir et blanc
Wakao Ayako, superbe
Un drame social intéressant
Le côté noir et désespéré de la dernière partie

Les moins

Il manque au départ une petite étincelle

En bref : La Femme de Seisaku, c’est un autre grand film de Masumura, un drame social souvent très sombre et qui se permet de critiquer la société et le militarisme, le tout avec un très bel enrobage visuel et la beauté de Wakao Ayako en bonus.

A FEW WORDS IN ENGLISH
THE GOOD THE BAD
♥ Beautiful black and white
♥ Wakao Ayako, gorgeous
♥ An interesting social drama
♥ A dark and desperate last part
⊗ Maybe the film is missing just that little spark to fully shine
Seisaku’s Wife is another great film from Matsumura, a social drama, a dark one, with in its line of sight, society and militarism, all that with beautiful cinematography and the gorgeous Wakao Ayako as a bonus.

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