LA LEGENDE DES 8 SAMOURAIS (里見八犬伝) de Fukasaku Kinji (1983)

LA LEGENDE DES 8 SAMOURAIS

Titre Original : 里見八犬伝 / Satomi Hakkenden
1983 – Japon
Genre : Chanbara fantaisiste
Durée : 2h16
Réalisation : Fukasaku Kinji
Musique : Joey Carbone, Sakuma Masahide, Aizawa Yukio, Namba Hiroyuki, Zito Richie et Kihara Toshio
Scénario : Fukasaku Kinji et Kamata Toshio

Avec Yakushimaru Hiroko, Sanada Hiroyuki, Shihomi Etsuko, Terada Minori, Kyômoto Masaki, Oba Kenji, Kariya Shunsuke, Fukuhara Takuya, Chiba Sonny, Shioji Akira, Yoneyama Mamalo et Hagiwara Nagare

Synopsis : Matofuji lance son assaut contre le château du Seigneur Satomi. La princesse Shizu parvient à s’enfuir et échappe au massacre. Elle trouve alors refuge dans la forêt où elle découvre la légende des huit samouraïs. Une très ancienne croyance selon laquelle huit boules de cristal ramèneraient à la vie huit mystérieux samouraïs…

En 1983, cela fait déjà quelques années que la Kadokawa s’est faite une place dans l’industrie cinématographique Japonaise, permettant à quelques réalisateurs de livrer des films devenus cultes depuis, et surtout attirant des réalisateurs de prestige. Parmi les actrices lancées sur le devant de la scène par la Kadokawa, il y a Yakushimaru Hiroko. Née à Shibuya, elle débute sur les écrans en 1978 chez Satô Shunya (Super Express 109) avec Survie en Pleine Nature, film surprenant et généreux. L’année suivante, c’est dans Les Guerriers de l’Apocalypse de Saitô Kôsei qu’on la retrouve. Sa popularité explose vraiment au début des années 80, où elle travaille pour Sômai Shinji sur deux films, The Terrible Couple et Sailor Suit and Machine Gun (ce dernier prochainement disponible chez Carlotta), mais aussi pour Obayashi Nobuhiko dans School in the Crosshairs (aussi appelé The Aimed School, disponible chez Spectrum). En plus de tenir les premiers rôles, elle signe souvent les chansons titres. Elle continue son ascension en 1983, où elle tournera dans le toujours inédit chez nous Detective Story pour Negishi Kichitarô, mais surtout pour Fukasaku Kinji, qui rejoint donc la Kadokawa et signe La Légende des 8 Samouraïs, lui aussi enfin disponible chez nous chez Le Chat qui Fume, film en réalité coproduit entre la Kadokawa et la Toei, sans doute nécessaire vu la grosse ambition du projet. Après avoir renouvelé les films de yakuza durant les années 70 avec sa saga Combats sans Code d’honneur, puis Le Cimetière de la Morale, et quelques autres moins impactant comme Doberman Cop, il s’éloigne du genre. Dès la fin des années 70, le réalisateur se tourne alors vers d’autres genres comme la science-fiction (Les Evadés de l’espace en 1978) et le chanbara, en signant la même année Le Samouraï et le Shogun et en 1981 Samurai Reincarnation. Il n’est donc pas novice dans le genre lorsqu’il s’attaque à La Légende des 8 Samouraïs, sauf qu’il semble vouloir pousser le bouchon plus loin à tous les niveaux, livrant ainsi une œuvre délicieusement kitch par moment, mais surtout ultra généreuse, ultra pulp dans l’esprit.

