COLONY (군체) de Yeon Sang-ho (2026)

COLONY

Titre Original : Gunche / 군체
2026 – Corée du Sud
Genre : Horreur
Durée : 2h02
Réalisation : Yeon Sang-ho
Musique : Kim Suk-won
Scénario : Choi Kyu-seok et Yeon Sang-ho

Avec Jun Ji-jyun, Koo Kyo-hwan, Ji Chang-wook, Kim Shin-rock, Shin Hyeon-bin, Go Soo et Kim Hyung-mook

Synopsis : Dans un gratte-ciel du centre de Séoul, une mystérieuse contamination se propage brusquement. L’immeuble est bouclé et toutes les personnes présentes confinées. Au départ, les infectés rampent comme des bêtes. Mais peu à peu, ils évoluent…

2026 semble être le retour attendu de certains réalisateurs Coréens sur le grand écran, après avant-première à chaque fois au festival de Cannes. Déjà, tant mieux que le festival se réveille enfin un peu pour montrer des films plus intéressants que les années précédentes niveau cinéma Asiatique, car bon, le fameux Sons of the Neon Night de 2025 est resté au travers la gorge de beaucoup de spectateurs présents (même si oui, en 2025, il y avait aussi Exit 8 hors compétition, et le film Chinois Resurrection). Mais voilà, 2026 sur la croisette, si l’on met de côté les polémiques stériles (oui, boycottez Canal si vous voulez, mais ne venez pas vous plaindre qu’après on ne produit en France que les films du CNC, que personne ou presque ne va voir), c’était donc à la fois le retour sur grand écran de Yeon Sang-ho après quelques films pour des plateformes de streaming et surtout des années de déception, mais aussi le grand retour de Na Hong-Jin avec son Hope dont j’attend la sortie avec impatience, et Novembre semble si loin. Mais revenons à Yeon Sang-ho, réalisateur qui fut révélé en 2015 justement à Cannes par son Dernier Train pour Busan. Un film adulé de tous ou presque, qui m’avait pourtant déçu. Non pas pour sa mise en scène, le réalisateur prouvant une belle maitrise de sa caméra dans des espaces clos, mais qui me paraissait trop sage, avec un final qui n’osait pas, et devenait moins intéressant dès lors que le film sortait du train justement. La suite de sa carrière aura pour le grand public était jonchée de déceptions. Enchainer en même temps avec le pathétique Peninsula n’était sans doute pas le meilleur choix à faire. Même son dernier film en 2025 sur Netflix, Revelations, aura déçu pas mal de monde. A titre personnel, c’était à mon sens son meilleur film, faisant enfin preuve de plus de maturité dans son traitement, et surtout sur la durée entière de son métrage, malgré un final un peu facile. Son retour en 2026 donc sur grand écran aura été Colony, un retour aux sources puisqu’il est encore une fois question de zombies. Restait à savoir si ça allait être du niveau de Dernier Train pour Busan, de Peninsula, ou alors, meilleur (ou pire).

Et Colony, j’ai au final largement préféré à Dernier Train pour Busan. Pas forcément car il est meilleur, car il est jonché lui aussi de défauts, et qu’on a aussi parfois l’impression qu’à force de vouloir en faire toujours plus, le réalisateur n’utilise jamais ce qu’il a à sa disposition à son plein potentiel. Mais un film qui ne fait pas que reprendre la simple formule du film de zombies en le plaçant dans un environnement rare. Ici l’aventure se déroule dans un immeuble, sorte de gros centre commercial avec boutiques, garages, salles de sécurités, escaliers et ascenseurs, salles de conférences, et on est donc beaucoup plus proche niveau environnement d’un Zombie de George A. Romero que d’un Dernier Train pour Busan. Là où le film tente réellement des choses, c’est dans la caractérisation de sa menace, tout en intégrant tout ça dans le monde d’aujourd’hui, se permettant sans doute une petite attaque de fond sur nous autres, humains vivants scotchés à nos téléphones, ordinateurs, sans arrêt sur les réseaux, à prendre tout ce que l’on lit pour la vérité et à le partager. Colony prend cet élément, et le transpose dans une attaque de zombies créés par un virus. Le grand cliché du virus, qui ceci dit est, dans le fond, de plus en plus actuel. Car la prochaine grande guerre ou prochaine grande attaque, soit elle sera nucléaire et game over direct, soit elle sera plus subtile à base d’armes bactériologiques. Et ce virus ici, il transforme les zombies en fourmis. Non, pas littéralement, mais dans leur fonctionnement, avec cet esprit partagé, comme une ruche, où les informations circulent en permanence entre les membres de la colonie. Un miroir donc de notre monde tout connecté qui fait plaisir même si ça n’ira jamais plus loin, mais qui offre, en tant que grosse série B, des possibilités rafraichissantes, la menace évoluant donc au fur et à mesure du film, apprenant des choses et partageant l’information afin de mieux traquer ses proies, de mieux tromper, de mieux se déplacer. Elle est là, la grande idée ludique du métrage. A côté oui, évidemment, nous sommes juste devant une série B de luxe, qui a de la gueule, qui s’avère plus ou moins prévisible sur le sort des personnages.

