GONIN (ゴニン (5人)) de Ishii Takashi (1995)

GONIN

Titre Original : ゴニン (5人)
1995 – Japon
Genre : Policier
Durée : 1h49 (Director’s Cut 2h01)
Réalisation : Ishii Takashi
Musique : Yasukawa Goro
Scénario : Ishii Takashi

Avec Satô Kôichi, Motoki Masahiro, Nezu Jinpachi, Shiina Kippei, Takenaka Naoto, Yokoyama Megumi, Nagashima Eiko, Kitano Takeshi, Murota Hideo, Kimura Kazuya, Tsurumi Shingo et Nagashima Toshiyuki

Synopsis : Cinq hommes, tous victimes du même gang de yakuza, décident de s’unir pour attaquer leur persécuteur. Mais les yakuza ne l’entendent pas de cette oreille et engagent un redoutable tueur…

En 1995, Ishii Takashi est déjà connu, du moins de l’amateur de cinéma Japonais. Cela fait déjà des années qu’il signe des scénarios pour des Pinku (les Angel Guts par exemple), et ses scénarios semblaient de plus en plus mettre en avant ce qui fera le sel de son cinéma comme réalisateur plus tard. Et oui, ses personnages féminins s’appellent souvent Nami, et on pourrait trouver dans le scénario qu’il signe en 1985 Dream Crimes les prémices de son œuvre comme réalisateur. En 1995 en tout cas, il a déjà quelques films derrière lui, dont ce que je considère à titre personnel comme ses deux meilleurs films, à savoir A Night in Nude en 1993 et Alone in the Night en 1994. Mais en 1995 arrive donc Gonin, un métrage qui, dans le fond, ne bouscule pas la formule instaurée par le réalisateur lui-même (et oui, un personnage féminin secondaire s’appelle Nami), mais qui aura plus de visibilité, du moins à l’international et donc, restant sans doute encore aujourd’hui le métrage le plus connu du réalisateur, voire le seul métrage connu du réalisateur pour ceux qui ne s’intéressent pas totalement au cinéma Japonais. La raison est simple et se trouve dans le casting, avec Kitano, pourtant dans un rôle à l’opposé de ces propres rôles et de la légende qu’il était en train de se forger au cinéma. Kitano, dans ses films, il joue le yakuza au grand cœur, dans des films parfois violents, mais des films beaux, poétiques. Kitano chez Ishii, c’est exactement l’opposé, le voilà propulsé dans un rôle secondaire (mais le film sera vendu sur son seul nom aux Etats Unis), un rôle de tueur sans pitié, qui sera chargé de traquer et tuer les cinq véritables héros de l’histoire.

Car Gonin ne raconte pas l’histoire du personnage de Kitano, mais bien de cinq personnages, paumés évidemment, au fond du trou, avec des soucis de yakuza, bien évidemment. Et si, la faute à quelques petites maladresses qu’on lui pardonne néanmoins, Gonin n’est pas le meilleur film de son auteur, il peut en être une bonne porte d’entrée, même si ironiquement, il est un des seuls métrages du réalisateur mettant en avant des hommes, face à des hommes. Pas de femme forte ici prenant les armes, les femmes sont relayées au second plan, que ce soit donc la fameuse Nami, immigrante que le personnage de Jimmy prend sous son aile (joué par Shîna Kippei, découvert chez Miike dans Shinjuku Triad Society, et qui retrouvera Kitano dans le premier Outrage des années plus tard, ou chez Sono Sion dans The Forest of Love), ou, curiosité intéressante, une toute jeune Kuriyama Chiaki bien avant sa popularité avec Battle Royale dans un minuscule rôle pourtant marquant, celle de la fille de Ogiwara (le fidèle Takenaka Naoto, héros de A Night in Nude). Cinq paumés donc, d’horizons divers, qui vont former une équipe pour voler les yakuza, et bien entendu, rien ne va se passer comme prévu. Avec un pitch pareil, déjà vu, on peut aisément s’attendre à un polar explosif, chose que Gonin n’est assurément pas. Ishii reste Ishii, et son film en est la preuve. Froid, calculateur, sombre, désenchanteur, hyper violent et sadique, et ne reculant pas devant la violence quitte à parfois mettre le spectateur mal à l’aise, à le bousculer lorsqu’il ne s’y attend clairement pas. Nos personnages donc seront menés par Bandai (Satô Kôichi), gérant d’une boite de nuit qui doit de l’argent aux yakuza. Il réunit malgré lui une équipe bien variée, avec Mitsuya (Motoki Masahiro), homme efféminé afin de tromper et arnaquer les hommes, l’ancien flic Hizu (Nezu Jinpachi) qui cherche juste à retrouver sa famille, Shîna Kippei donc en Jimmy et Takenaka Naoto en Ogiwara, qui lui aussi cherche à retrouver sa famille sauf que sa vie est un ratage complet.

Tout ce qui peut mal se passer se passera mal, et la seconde heure du métrage qui en dure deux (en director’s cut) sera consacrée à la traque et l’élimination, un par un, des personnages par le duo de tueur mené par Kitano, embauché par les yakuza. Et malgré quelques maladresses d’écriture, avec ses personnages donnant l’exposition de leur personnage en parlant seul, à voix haute, Ishii nous fait bien comprendre dès le départ que l’issue sera celle que l’on imagine. Pas une once d’espoir dans Gonin. C’est la mort qui attend à chaque tournant, et ça, on le comprend bien via l’univers qu’il dépeint dès le départ. Gonin, c’est clairement un film sombre, jusque dans sa mise en scène, ses lieux, sa photographie et son montage. On y retrouve quelques éléments du cinéma d’Ishii (la scène où Jimmy et Nami sont torturés, qui rappelle esthétiquement la scène où Nami est elle aussi kidnappée dans Alone in the Night), quelques scènes qui vont parfois bien loin (le retour d’Ogiwara chez lui), et il n’épargne absolument personne, coupables comme innocents. Ici, l’héroïsme n’est qu’une illusion qui n’apporte jamais rien de bon, les dés sont jetés dès que nos cinq hommes décident de voler les yakuza, et les rares moments de joie ne sont au final que de bien courtes illusions balayées d’un revers de main, par une fusillade, une exécution sommaire et rapide ou pire encore. Et c’est du très beau boulot. A réserver à un public averti certes, mais du très beau boulot.

Les plus

Un polar très sombre et nihiliste
D’une violence assez folle
Quel casting
Une plongée désespérante au côté des personnages

Les moins

L’exposition de certains personnages, un peu lourde

En bref : Gonin est l’une des œuvres les plus connues d’Ishii à l’international, avec la simple présence de Kitano en tueur à gage. Le métrage s’inscrit dans la lignée de tout ce que le réalisateur avait déjà fait avant, et il livre une œuvre sombre, violente et poisseuse.

A FEW WORDS IN ENGLISH
THE GOOD THE BAD
♥ A dark and nihilistic thriller
♥ A crazy violence
♥ What a cast
♥ A desperate madness along the characters
⊗ The introduction of some characters, a bit too easy
Gonin is probably Ishii’s most famous film, at least outside of Japan, simply because of Kitano in the cast as a hitman. The film clearly is a film from Ishii, it’s dark, gritty, violent.

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