CLIMAX de Gaspar Noé


CLIMAX

Titre original : Climax
2018 – France / Belgique
Genre : Drame
Réalisation : Gaspar Noé
Musique : Thomas Bangalter
Scénario : Gaspar Noé
Avec Sofia Boutella, Romain Guillermic, Souhella Tacoub, Kiddy Smile, Claude-Emmanuelle Gajan-Maull, Giselle Palmer et Taylor Kastle

Synopsis : Naître et mourir sont des expériences extraordinaires. Vivre est un plaisir fugitif.

Un nouveau film de Gaspar Noé est toujours un événement, et une expérience à vivre, peu importe ce que l’on pense du monsieur et de son cinéma. S’il est vrai qu’il s’est un peu perdu ces derniers temps, son œuvre n’en était pas moins intéressante. Mais passé Irréversible et son choc frontal (dans tous les sens du terme) tourné sur un scénario de seulement quelques pages, le cinéma de Gaspar Noé, sans jamais renier ses racines, a évolué. Les scénarios se sont fait moins improvisés, le sexe est devenu beaucoup plus présent, dans Enter the Void et Love 3D. Deux œuvres que j’apprécie, mais qui ne sont pas du niveau du choc d’Irréversible. Bonne nouvelle donc avec Climax, puisque Noé semble renouer avec ses débuts. Scénario de cinq pages, improvisation de la part des acteurs, mélange de violence et de sexe, caméra totalement libre. Là où Love 3D semblait coordonné et millimétré, Climax revient au côté désordonné et donc forcément plus viscéral de ses débuts. Ici, on nous raconte l’histoire d’une troupe de danseurs dans les années 90, qui passent trois jours dans une ancienne école pour des répétitions. Tout se passe bien, jusqu’à ce que quelqu’un mette à l’issue de tout le monde de la drogue dans la Sangria, et que la soirée dégénère dans un tourbillon de sexe et de violence. Oui oui, Gaspar Noé n’a pas changé. Tout ce que l’on aime ou déteste chez lui est toujours présent. Sa caméra est toujours aussi libre, ses influences toujours aussi visibles, la violence toujours frontale, le sexe également. Scénario de 5 pages, film tourné en seulement 15 jours, des danseurs professionnels mais qui ne sont pas acteurs pour tous les rôles à l’exception de Sofia Boutella (Kingsman, La Momie). On a d’ailleurs presque l’impression que Noé s’est calmé durant la première partie du métrage.

Alors attention, ça parle toujours de cul, on ne le changera pas, et son propos est au final toujours aussi minimaliste, mais la première partie de Climax nous offre un spectacle surprenant. Après un plan vertigineux dans la neige filmé au drone (magnifique plan, improvisé d’ailleurs), Noé ouvre son film par des interviews dans danseurs, diffusés sur une vieille télévision, le tout entouré de livres et de VHS qui sont chères à son auteur. Amusant, même si du coup, Noé nous offre dés l’ouverture sa note d’intention, en plaçant bien en vue les VHS de Suspiria ou de Possession. Car Climax est un gros hommage au film de Zulawski, et ça, ça me va, j’adore ce film. Passé ses 10 minutes qui ressemblent plus à un documentaire, le film débute vraiment, sur un plan séquence, forcément, filmant sur la piste les différents danseurs nous montrer leur talent, cinq minutes durant. À ce niveau, il est d’ailleurs utile de préciser qu’on en prend dans le fond plein la gueule dés cette scène, puisque Climax possède une bande son typée années 90 juste géniale (Supernature – Cerrone pour l’ouverture), et que Noé nous offre quelques plans de caméra juste vertigineux et incroyables. Ce premier plan en est la preuve d’ailleurs, la caméra est stable (bien plus que dans Irréversible), le plan long, mais la caméra est libre, faisant des travellings arrière, avant, s’élevant au-dessus des personnages. Ce n’est pourtant qu’une mise en bouche, puisque si la première partie, durant un bon 40 minutes, se fait plus calme que d’habitude et semble un peu rappeler Enter the Void et Love en terme de mise en scène, filmant en plans uniques les interactions entre les personnages et entrecoupant le tout de fonds noirs, on sent que tout va exploser. Mais pendant 40 minutes, on alterne des plans limite documentaires et des plans plus vertigineux comme on en a l’habitude. Et ça passe très bien. Mention spéciale au générique d’ouverture, rappelant forcément Enter the Void avec son rythme et ses typographies, arrivant après une séquence de danse filmée du plafond, où la caméra prend le mouvement d’un tourne disque.

Jamais la musique n’aura été aussi importante dans l’œuvre de Noé qu’ici. Mais le meilleur, ou le pire suivant notre affection ou non pour le cinéma de Noé, ce sera sa seconde partie, où tout se tire en couille, que ce soit l’éclairage (sublime de Benoit Debie encore une fois), la caméra, les acteurs. Dans un long, et forcément faux plan séquence de 42 minutes, Noé lâche ses acteurs dans une spirale destructrice et cauchemardesque au possible. La violence éclate, que ce soit envers les enfants, les membres de la troupe, la drogue fait bon train, les lumières deviennent agressives avec l’utilisation du rouge et du vert notamment, la caméra tourne dans tous les sens quitte à filmer des scènes entières à l’envers, et les acteurs eux traversent ce cauchemar comme possédés (Possession de Zulawski hein ?), criant, se mutilant, laissant libre cours à leurs pulsions les plus destructrices et immorales. Et c’est l’improvisation quasi intégrale des dialogues et l’énergie folle qui se dégage des acteurs et de cette caméra libre qui redonne à ce nouvel opus de la carrière de Noé son ton totalement viscéral qui manquait à ses deux films précédents. Cette impression de voir un spectacle qui peut toujours déraper plus, et qui n’est absolument pas sous contrôle. Oui, on pourra toujours dire que les dialogues sont parfois d’une vulgarité gratuite, et que le propos lui se fait aussi mince que du papier toilette, mais Noé a toujours eu pour vocation de nous présenter des expériences qui se vivent, des expériences à fleur de peau qui nous étourdissent et nous marquent. Et en ce sens, le pari est plus que réussi.

Les plus

Les scènes de danse
Un cauchemar ambulant qui colle à la peau
La caméra, libre et folle
L’hommage à Possession
Ça ne laisse forcément pas indifférent

Les moins

Un film qui ne plaira pas au public bien pensant
Les influences, livrées dés le début sur un plateau

 

En bref : Musique, danse, drogue, sexe, violence, auto mutilation, le tout dans une ambiance de cauchemar éveillé coloré avec une caméra libre et désordonnée aux sons des cris des acteurs. Noé revient à un cinéma clairement plus viscéral que ses deux derniers films, et c’est à saluer. Si l’on survit à l’expérience.

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