Des personnages rarement développés, à l’exception de certains d’entre eux, le reste n’étant que les stéréotypes classiques du film de genre, avec le peureux, la scientifique intelligente, le gars prêt à tout pour survivre, celui qui voudra se venger du groupe de survivants. Mais quand c’est bien rodé, au final, ça passe plutôt bien, et c’est le cas ici. C’est même dans le fond un poil plus méchant dans ses situations ainsi que dans les morts que le premier film du réalisateur. Il est donc dommage qu’à côté, le film ne parvienne jamais véritablement à s’extirper du cahier de charge, ou plutôt d’un rythme qui ne doit jamais faiblir pendant 2 heures durant, si bien que ce soit les zombies qui évoluent ou le lieu de l’action, ce gigantesque centre commercial et ses infinies possibilités, le film ne s’en servira que très rarement. Les zombies évoluent mais cela ne semble se faire que lorsque cela arrange véritablement le scénario (même si les premières évolutions surprennent et donc, fonctionnent, sur la fin, beaucoup moins), et surtout, le centre commercial ne sera que très peu utilisé, les personnages passant par les lieux obligatoires. On aura quelques boutiques à peine exploitées (la parfumerie surtout), des couloirs, des bureaux, avant un final plus explosif et plus ambitieux. Dommage que le réalisateur et son coscénariste ne s’amusent donc pas plus avec leur environnement. Même si encore une fois, il n’y a rien de honteux, mais Colony apparaît véritablement alors que comme un bon gros bis régressif. Et il y a, comme souvent avec le réalisateur, le final. Là où Dernier Train pour Busan faisait le choix de l’optimisme (et ça m’avait gonflé oui), Colony fait un choix plus osé dans le fond, moins catégorique. Une fin heureuse mais aux implications plus discutables. Dommage là aussi que derrière cette idée, la mise en application soit un peu plus compliquée, avec quelques moments frisant le nanar. Ceci dit, encore une fois, face à la générosité de l’ensemble, son rythme parfaitement rodé, ces quelques idées et en prime, la joie de retrouver Gianna Jun (Jun Ji-jyun) dans le rôle principal, ce serait mentir de dire que j’ai passé un mauvais moment devant Colony. Imparfait donc, mais bien rodé, divertissant et faisant honorablement le job.

Les plus

Une série B parfaitement rodée
Un rythme soutenu
Quelques attaques bien troussées
L’idée de l’esprit collectif et évolutif
Oui, une petite critique de fond sur notre société

Les moins

N’utilise jamais à fond son environnement
Les dernières évolutions, convenues et attendues
Un final assez maladroit visuellement

En bref : Le dernier film de Yeon Sang-ho, Colony, qui revient aux sources avec un nouveau film de zombies, est une pure série B, rythmée et parfois rafraichissante, à défaut d’exploiter toutes les possibilités de son concept et de son lieu.

A FEW WORDS IN ENGLISH
THE GOOD THE BAD
♥ A perfectly crafted B movie
♥ A good pacing
♥ A few attacks are really good
♥ The idea of the collective mind and evolution
♥ Yes, a bit of a social commentary too
⊗ It doesn’t always use the variety of the location
⊗ The last evolution, expected
⊗ The finale is a bit clumsy, visually
Yeon Sang-ho’s last film, Colony, goes back to the zombies, and is a pure B movie, fast paced and with ideas, even if it doesn’t always use them.

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