Dans les faits, l’intrigue n’est pas nouvelle en tout cas. Une princesse (Yakushimaru Hiroko donc) qui échappe à la mort, contrairement au reste de sa famille, et qui va partir chercher 8 Samouraïs pour l’aider à se venger. Oui, on pense beaucoup aux 7 Samouraïs par exemple, avec cette quête pour constituer une armée avant de foncer dans la bataille. Un archétype toujours utilisé aujourd’hui, pour le meilleur et pour Rebel Moon. Un archétype que le réalisateur s’amuse à dynamiter, à coups d’effets spéciaux dans tous les sens, d’une touche de fantastique, d’une ambition visuelle monstrueuse, d’une toujours mignonne Yakushimaru Hiroko, et d’un score musical alternant des instruments classiques et des synthétiseurs, avec par-dessus tout ça des chansons chantées par John O’Banion. Sans doute des restes de sa collaboration Américaine avec le film Virus en 1980. Et dès le premier plan de son film, on ne va pas mentir, mais Fukasaku sait nous séduire, avec une direction artistique de toute beauté, des plans minutieusement préparés, des décors dantesques, des costumes en pagailles, des figurants par centaines, sans oublier des mate paintings, des perles magiques (8, détenues par les 8 Samouraïs à recruter donc), un poil de fantastique, et quelques décapitations pour la route. Rajoutez à tout ça un gros casting de luxe autour de notre princesse, avec par exemple Natsuki Mari (danseuse et chanteuse connue), Sonny Chiba avec qui Fukasaku avait déjà tourné, et autour de lui, quelques-uns de ses élèves du Japan Action Club, dont Sanada Hiroyuki (comme quoi, déjà à se battre en 1983). Oui, il y a du beau monde à la fois devant et derrière la caméra, pour fournir une œuvre dense, qui assimile plutôt bien ses influences (on pense aussi à La Forteresse Cachée de Kurosawa avec cette histoire de princesse) et nous les ressort dans un festival de couleurs et d’effets spéciaux qui pour la plupart ont extrêmement bien traversés les années, pour un récit certes de 2h16 mais qui ne subit pas de réelle baisse de rythme, en plus d’avoir au final, avec Fukasaku derrière la caméra et coscénariste, sa propre identité.

Fukasaku parvient à livrer une œuvre qui ne ressemble à aucune autre ou presque, mélangeant chanbara classique et heroic fantasy (quelques créatures fantastiques présentes, des mythes et légendes qui sont bien réelles), en reprenant pourtant des formules déjà connues, mais il le fait avec un tel soin du détail et une telle ampleur que l’ensemble passionne, ou du moins hypnotise la plupart du temps. Surtout que si forcément, sur cette équipe formée de 8 Samouraïs, et n’oublions pas le vagabond (personnage faisant clairement penser encore une fois à un certain chanbara culte) et la princesse, certains sont laissés de côté, le film travaille suffisamment ses principaux pour qu’ils soient attachants à l’écran et que l’on veuille les suivre dans leur aventure. Mention aussi spéciale à l’antagoniste, sadique et parfaitement iconisée. L’autre petite touche Fukasaku évidemment, ce seront les quelques moments violents du métrage, entre quelques décapitations, des villages entiers massacrés avec meurtre d’enfants à la clé, le film porte bien sa patte. Malgré tout ça, on ne peut pas considérer le métrage comme une œuvre majeure de son auteur. Sans doute sa plus pulp, sa plus colorée et excentrique également, mais elle est loin de révolutionner le genre abordé. Surtout que là où ses films de yakuza, et même quelques métrages historiques, vieillissent très bien en restant pertinentes et importantes, le métrage de 1983 pourra paraitre aux yeux d’un public néophyte ou non habitué comme un poil trop kitch, kitch parfois hérité de son ambition (de gigantesques décors, beaucoup de mate paintings pour les arrière-plans, des couleurs très marquées), et parfois de son mélange de genre, avec ses éléments fantastiques intervenant parfois dans le récit sans prévenir. Pour les autres, c’est évidemment un petit bijou de plus, mineur mais fortement intéressant, et fortement divertissant, devant lequel il est très difficile de bouder.

Les plus

Un film ambitieux
Visuellement, sublime
Quel casting prestigieux
Des idées, partout
Impossible de s’ennuyer
De la baston, de l’héroïsme, des monstres, des légendes

Les moins

Oui parfois, un petit côté kitch
Ça reste un Fukasaku assez mineur

En bref : Fukasaku livre là une œuvre unique, certes mineure, assez bancale parfois et bordélique, mais souvent réjouissante, ambitieuse et magique.

A FEW WORDS IN ENGLISH
THE GOOD THE BAD
♥ An ambitious film
♥ Visually, gorgeous
♥ What a prestigious cast
♥ Ideas everywhere
♥ Impossible to get bored
♥ Fights, heroes, monsters, legends
⊗ Also a bit kitch
⊗ It’s a minor film for Fukasaku let’s be honest
Fukasaku delivers a film like no other, minor in his huge filmography, going all over the place, but often fun, ambitious and magic.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

En savoir plus sur Loving movies

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture