Titre Original : 炎上
2026 – Japon
Genre : Drame
Durée : 1h43
Réalisation : Nagahisa Makoto
Musique :
Scénario : Nagahisa Makoto
Avec Mori Nana, Yamada Aoi, Sota Ryôsuke, Mori Kanata, Takahashi Mei, Takamura Tsuki, Ei Tsukimachi, Yusha, Shimizu Hiroya et Kiba Honoka
Synopsis : Jurie, aussi appelée Ju-ju, souffre en silence avec sa sœur, face à des parents religieux, et face aux abus de leur père. Après la mort de celui-ci, Ju-Ju décide de quitter sa vie, sans sa sœur, et se rend à Kabukichô, où elle va rejoindre Kami, faisant parti d’un groupe de Toyoko Kids.
Nagahisa Makoto n’a certes pas une grande carrière, mais elle fut rapidement remarquée. Scénariste et réalisateur, il se fait remarquer en festival avec son court métrage And So We Put Goldfish in the Pool en 2017, ce qui lui rapporte des prix, et lui permet deux ans plus tard de se lancer dans l’expérience du long métrage avec We Are Little Zombies, qui lui aussi attire l’attention. Depuis, malgré une carrière que l’on pourrait qualifier de niche (et difficile à trouver en France), elle continue, contre vents et marées, avec des moyens métrages (Death Days en 2022), divers courts métrages, et des épisodes de séries, avant de revenir en 2026 avec Burn. Présenté à Sundance en Janvier 2026 avant une sortie au Japon en Avril, et un succès d’estime assez surprenant, puisqu’il est assez rare de voir ce genre de projets indépendants fonctionner au cinéma au Japon. Nul doute que le lieu de l’action, le fameux quartier de Kabukichô, a dû jouer dans la balance. Après tout, c’était la raison première pour moi de me lancer dans l’aventure, puisque ce fameux quartier rouge situé à Shinjuku, à Tokyo, je le connais bien. Non pas pour avoir traversé ses rues durant des années avec son penchant virtuel Kamurochô dans les jeux Yakuza (même si, depuis 2005 et le premier opus, c’est le cas), mais pour avoir, pendant plus d’un an, trainé là-bas, exploré ses rues, me posant sur les marches de la Kabukichô Tower avec des amis, bière en main, prêt à parler au 7Eleven au coin de la rue pour en racheter, admirant face à nous la place, avec de l’autre côté le fameux Toho Theater, et ses jeunes, passant une bonne partie de la nuit sur la place, à parler, rire, boire. Ce quartier, je le connais très bien, la jeunesse y passant leur temps, je l’ai vu, tous les soirs. Donc oui, en plaçant son intrigue dans ce quartier avec les jeunes y passant leur temps, forcément, ça m’intriguait dès le départ.
Et Burn fut une belle surprise. Parfois très différent de ce que j’attendais, mais surtout un film qui a une vraie patte visuelle pour raconter son histoire, en soit plutôt simple, mais réaliste. Burn, c’est l’histoire donc de Ju-Ju, qui fuit sa famille et ses maltraitance et part se réfugier auprès d’une bande de jeunes à Kabukichô. Au fur et à mesure des rencontres, des amitiés, mais aussi des soucis, entre drogue, overdose, prostitution et cauchemars, sa vie hantée par le spectre de son père abusif, Burn est classique, prévisible, mais aussi incroyablement sombre, et visuellement très travaillé. Assez pour livrer une expérience assez hors du commun d’ailleurs. Hors du commun déjà pour le travail esthétique du métrage, avant même de rentrer dans son sujet. Car Burn est beau. Le réalisateur semble vouloir capturer l’essence du quartier, l’essence même de la vie de ses jeunes livrés un peu à eux-mêmes, et expérimente. Il expérimente avec sa caméra, laissant libre cour à son imagination débordante, et en prime, il cherche toujours « l’angle ». L’angle inédit, l’angle qui n’a pas encore été placé dans son montage, quitte parfois à désorienter un peu le public, avec des amorces bien vus (ces éléments au premier plan pour donner de la vie au cadre), des mouvements de caméra classiques mais à des endroits inhabituels (la scène du love hotel et son traveling circulaire), un montage parfois qui semble haché, ou volontairement hésitant, sans compter ces moments où le film semble quasiment passer en image par image. Un style visuel unique, chargé parfois, mais qui vient servir le propos, et surtout le point de vue, celui de Ju-ju, désabusée, perdue, découvrant un nouvel univers, de nouveaux amis, que ce soit ceux trainant avec elle à Kabukichô, ou cet homme qui semble les aider, fournissant des logements pour la nuit à ces jeunes. Car sous le vernis de ses amitiés, de cette générosité apparente, se cache toujours quelque chose, un contre-coup. Après tout, nous sommes à Kabukichô, et les plus belles apparences peuvent cacher de la drogue, du sexe, et de l’argent.
Evidemment, plus le récit avance, plus le ton devient sombre, et plus Ju-Ju se trouve un but, même s’il semble souvent éloigné, voire inatteignable. Ses escapades avec celle qui devient sa meilleure amie, Mitsuba (Yamada Aoi), lui rappelant sans doute ce qu’elle a laissée derrière elle en quittant sa maison (sa jeune sœur), lui donne un but, oui, mais un but qui ne l’a fait pas du tout aller de l’avant, bien au contraire, mais qui l’enferme dans un sens dans son propre passé. Burn, c’est un destin dont on connait l’issue par avance, mais qui captive par son ton réaliste, et nihiliste. Mais aussi par sa grande tenue visuelle, impressionnante à plus d’un titre, mais aussi évidemment de par l’investissement de son actrice principale, Mori Nana, absolument géniale, et déjà aperçu, pour les connaisseurs, dans la série Amazon de Sono Sion en 2017 (Tokyo Vampire Hotel), mais aussi chez Shiraishi Kôji (son adaptation de Jigoku Shôjo en 2019), chez Fujii Michihito (The Parades) ou récemment, dans l’adaptation live de 5 Centimères par Secondes (oui, il y a eu un film live sur le film d’animation de Shinkai Makoto). Mais ici, c’est la première fois que l’actrice tient le rôle principal, et donc qu’une grande partie du film repose intégralement sur ses épaules, et elle impressionne. Si Burn est une expérience hautement visuelle qui doit donc beaucoup à son réalisateur, il est tout autant une expérience humaine qui tient beaucoup à l’implication émotionnelle de Mori Nana. Imparfait, évidemment, mais osé, original dans sa mise en image, prenant, et incroyablement sombre, et donc, clairement pas pour tout le monde. Pour moi, un coup de cœur de 2026.

Les plus
Visuellement original et déstabilisant
Kabukichô et la jeunesse, un portrait réaliste
Sombre oui, mais prenant
Mori Nana, géniale dans le premier rôle
Une expérience visuelle et auditive
Les moins
Oui, un film sombre, qui ne ménage pas son public
En bref : Burn est un film sombre, nihiliste, qui livre un portrait parfois dérangeant d’une jeunesse abandonnée, visuellement original et souvent somptueux. A réserver donc à un public averti par son propos, mais diablement prenant.
| A FEW WORDS IN ENGLISH | |
| THE GOOD | THE BAD |
| ♥ Visually audacious ♥ Kabukichô and the youth, a realistic portrayal ♥ Dark yes, but interesting ♥ Mori Hana, amazing in the lead ♥ A visual and auditory experience |
⊗ A very dark film, that doesn’t want to please the audience |
| Burn is a dark film, nihilistic, delivering a portrayal often disturbing of young people abandoned, visually original. Not for all audience, clearly, but well done. | |


















