OUTRAGE de Kitano Takeshi


outrageOUTRAGE

Titre original : Autoreiji – アウトレイジ
2010 – Japon
Genre: Policier
Réalisation : Kitano Takeshi
Musique: Suzuki Keiichi
Scénario : Kitano Takeshi

Avec Kitano Takeshi, Kinimura Jun, Kase Ryo, Shiina Kippei et Ishibashi Renji

Synopsis :  Plusieurs clans Yakuza se disputent sur l’ordre du grand parrain. Les différents membres des clans essayent tous de monter en grade à coups de complots et de fausses alliances organisées par le parrain les uns avec les autres.

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Outrage, pour beaucoup, ce film représentait enfin le retour de Kitano dans le genre qui l’a fait connaître : le polar sombre et violent, teinté d’humour, de poésie, de plans magnifiques. Il faut dire qu’après Aniki mon frère en 2001, le réalisateur n’avait cessait de décevoir ses fans. Pourtant, l’auteur continuait de tourner des films avec une énergie incroyable, en nous fournissant de vrais morceaux de cinéma, avec par exemple sa vision de Zatoichi (une pièce de théâtre dirigée par Miike Takashi et un nouveau film, Zatocihi the Last, ont vu le jour depuis), ou en réalisant Achille et la Tortue, fresque comico tragique nous parlant de l’art, avec un regard vraiment touchant. Pourtant, c’est bel et bien Outrage qui va décevoir la plupart des fans du réalisateur. Certains iront jusqu’à dire que Kitano se parodie lui même dans un film répétitif à la violence gratuite dans une intrigue qui n’a finalement rien à raconter. Critique comme public ont crachés sur le film. Outrage ne mérite pas pourtant tant de haine. Il est certain qu’il y a beaucoup de changements en comparaison de ce que Kitano a eu l’habitude de faire par le passé, mais tout changement montre une évolution. Changement qui s’opère autant dans l’histoire, dans les personnages, que dans la technique, les acteurs ou la musique. Là où Kitano, pour tous ces films de Yakuza, avait travaillé avec Hisaishi Joe, qui livrait très souvent de très bons morceaux, ici, il refait appel à Suzuki Keiichi après Zatoichi. La bande son du film s’en retrouve différente, stridente, étrange par moment. Autre grand changement de taille, Kitano ne refait appel à aucun acteur qu’il avait jusque là l’habitude d’utiliser. Kitano, également acteur comme souvent, s’entoure ici du rodé Kunimura Jun (God’s Puzzle, Audition et Ichi the Killer de Miike, Godzilla Final Wars et Alive de Kitamura), de Ishibashi Renji (bien connu pour avoir joué dans une multitude de films de Miike : Big bang Love Juvenile A, The Great Yokai War, Sukiyaki Western Django, La mort en ligne, IZO, Gozu, Dead or Alive, pour ne citer que ce là) ou encore Shiina Kippei, bien trop rare sur les écrans, aperçu dans le Réincarnation de Shimizu Takashi ou Shinjuku Triad Society de Miike en 1995. En bref, que de neuf. Bon, et le film en lui même dans tout ça ?

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Bien que différent de la plupart des travaux de Kitano par certains aspects, Outrage en garde pourtant tout de même la marque de son auteur. Les scènes de violence sont nombreuses et poignantes (certains diront trop nombreuses). La violence fait mal, très mal, et les personnages sans pitié s’en donnent à cœur joie. L’humour, très noir, est lui aussi bel et bien présent, à de nombreuses reprises, arrivant même par moment pendant des scènes de violence. A ce niveau, de nombreuses scènes fonctionnent à merveille et nous feront décrocher quelques sourires, comme cette scène où les Yakuza proposent un vulgaire cutter pour se couper un doigt. Non, aucun doute, nous sommes bel et bien devant un film de Kitano. Ce qui a changé par contre, ce sont surtout les personnages. Avant, Kitano arrivait toujours à rendre son personnage principal attachant. La plupart de ses personnages, joués par lui même, étaient également souvent des personnages qui parlaient peu, mais n’en pensaient pas moins. Des personnages qui, peu importe le milieu dans lequel ils évoluent, arrivaient toujours à avoir notre capital sympathie. Outrage change la donne à ce niveau. Aucun personnage, je dis bien aucun, n’aura notre sympathie. Le milieu des Yakuza a évolué depuis les premiers films de Kitano, et le sens de l’honneur a disparu depuis longtemps. Kitano dresse un portrait froid, calculateur, mais souvent parodique également de ces nouveaux personnages. Otomo, joué par Kitano lui même, se retrouvera perdu au milieu de cette multitude de personnages, de cette guerre qui n’a même pas de raison d’être. Des personnages qui par leur réaction se ressemblent tous, et après tout, ils ont tous le même but. Avoir les faveurs du chef pour pouvoir monter plus rapidement en grade. Chef qui manipule chaque famille, chaque membre de chaque famille, un peu pour voir ce que cela fait d’avoir le pouvoir et d’être celui qui bouge les pions pendant que les autres sont occupés à se faire la guerre.

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Chaque personnage ne se préoccupe que de lui, de ce qu’il souhaite, sans se soucier des conséquences que cela pourra avoir, à la fois pour lui et pour les autres. De ce fait aucun personnage n’est sympathique, chacun n’hésitant pas à tirer sur son prochain. Mais peu importe la décision qui sera prise par tel ou tel personnage, ceux ci, ces Yakuza, ne savent répondre à la violence que par la violence. Le film nous emmène constamment vers de nouvelles scènes plus violentes les unes que les autres, entre des passages à tabac, des tortures, des fusillades. Et comme à son habitude, Kitano filme tout ça le plus simplement du monde, avec une multitudes de plans fixes et de travelling latéraux. En ce sens, Outrage pourrait paraître aux premiers abords comme un film vide, où chaque personnage pourrait en remplacer un autre. Mais ce qu’il faut voir et retenir, c’est la façon avec laquelle Kitano joue avec ses personnages, ne leur offrant à chacun aucune issue, qu’ils soient simples hommes de main, un chef de famille, chef de clan. L’honneur a changé, il n’est plus vraiment là, les personnages font n’agissent qu’à titre personnel et non pas pour le clan, n’hésitant pas à trahir un meilleur ami, un frère. Outrage, c’est cela, un univers froid et sans concession, très violent, et sans humanité.

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150

Les plus:

Du Kitano

La violence fait mal

De l’humour noir qui marche bien

Une démystification du milieu

Les moins:

Trop froid et donc peu attachant pour certains

En bref: Kitano retourne au polar et livre une œuvre froide, où aucun personnage n’attire notre sympathie. Des scènes amusent, d’autres font mal, le jeu de massacre est rythmé et prenant.

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