Titre Original : The Fury
1978 – Etats Unis
Genre : Fantastique
Durée : 1h58
Réalisation : Brian De Palma
Musique : John Williams
Scénario : John Farris
Avec Kirk Douglas, John Cassavetes, Carrie Snodgress, Amy Irving, Charles Durning, Fiona Lewis, Andrew Stevens, Carol Eve Rossen, Rutanya Alda et Joyce Easton
Synopsis : Le père d’un enfant doué de pouvoirs de voyance se met à la recherche de son fils. Celui-ci a été enlevé par une agence de contre-espionnage qui veut utiliser ses aptitudes paranormales à des fins politiques. Il est aidé par une jeune étudiante qui a les mêmes pouvoirs que son fils…
J’ai beau vouer un culte à Brian De Palma, du moins jusqu’à Femme Fatale en 2002 puisque la suite de sa carrière, c’est compliqué, je n’avais jamais vu Furie. Œuvre jugée mineure, souvent oubliée, souvent peu citée. Pourtant, après vision, nul doute que le film est un De Palma pur jus, en plus d’être un bon film, d’avoir sa place logique dans la carrière du réalisateur, mais aussi ayant une certaine importance dans le monde du cinéma, puisqu’en voyant Furie, qui date donc de 1978, comment imaginer que l’œuvre n’a pas, même inconsciemment, influencée David Cronenberg pour son Scanners deux ans plus tard ! Je vous le demande. A l’époque en tout cas, De Palma sortait du succès de l’adaptation de Carrie. Il avait un autre projet en tête, mais jugé trop couteux. C’est alors que John Farris, romancier, est venu chercher le réalisateur pour qu’il réalise l’adaptation de l’un de ses romans pour le compte de la Universal. Le romancier lui, il restera à bord, adaptant lui-même son écrit. Et Furie, ou The Fury pour ne pas le confondre avec la dizaine d’autres métrages s’appelant Furie, c’est passionnant, bien que bancal. Passionnant à la fois pour ce qu’il est, qu’il représente, et pour le résultat final. Car De Palma sortait donc de Carrie, qui n’avait coûté que 1.8 millions, et avec Furie, il a alors, pour l’époque (la somme paraît risible aujourd’hui), pour la première fois, un budget confortable, avec 5.5 millions de dollars. Ça lui permet donc aussi pour la première fois d’avoir des stars déjà établies, et pas des débutants (qui deviendront, souvent, des stars, comme Margot Kidder pour Sisters, Jessica Parker pour Phantom of the Paradise, Sissy Spacek et John Travolta pour Carrie). Kirk Douglas et John Cassavetes récupèrent donc les premiers rôles, tandis que Amy Irving, une des seules survivants du carnage dans Carrie, récupère un rôle à l’opposé, puisque possédant justement ici des pouvoirs. Notez qu’on verra aussi, tôt dans le film, au détour d’une scène, ce bon vieux William Finley.
Un casting prestigieux, un livre encore à adapter, un budget confortable. Et Furie, en prime, partage quelques points communs avec Carrie, puisqu’il est là aussi question de pouvoirs chez des jeunes. Mais Furie prend une voie différente. Pas de métaphore du passage à l’âge adulte, Furie est un thriller, lorgnant vers l’espionnage. Avec son agence gouvernementale secrète, la traque de Kirk Douglas, dont le fils a des pouvoirs et a été kidnappé par l’agence, et donc qu’il espère bien sauver, et Gillian (Amy Irving), jeune adolescente qui se découvre elle aussi des pouvoirs. Et n’y allons pas par quatre chemins, si Furie est souvent oublié et considéré comme un De Palma mineur, c’est sans doute car il est frustrant. Pas mauvais, loin de là, visuellement De Palma livre d’ailleurs une copie impeccable et impressionnante par moment, arrivant même à rendre beaux des moments de violences extrêmes. Mais frustrant car malgré sa durée de deux heures, on sent bien que le métrage adapte un roman probablement beaucoup plus dense. Ici, on nous balance donc certains concepts, certains pouvoirs, certains éléments narratifs, sans forcément leur donner du poids ou des justifications. Il faut juste accepter l’univers sous nos yeux sans jamais chercher à en comprendre tous les ressorts narratifs et dramatiques en fait. Heureusement que De Palma, au-delà de l’angle fantastique de son intrigue, comme pour Carrie donc, préfère surtout se focaliser sur ce qu’il maitrise le plus, et donc sans doute sur ce qui l’intéresse le plus, à savoir le côté thriller d’espionnage, qui reste là diablement efficace, puisque dès le début, le film s’ouvre sur une grosse fusillade, avec en prime explosion de bateau à la clé, et que le métrage nous offrira par la suite quelques scènes de filatures, des poursuites en voitures, et évidemment, des méchants très méchants au sein d’une agence gouvernementale.
Des personnages parfois manquant également un poil de profondeur, mais qui peuvent par contre compter sur un excellent casting. Kirk Douglas et John Cassavetes n’ont après tout absolument plus rien à prouver en 1978, et ils sont tous les deux parfaitement à l’aise avec ce qu’on leur demande de faire. Quant à Amy Iriving, De Palma la filme souvent comme il filmait Sissy Spacek dans Carrie, avec gros plans sur les yeux lors de l’utilisation de ses pouvoirs. Même si là encore, niveau personnages, avec John Cassavetes à la tête de cette organisation, on aurait aimé en savoir un peu plus, avoir un poil plus de contexte. Ceci dit, encore une fois, De Palma maitrise parfaitement son art, et la mise en scène elle reste incroyablement solide, entre des lents travellings, l’usage comme d’habitude de la demi-bonnettes (très souvent ici), des plans nébulés et quelques gros plans, il livre une copie impeccable. Et en prime, il se lâche parfois totalement dans des explosions de corps assez jouissives, et donc préfigurant le film de Cronenberg. A tel point que oui, je regrette d’avoir attendu si longtemps pour voir ce film, mineur, et qui fut malheureusement un gigantesque échec à sa sortie, expliquant sans doute le retour de De Palma a des films à plus petite échelle les années suivantes (Home Movies, Pulsions), même s’il ne délaissera pas les complots politiques (Blow Out). Une belle découverte en tout cas.

Les plus
Une mise en scène aux petits oignons
Les scènes d’horreur annonçant le Scanners de Cronenberg
Le côté thriller rondement mené
Kirk Douglas, John Cassavetes, pas du petit casting
Pas mal de choses intéressantes dans les thèmes
Les moins
Un film trop condensé
Beaucoup d’éléments jamais explorés ou expliqués
En bref : Furie est loin d’être le métrage le plus connu ou le plus abouti de Brian De Palma, la faute à un scénario qui n’utilise pas souvent ses pistes passionnantes, mais qui reste un thriller rondement mené, et superbement filmé.
| A FEW WORDS IN ENGLISH | |
| THE GOOD | THE BAD |
| ♥ De Palma’s work is amazing here ♥ The horror is almost Scanners a few years before ♥ The thriller part of the story is well done ♥ Kirk Douglas, John Cassavetes, not a small cast ♥ Many interesting things and themes |
⊗ Maybe too short for that story ⊗ Many elements are not fully developed or explained |
| The Fury is far from De Palma’s best work, and most known, mainly because of the script, interesting and with many leads, but not always used. But it remains a great thriller and it’s wonderfully filmed. | |




















